Brexit: ne sous-estimons pas le secteur des services

De nombreuses voix s'élèvent au Royaume-Uni pour rompre avec la réglementation européenne. Sans cette équivalence de règles, les acteurs de services n'auront pas le sésame pour agir en Europe (et vice et versa). ©Bloomberg

Le Brexit est acté, place maintenant à l’élaboration du cadre des futures relations économiques entre l’Europe et le Royaume-Uni. Eric Dor met en garde contre le risque qui entoure les exportations de services.

Le Brexit est désormais un fait, mais ses conséquences vont, elles, commencer à se faire sentir. À ce titre, Eric Dor, directeur des études économiques à l’Iéseg (école de commerce de Lille) met le doigt sur un risque peu souligné jusqu’ici: un net recul des exportations belges de services vers le Royaume-Uni. "Or nos économies sont en grande partie des économies de services, et la frontière entre l’industrie et les services est de plus en plus floue", dit-il. En l’état actuel des choses, les négociations sur les futures relations Europe-Royaume-Uni semblent accorder la priorité au secteur des biens.

La balle dans le camp anglais

Pour Eric Dor, si l’on veut que cet accord englobe aussi les services, il faudra inévitablement étendre la période de transition, dont le délai pour introduire la demande est fixé en juin. "Pour l’instant, les signes sont peu encourageants. Mais est-ce une façon pour le Royaume-Uni de montrer ses muscles?"

Quel est le problème? À défaut d’un accord global, les acteurs britanniques de services devront obtenir une "équivalence", qui est l’unique passeport pour continuer à opérer en Europe (et vice-versa). La Commission européenne est seule souveraine pour accorder ou retirer ces équivalences. Celles-ci sont en outre octroyées pour une période limitée. Enfin, décrocher ce sésame n’est possible que si l’acteur répond à des règles proches de celles appliquées en Europe.

Si les acteurs britanniques s’éloignent trop des normes européennes, les équivalences ne seront pas possibles.
Eric Dor
De l’Iéseg

Et c’est là que le bât blesse. De nombreuses voix se sont déjà élevées au Royaume-Uni pour rompre avec la réglementation européenne et tenter d’élaborer une réglementation "made in Britain", plus attractive pour les étrangers. Ils balaient donc le scénario norvégien qui consiste à appliquer des règles européennes qu’ils n’ont pas œuvré à élaborer. "Or, si ces règles s’éloignent trop des normes européennes, les équivalences ne seront pas possibles."

Tous les acteurs concernés

À cette heure, la chambre des compensations, filiale de la Bourse de Londres, a déjà obtenu ce laissez-passer pour une période d’un an. Il faut dire qu’aucune alternative réelle n’existe en Europe pour la compensation des dérivés de taux en euro. Néanmoins, si cette chambre devait à l’avenir rompre avec les règles actuelles, il n’est pas certain que cette équivalence soit renouvelée.

Les services financiers ne sont pas les seuls impliqués par ce besoin d’équivalence. Le secteur de la consultance, très important en Belgique, doit aussi obtenir de tels "passe-droits" pour ses avocats, par exemple. Il en va de même pour les architectes ou les sociétés pharmaceutiques soucieuses de commercialiser leurs molécules sur le territoire européen, etc.

Et si tout s’arrêtait?

Sans ces équivalences, les échanges entre le Royaume-Uni et l’Europe se tariraient.

3,4 milliards
d'euros
En Belgique, on cite le chiffre de 3,4 milliards d’euros d’exportations belges de services professionnels, de conseils et financiers vers le R-U, soit 40% de nos exportations de services vers le R-U.

En Belgique, on cite le chiffre de 3,4 milliards d’euros d’exportations belges de services professionnels, de conseils et financiers vers le R-U, soit près de 40% de nos exportations de services vers le R-U. Eric Dor nuance toutefois ce chiffre. Il englobe en effet aussi des transactions intragroupes, comme par exemple entre KBC et sa filiale britannique, ou des stratégies d’optimalisation de multinationales.

"Il ne faut pas être alarmiste, mais au moins être conscient du risque." D’autant plus que la Belgique fait partie des pays les plus exposés au Brexit et n’en a jusqu’ici pas beaucoup bénéficié, faute notamment à la prise de mesures politiques plus complexe dans notre pays. La France a en revanche su séduire les traders de la City aux salaires imposants en activant une fiscalité attrayante.

Enfin, Bruxelles a aussi peiné à se montrer séduisante à côté de Paris ou Francfort.

©Mediafin

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