Alibaba va créer 3.000 emplois et vendre les PME belges en Chine

©Tim Dirven

C’est un giga accord que s’apprêtent à signer le 14 décembre l’aéroport de Liège et le gouvernement fédéral avec le chinois Alibaba. Outre le volet emploi et le développement de son hub liégeois, Alibaba s’engage à valoriser tous les produits des PME belges sur son site de vente.

N’en déplaise à l’américain FedEx qui a fait des pieds et des mains ces derniers jours pour torpiller l’arrivée du géant chinois de l’e-commerce, Alibaba s’apprête à débarquer dans la Cité ardente. Luc Partoune, le CEO de l’aéroport de Liège, le confirme. "Alibaba viendra à Liège. Le conseil d’administration a marqué son accord ce jeudi pour approuver le contrat avec Cainiao (le bras logistique d’Alibaba, NDLR). Cette décision me mandate pour signer l’accord avec les Chinois."

Un hub aussi pour les PME belges vers la Chine

Cet accord est stratégique pour l’aéroport de Liège et Alibaba. Les projets du géant chinois de l’internet sont de faire de Liège un point d’entrée logistique vers l’Europe. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il ne lésine pas sur les moyens pour développer son réseau logistique. Les différents hubs – dont l’objectif est de permettre la livraison en Chine des colis internationaux en 72 heures – se partageront près de 100 milliards de renminbis, soit 12,8 milliards d’euros.

"Alibaba viendra à Liège! Le conseil d’administration a marqué son accord."
Luc Partoune
CEO de Liege Airport

À Liège, Alibaba devrait ainsi construire un entrepôt, dont la surface avoisinera les 380.000 m². D’après nos informations, ces développements sur l’aéroport de Liège créeront 900 emplois directs et 2.100 emplois indirects.

→ Notre édito Cynisme sans frontière

La date pour la signature définitive de l’accord entre l’aéroport de Liège et les responsables de Cainiao devrait intervenir le 14 décembre, le jour même où le gouvernement fédéral et les patrons d’Alibaba signeront à Bruxelles un important deal. Cet accord de haut niveau concerne l’initiative eWTP déjà abordée entre le Premier ministre Charles Michel et Jack Ma, le patron d’Alibaba, lors de leur rencontre en juillet.

L’objectif de cette initiative que s’apprête donc à rejoindre la Belgique vise à réduire les barrières commerciales dans les échanges de l’e-commerce.

Alibaba s’engage de son côté à valoriser les produits des PME belges sur sa plate-forme d’e-commerce et ainsi à aider les entreprises à exporter vers la Chine, un gigantesque marché de 1,4 milliard de consommateurs.

FedEx bredouille

Dire qu’il s’en est fallu de peu pour que ce double accord ne voie pas le jour est probablement exagéré mais les tensions palpables autour de la table du conseil d’administration de Liege Airport depuis quelques semaines ont failli faire déraper le dossier.

"Nous avons récemment appris que certains terrains nécessaires à notre expansion ont été cédés par l’aéroport à d’autres investisseurs."
FedEx

Au centre de toute cette agitation hors norme, on retrouve deux acteurs: le groupe public français Aéroport de Paris (ADP), un des actionnaires de l’aéroport de Liège, et surtout l’américain FedEX. Acteur historique arrivé à l’aéroport de Liège en rachetant TNT, le spécialiste américain de transport de courrier express tente depuis plusieurs semaines de faire barrage à l’arrivée des Chinois. "Nous avons récemment appris que certains terrains nécessaires à notre expansion ont été cédés par l’aéroport à d’autres investisseurs", explique sobrement FedEx qui fait néanmoins savoir qu’il accueillait "positivement toutes les propositions d’investissement de nouveaux acteurs".

En coulisses, le bras de fer a été très loin. "Ils ont vraiment joué un mauvais rôle en disant que c’était l’un ou l’autre", témoigne un des acteurs autour de la table.

Pour l’accompagner dans son lobbying, FedEx a trouvé une oreille attentive chez ADP qui possède une minorité de blocage au conseil d’administration de l’aéroport de Liège. Sous la menace de supprimer de l’emploi sur son hub parisien, FedEx est parvenu à embarquer ADP dans sa croisade antichinoise. Mais différentes sources évoquent également des pressions auprès de l’ensemble des membres du conseil d’administration et en particulier des représentants du cdH.

"Plus on avance, plus les aéroports se ferment au vol de nuit. C’est l’atout de Liège et FedEx le sait. Ils ne peuvent pas partir."

La nuit de mercredi à jeudi a donc été déterminante. En marge de la préparation du débat budgétaire au Parlement ce jeudi, le ministre Jean-Luc Crucke, en charge des aéroports, a passé une partie de la soirée à tenter de convaincre les Français. "Nous avons eu des contacts toute la nuit avec les représentants d’ADP pour les persuader de signer cet accord. Vers trois heures, ils nous ont fait savoir qu’ils signeraient ce jeudi", relate le cabinet du ministre.

Si les choses semblent reprendre leur cours normal, cette bisbrouille pourrait laisser des traces à Liège même si la crainte de voir FedEx plier bagages est peu crédible. "Plus on avance, plus les aéroports se ferment au vol de nuit. C’est l’atout de Liège et FedEx le sait. Ils ne peuvent pas partir. Mais il n’est évidemment pas possible de bloquer le développement d’un aéroport et réserver les 110 hectares qu’exigent FedEx dans le cadre de son projet d’expansion d’ici 2040 pour les voir simplement doubler", estime un observateur. Le conseil d’administration de l’aéroport a d’ailleurs mandaté Luc Partoune jeudi soir pour qu’il poursuive les discussions pour le développement de FedEx à Liège. De quoi présager une cohabitation entre FedEx et Alibaba.

Il restera enfin à régler le cas des Français d’ADP! Là, on nous dit qu’une discussion "franche et cordiale" entre actionnaires devra avoir lieu tôt ou tard pour renouer la confiance. "Mais cette unanimité au conseil d’administration est un premier pas vers un conseil soudé", conclut un acteur du dossier.

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