A Bruxelles, la société Jonckers cherche d'urgence 150 traducteurs

©Dieter Telemans

La pépite belge, active sur le marché de la traduction de logiciels, explose son chiffre d’affaires après des deals avec les géants de l’e-commerce Amazon et Alibaba. Dans son viseur (aussi): Netflix.

C’est la ruée vers l’or – ou à peu près. La société d’ingénierie informatique et de traduction Jonckers, en croissance exponentielle, doit d’urgence recruter quelque 150 traducteurs et project managers pour sa toute nouvelle implantation bruxelloise. C’est que la signature de deals avec le géant américain de l’e-commerce Amazon et, tout récemment, avec le chinois Alibaba a propulsé l’entreprise belge dans une autre dimension.

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"Nous avons urgemment besoin de recruter environ 150 traducteurs et de les installer à Bruxelles pour répondre aux besoins de tous nos nouveaux clients", explique le CEO Geoffroy Janssens. Installé dans la tour des Quatre Bras de Tervuren en bordure du ring de Bruxelles, connu pour avoir des sculptures d’escargot sur un de ses flancs, Geoffroy Janssens déambule, ce jeudi-là, en montrant les plateaux encore vides qui d’ici peu doivent se peupler de traducteurs.

Là où l’histoire de Jonckers est particulière, c’est que son CEO, suivi en cela par ses deux actionnaires principaux, les familles Reynders et della Faille, ont fait le choix de la relocalisation vers la Belgique et Bruxelles – à l’heure où tout le monde fuit la vieille Europe et ses coûts du travail exorbitants. "Nous suivons en fait le chemin inverse: l’analyse que nous avons faite est assez simple", poursuit Geoffroy Janssens, "nous avons fait le choix de la qualité et de la précision du service et nous sommes persuadés que c’est en disposant de nos équipes ici à Bruxelles que nous pourrons au mieux y répondre, avoir un contrôle total sur la qualité et la rapidité des traductions".

C’est que les volumes de traduction sont énormes mais le niveau doit être toujours meilleur dans cet environnement ultra-concurrentiel afin de séduire les grands opérateurs. Fondée en 1994 par Marc Jonckers, la société belge a grandi durant une quinzaine d’années, aux côtés du géant Microsoft en assurant entre autres les traductions des logiciels Windows, mais en 2008 — crise financière passant par là – la société périclite. Le chiffre d’affaires passe alors de 25 millions d’euros (2008) à 12 millions d’euros (2013). Des investisseurs familiaux reprennent la société et en parallèle font confiance à Geoffroy Janssens (41), un ingénieur du crû, pour relancer le business. D’abord COO, le Bruxellois est nommé CEO en septembre 2016: le chiffres d’affaires et le carnet de commande de Jonckers explosent littéralement passant de 17 millions en 2016 à 27 millions en 2017. "Les prévisions sont de l’ordre de 30 millions pour cette année", dit-il tout en faisant visiter les plateaux encore vides au 8e étage.

Outre les traductions "classiques" de logiciel (Microsoft, Adobe, etc.), c’est en fait l’explosion de l’e-commerce qui permet à la société belge de doper son business.

"Nous venons d’ouvrir un bureau dans la Silicon Valley."

Enfin, troisième corde à son arc, le développement de logiciels de traduction “neuronal” – dans lequel la société investit. "Nous savons qu’à moyen terme, les machines traduiront intuitivement mieux et plus vite que les humains et seront capables d’orienter et de mettre l’accent des traductions automatiquement vers ce qui compte le plus pour le public cible en terme notamment de marketing. C’est capital pour l’e-commerce", explique M. Janssens. En clair, le descriptif du même appareil vendu au Japon ou en Allemagne ne sera pas traduit de la même manière: certaines caractéristiques seront davantage mises en avant — ce qui est essentiel dans le commerce en ligne. "Nous n’y sommes pas encore mais nous développons nos outils. Le gros problème qu’on doit encore surmonter pour les traductions-machines, c’est le contexte. Une phrase à traduire est une phrase, mais hors contexte, cela peut vouloir dire beaucoup de choses différentes. On travaille donc également à apprendre aux machines à contextualiser les traductions." Des géants comme Google sont également occupés à plancher pour affiner leurs propres traductions mais l’explosion de l’e-commerce décuple littéralement les besoins. "C’est vraiment un vase d’expansion inouï pour nous", pointe encore M. Janssens.

Jonckers dispose actuellement de dix bureaux dans le monde (Bruxelles, Manchester, Tokyo, Pékin, Hanoï, Seattle, etc.) et compte quelque 300 employés dans le monde. "Nous venons d’ouvrir une antenne dans la Silicon Valley à San Francisco, les développements possibles surplace sont énormes." Ainsi des contacts ont-ils déjà été pris avec l’Américain Netflix – en cruel manque de traducteurs pour les sous-titrages de ses catalogues de films et de séries mais également avec Tesla. Jonckers bataille donc pour emporter (aussi) ces marchés-là, tandis qu’il compte déjà Cisco et Uber parmi son portefeuille de clients.

A Bruxelles, la société veut d’abord et avant tout recruter des traducteurs "Figs", c’est-à-dire capables de jongler avec le français et/ou l’anglais, l’italien, l’allemand et l’Espagnol. Une première journée de recrutement a lieu ce 11 septembre: avis aux amateurs…

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