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Existe-t-il une bulle financière dans les start-ups?

©CELINE LAMBIOTTE

Le jeune entrepreneur Nicolas van Lierde perçoit certains signes d’une éventuelle bulle spéculative dans le digital. "Il convient de surveiller attentivement ces signes d’une euphorie financière potentielle", dit-il.

Nicolas van Lierde, 30 ans, un ancien de la Solvay Brussels School, a d’abord travaillé deux ans chez ExxonMobil avant de rejoindre le monde de l’entrepreneuriat. Après une première expérience dans une société d’affichage digital, il a créé la société VisiYou en 2013 avec Arthur Aoust. Cette agence digitale, qui compte parmi ses actionnaires le business angel Cédric Donck, a pour objectif de fournir aux TPE (très petites entreprises) et aux PME des moyens d’améliorer leur présence et leur communication sur le web. Notre homme connaît donc bien le monde des start-ups.

"Je me réjouis bien évidemment de l’engouement qui règne actuellement en Belgique pour les start-ups. C’est très positif. Mais je suis interpellé par deux facteurs", souligne Nicolas van Lierde.

→ D’une part, argumente-t-il, beaucoup de moyens financiers sont disponibles en Belgique. Ceci dans un contexte où les taux d’intérêt sont faibles, les cours boursiers relativement élevés, et où l’immobilier génère un rendement plutôt modéré. Donc, l’argent disponible a tendance à se diriger vers les start-ups.

→ D’autre part, l’ère du digital a abaissé les barrières à l’entrée dans le secteur. Il est aujourd’hui beaucoup plus facile de créer une start-up. "Certains peuvent dès lors penser que la réussite est plus accessible qu’avant. Et c’est vrai qu’il existe de beaux exemples de réussite. Mais je me pose des questions sur l’éventualité d’un excès d’euphorie. À ce stade-ci, en ce début 2017, je pense qu’il n’y a pas de bulle. Mais il convient de rester attentif. Car on voit des sociétés valorisées à des multiples parfois proches de l’infini, alors qu’elles ont une rentabilité négative pour l’instant."

Prudence

Quid, dès lors, des initiatives fiscales visant à stimuler l’investissement dans les start-ups via un mécanisme de Tax shelter? Ne sont-elles pas de nature à renforcer l’euphorie financière? "Le Tax shelter est une très bonne idée. De telles initiatives sont nécessaires. Je dis simplement que l’entrepreneur doit rester prudent. Il doit garder en tête le fait que l’objectif est, à terme, de dégager une rentabilité. De nombreux projets nécessitent des fonds importants. Les levées de fonds sont nécessaires mais elles sont trop souvent perçues comme une finalité en soi. De nombreuses jeunes entreprises annoncent leurs tours de table successifs à des montants de plus en plus élevés, sans rapport avec l’évolution des résultats et des perspectives. Or, une levée de fonds n’est qu’une étape intermédiaire vers la croissance et la rentabilité, qui restent les éléments les plus cruciaux dans le développement d’une start-up", confie le jeune entrepreneur bruxellois qui insiste sur la nécessité d’avoir un bon business model.

"L’évangélisation est une pratique courante dans l’entrepreneuriat mais l’entreprise est affaire de faits, pas uniquement de foi. On doit dès lors réfléchir à ce qu’on communique, pas seulement à comment communiquer. Toute start-up, avec ou sans levées de fonds, doit proposer des services et produits apportant une valeur ajoutée monétisable pour se développer de manière durable. Il est donc nécessaire pour tout créateur d’avoir un bon business model. Il faut d’ailleurs être conscient que toutes les idées et initiatives n’aboutiront pas."

Pour les investisseurs, le message est clair. "Il faut être prudent car l’offre d’investissements est abondante. Il est surtout nécessaire de bien diversifier ses avoirs." Il cite au passage l’économiste John Kenneth Galbraith dans son livre "Brève histoire de l’euphorie financière" qui rappelle les grands épisodes spéculatifs de l’histoire: "La masse des investisseurs croit naïvement que les gros capitaux sont nécessairement entre les mains de gens doués d’une puissance intellectuelle et d’un flair supérieurs."

Prudence, donc. D’autant que certaines valeurs ont déjà subi des corrections par le passé, dit-il. La société américaine Square, active dans les paiements mobiles, n’était entrée en Bourse qu’au prix d’une grosse décote par rapport aux valorisations initiales. L’action a certes repris de la hauteur l’an dernier, sans toutefois que la société ne dégage encore des bénéfices.

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