En réorganisation judiciaire, TBC-Post parvient à séduire de gros clients

Thierry Brugma, le fondateur et gérant de TBC-Post, continue de se battre en justice pour forcer les administrations à ouvrir leurs marchés postaux comme le prévoit la loi. ©DRIES LUYTEN

Le concurrent belge de bpost a demandé et obtenu la PRJ, qui le met à l’abri de ses créanciers. Mosaic (TBC-Post) a perdu un gros client (ING), mais vient d’en gagner deux autres, Euro Fides et Deutsche Post.

TBC-Post, le petit opérateur indépendant qui est quasiment le seul à concurrencer bpost dans les services postaux en Belgique, vit des temps difficiles. Mosaic, l’entreprise qui travaille sous cette dénomination commerciale, est placée depuis le mois de mai sous la protection qu’offre la procédure en réorganisation judiciaire (PRJ). Et elle vient de voir le tribunal de l’entreprise du Brabant wallon accepter de prolonger cette mesure de protection contre ses créanciers pour trois mois supplémentaires, c’est-à-dire jusqu’à la mi-décembre.

Il s’agit d’une réorganisation judiciaire par accord collectif: l’entrepreneur doit déposer un plan de réorganisation, censé obtenir le feu vert d’une majorité des créanciers. Les difficultés de Mosaic ont découlé de la perte soudaine d’un de ses gros clients, le groupe financier ING.

Pour différentes raisons, Thierry Brugma, le fondateur et patron de la société, a bon espoir de relancer la mécanique de manière durable et d’ainsi convaincre ses créanciers de sa viabilité.

Marchés publics oubliés

TBC-Post a obtenu sa licence d’opérateur postal en mai 2013. L’entreprise comptait sur la libéralisation du secteur pour monter en volume. Elle espérait entre autres séduire une série d’administrations; l’ouverture du marché prévoyait en effet que les administrations publiques lancent désormais des appels d’offres (marchés publics) pour attribuer leurs commandes postales.

Les administrations ont oublié de jouer le jeu des marchés publics et Mosaic s’est vue contrainte de poursuivre celles-ci en justice, pour les forcer à lancer des appels d’offres.

Cela aurait permis au nouvel entrant de se faire la main en décrochant plusieurs de ces marchés, d’autant plus intéressants qu’ils concernent souvent des zones à desservir très rapprochées (les communes, par exemple, adressent 97% de leur courrier à des destinataires situés sur leur territoire): plus facile, dans ces conditions, d’engager des facteurs localement... Las! Les administrations ont oublié de jouer le jeu des marchés publics et Mosaic s’est vue contrainte de poursuivre celles-ci en justice, pour les forcer à lancer des appels d’offres.

Un vingtaine de communes se sont, depuis, mises en ordre, tandis que Mosaic a gagné des premiers procès contre la ville de Ciney et le CPAS d’Anderlues. Elle continue de mener par ailleurs des actions: actuellement, elle est notamment en procès contre l’Office national de Sécurité sociale et le ministère de la Justice.

Capitaux négatifs

"Nous n’avons pas eu d’autre solution que de demander une réorganisation judiciaire."
Thierry Brugma
fondateur, TBC-Post

La licence postale a aussi contraint Mosaic à travailler avec du personnel salarié. Elle emploie 120 salariés aujourd’hui, ce qui représente un coût conséquent pour une entreprise dont la marge brute n’atteint pas 3 millions (2018: 2,8 millions). Si bien que l’an dernier, la société a terminé l’exercice sur une perte nette d’un million et avec des capitaux propres négatifs de 1,1 million.

Dans ce contexte, la perte du client ING au printemps dernier a pesé lourd. "Nous n’avons pas eu d’autre solution que de demander une réorganisation judiciaire, souligne Thierry Brugma, pour pouvoir repartir sur de meilleures bases. On est repassé devant le tribunal en septembre avec un plan qui a été accepté, et on a obtenu une prolongation de trois mois."

La direction a cherché à lever des fonds, mais les banques et les business angels approchés se sont montrés frileux: "Ils jugent notre activité pas très sexy", regrette Brugma.

Deutsche Post et Euro Fides clients

Heureusement, sur le front commercial apparaît une éclaircie. TBC-Post vient en effet de signer deux beaux contrats, susceptibles de lui apporter un volume d’activité important: la société de recouvrement de créances liégeoise Euro Fides, qui lui a confié le dépôt des lettres de rappel de ses clients, et Deutsche Post, l’opérateur historique allemand. "Il nous a livré 82 palettes de courrier. C’est le début d’une collaboration qu’on espérait depuis longtemps!" TBC-Post va concrètement distribuer en Belgique le courrier d’une partie des clients de l’Allemand.

"Nous avons tous besoin de pareille ouverture du marché, car quel sens économique cela a-t-il que bpost et nous allions tous les deux visiter tous les jours les mêmes boîtes aux lettres?"
Thierry Brugma

Troisième piste: Mosaic a entamé à la mi-septembre des négociations avec bpost, en vue d’avoir accès à son réseau. L’idée est de confier une partie de ses volumes à distribuer à bpost, à un prix compétitif. La possibilité est prévue dans le cadre de l’ouverture du marché belge à la concurrence: les deux opérateurs ont trois mois pour trouvé un accord. A défaut, c’est l’IBPT, le régulateur du secteur, qui tranchera.  

"Nous avons tous besoin de pareille ouverture du marché, car quel sens économique cela a-t-il que bpost et nous allions tous les deux visiter tous les jours les mêmes boîtes aux lettres?" conclut Thierry Brugma.

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