interview

Koen Van Gerven, CEO de bpost: "Radial a un bon moteur, mais rapportera moins à bpost en 2018"

©Dieter Telemans

Les résultats 2017 marquent une année charnière pour bpost, estime son CEO Koen Van Gerven. Pour la première fois, l’activité postale pèse moins de la moitié de ses revenus.

Le groupe bpost gère bien sa mue, même s’il a découvert quelques soucis chez Radial. Une mue ne se fait pas sans douleur, explique le CEO.

Les résultats de bpost vous satisfont-ils?
Je suis très heureux de nos résultats 2017. On a réalisé de belles choses dans le domaine des colis, avec une croissance de 28,2% sur l’année entière. On a connu un pic en fin d’année avec 360.000 paquets livrés par jour: on n’en avait jamais traité autant! Il y a aussi l’acquisition de l’américain Radial, qui est très importante pour nous.

Pour prendre une image, notre iceberg "courrier" est en train de fondre; on a dès lors cherché, et j’ai le sentiment qu’on a trouvé en Radial un nouvel iceberg pour assurer la pérennité de l’entreprise. Bruxelles-X, le nouveau centre de tri, est un autre motif de satisfaction, et j’y ajouterai la nouvelle loi postale.

Quand on est en pleine transformation, on a besoin de stabilité et de transparence afin de pouvoir regarder vers l’avant: on n’avait pas pareil cadre avec l’ancienne loi postale. Ce sont donc toutes de bonnes nouvelles. Certes, je n’ai pas goûté le rejet de notre projet d’augmenter le prix du timbre en 2017… Mais il reste que 2017 est une année charnière.

"La partie la plus importante de la société commence à être dédiée au non-courrier."
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Pourquoi charnière?
Parce qu’on dépasse pour la première fois les 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et que la partie postale de nos activités est, pour la première fois aussi, passée sous les 50% de notre chiffre d’affaires. L’année précédente, elle pesait encore 66%. La partie la plus importante de la société commence à être dédiée au "non-courrier". On devient une autre espèce d’animal.

Je sens qu’on est en train de muer. Et je pense que c’est une bonne nouvelle, car on est en train de quitter notre iceberg "courrier", sans le quitter tout à fait, et on a en vue un nouvel iceberg qui nous permettra de rester pertinents dans le monde d’aujourd’hui. Malheureusement, la réalité veut que cette mue prenne du temps et que de temps à autre, cela fasse du mal. On a réalisé ainsi un très mauvais quatrième trimestre sur le front du courrier, avec une décroissance d’un niveau jamais vu: -6,4% en volume!

C’est beaucoup plus que les autres trimestres. On sent qu’il y a une accélération dans le déclin du courrier. Cela nous met mal à l’aise pour l’année 2018, et c’est la raison pour laquelle, dans nos perspectives pour l’année en cours, nous avons prévu un recul du courrier jusqu’à 7%. Cela impactera nos résultats 2018. On a terminé 2017 avec un ebitda de 598 millions d’euros; pour 2018, on prévoit une fourchette de 560 à 600 millions. Cela dépendra en partie du déclin du courrier: si on fait mieux que -7%, on sera plus près des 600 millions, et inversement. Et on a aussi des défis à relever chez Radial.

Lequels?
Radial est très jeune, mais est aussi en train de muer. On savait que son activité "webstores" est en déclin et que cela continuera: on en avait tenu compte. Mais on a découvert des choses moins agréables, comme ses coûts médicaux: les plans d’assurance maladie ("medical benefit") du personnel de Radial sont plus coûteux qu’on ne pensait.

On a aussi un taux de perte de clients ("churn"): je pense qu’on peut traiter différemment les clients qu’ils le font. Il y a une série d’améliorations à apporter. Ceci dit, le moteur, en soi, nous semble bien rodé dans un marché en croissance, mais Radial ne rapportera pas, cette année, ce qu’on avait annoncé précédemment. Cela me fait-il paniquer? Absolument pas.

De quel montant parle-t-on?
Sur les six semaines où on l’a consolidé en 2017, Radial nous a apporté 17 millions d’euros d’ebitda. Nous prévoyons qu’il nous apportera le même montant cette année.

17 millions sur les douze mois?
Oui. On s’était attendu à davantage.

À combien?
Au double environ.

"Dans une série d’éléments qu’on observe chez Radial, on reconnaît des moments par lesquels nous sommes aussi passés chez bpost voici quelques années."
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Qu’allez-vous faire?
Dans une série d’éléments qu’on observe chez Radial, on reconnaît des moments par lesquels nous sommes aussi passés chez bpost voici quelques années. Radial devrait être plus orienté client, ce que nous avons expérimenté aussi. Il peut améliorer sa productivité dans divers domaines, comme nous l’avons fait chez bpost.

Il y a donc un nombre d’actions à prendre chez Radial. Cela signifie que Pierre Winand (ex-CFO de bpost, NDLR.), qui est aujourd’hui à la tête de Radial, a du boulot devant lui. Cela fait partie de la mue de l’entreprise, mais je crois que nous sommes sur le bon chemin pour assurer la pérennité de cette société.

Vous aviez annoncé lors du rachat qu’à terme, vous envisagiez de créer un Radial en Europe. Savez-vous quand?
Radial exploite deux sites en Europe: en Angleterre et en Allemagne. Dans leurs plans initiaux, ils allaient les fermer pour se concentrer sur les Etats-Unis. Nous avons arrêté ce mouvement. Pour le moment, ces deux implantations n’ont pas encore la masse critique: elles perdent de l’argent.

Mais si nous avons l’ambition d’être un jour plus présents sur l’Europe, ce serait dommage de freiner maintenant dans ces deux pays et de redémarrer demain avec un trajet plus long devant soi. Quand serons-nous prêts? Cela dépendra de l’évolution du marché en Europe. Cela reste notre ambition, mais ce n’est pas notre première priorité.

Quelle est votre première priorité?
Les défis en Belgique, continuer à transformer la société, la croissance des paquets et les autres acquisitions en Europe et aux Etats-Unis. Nous avons suffisamment de pain sur la planche.

Radial va-t-il faire exploser votre chiffre d’affaires en 2018?
Oui, on sera solidement au-dessus des 3 milliards.

"PostNL ne figure pas sur mon radar aujourd’hui."
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Bien au-dessus des 4 milliards…
Non. L’an dernier, ils ont réalisé environ un milliard sur les douze mois, mais il faut compter, de l’autre côté, le déclin du courrier: on ne dépassera donc pas les 4 milliards. Sauf si on fait encore d’autres choses…

PostNL vous intéresse-t-il encore?
Il ne figure pas sur mon radar aujourd’hui. Nous avons d’autres choses à faire. Nous ne sommes pas restés assis dans notre coin pour préparer notre futur.

Leurs mauvais résultats 2017 vous font-ils pousser un "ouf" de soulagement?
Je ne suis pas ce genre de personne. Il faut travailler sur ses propres forces. Et dans ce monde, tout peut changer très vite.

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