Bpost dépense 8 millions avant de sceller la vente d'Alvadis à Conway

©Hollandse Hoogte / Harold Verste

La filiale grossiste en produits et services prépayés de bpost change officiellement de propriétaire cette semaine, cinq mois après l’annonce du deal avec Conway. Elle devait décrocher le feu vert de l’Autorité belge de la concurrence, ce qui a été fait à la fin juillet. Il restait sans doute encore un devoir à remplir avant la cession: la remise à flot des capitaux propres, ce qui a été fait le 7 août dernier, pour un coût de 8 millions.

Annoncée en mars dernier, la vente par bpost de sa filiale Alvadis à la société Conway sera finalisée cette semaine. Il fallait en effet obtenir le feu vert de l’Autorité belge de la Concurrence (ABC) pour pouvoir conclure le deal: le Collège de la concurrence à l’ABC a approuvé la vente le 23 juillet dernier. Il se sera donc passé un peu plus d’un mois entre le nihil obstat de l’autorité de concurrence et le bouclage du dossier. Entre-temps est intervenue une autre opération, réalisée en toute discrétion: via sa filiale Ubiway, bpost a reconstitué les fonds propres d’Alvadis le 7 août dernier. Dont coût: 8 millions d’euros.

©Alvadis

Alvadis distribue des produits et services prépayés auprès des grandes surfaces et des commerçants. La société opère comme grossiste, elle a pour clients des chaînes comme Delhaize, Colruyt et Okay, ou encore Krëfel, VandenBorre, mais aussi des petits détaillants. Elle alimente quelque 4.000 points de vente au total, auxquels elle vend des cartes téléphoniques prépayées, des cartes de jeux et paris, des titres de transport, des tickets d’entrée pour des événements… Elle leur propose aussi des systèmes de caisse et des terminaux de paiement, et a même étendu ses activités aux services de transfert d’argent.

Elle faisait partie naguère de LS Distribution, c’est-à-dire de Lagardère Travel Retail Belgium; elle est donc tombée dans l’escarcelle de bpost quand cette dernière a racheté l’ensemble au groupe français Lagardère en novembre 2016. Bpost l’avait ensuite logée sous sa coupole baptisée Ubiway. Elle l’a mise en vente à la fin de l’année 2018 et a signé avec Conway le 15 mars 2019. Se présentant comme "spécialiste de la consommation en déplacement", Conway est une filiale du groupe allemand Lekkerland. Elle réalise en Belgique un chiffre d’affaires de 1,7 milliard d’euros et y dessert quelque 5.500 points de vente. Dans un bref communiqué diffusé en mars, elle a décrit les activités d’Alvadis comme très complémentaires des siennes.

La fin de l’anonymat a coûté cher

Problème, la cible affichait depuis fin 2016 des capitaux propres négatifs. Un coup d’œil sur ses résultats des trois dernières années montre qu’elle a beaucoup souffert de la fin de l’anonymat dans les cartes téléphoniques prépayées. Suite à cela, son chiffre d’affaires a chuté de 111 à 74 millions d’euros de 2016 à 2017. Il faut ajouter, pour être complet, qu’Alvadis avait aussi perdu deux clients importants cette année-là, Q8 et Trendy Foods.

"La continuité de la société est également justifiée par le fait qu’Alvadis a obtenu une lettre de confort de son actionnaire."
extrait des comptes annuels 2018

Les résultats nets 2016 et 2017 ont été négatifs de 1,9 et 1,4 million d’euros. Une double perte qui, via les résultats reportés, a précipité les capitaux propres dans le rouge. Et ce n’est pas le mini-bénéfice net de 2018 (56.900 euros) qui a permis de redresser la situation. À fin décembre dernier, elle affichait pour 3,2 millions d’euros de capitaux propres négatifs, avec en regard pour 16,5 millions d’euros de dettes.

Dans le commentaire des comptes annuels, le conseil d’administration a justifié la continuité de la société en faisant état d’une lettre de confort dans laquelle son actionnaire (bpost, donc) a confirmé qu’il supporterait financièrement Alvadis pour les douze mois à venir.

Honorer la dette interne

On vient d’apprendre qu’Ubiway (bpost) a augmenté son capital social de 8 millions d’euros au début de ce mois, pour le porter à 8,12 millions. Interrogée à ce propos, la porte-parole de bpost explique que le but du jeu est qu’Alvadis puisse rembourser des dettes qu’elle a contractées vis-à-vis d’autres sociétés du groupe Ubiway. Une opération comptable interne, en somme.

Celle-ci permet toutefois de présenter une plus belle mariée au prétendant Conway, puisqu’Avaldis est désormais dotée de fonds propres positifs, avec la capacité restaurée d’honorer ses dettes. On peut imaginer que le nettoyage faisait partie des conditions de la vente. Les deux parties sont restées muettes à ce jour sur le montant de la cession. On peut dès lors se demander si, au final, elle n’aurait pas coûté plus que ce qu’elle aura rapporté à bpost.

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