"L'unique but était de provoquer une grève à bpost" (De Croo)

"M. Labille a fait fuiter vendredi des informations (fautives) dont l'unique but était de provoquer une grève à bpost. Cela a échoué", a lancé Alexander De Croo. ©BELGA

bpost et PostNL, les deux opérateurs postaux, ont annoncé dimanche soir qu'ils cessaient leurs négociations concernant "une éventuelle combinaison des deux sociétés par le biais d'une offre publique d'acquisition amicale de toutes les actions de PostNL par bpost". Les critiques fusent à l'égard du rôle joué par Jean-Pascal Labille.

Ce n'est pas un drame, mais c'est dommage.
Koen Van Gerven
CEO de bpost

Bpost voulait acquérir la totalité des actions de PostNL en échange de cash et d'actions bpost. Ce qui veut dire que l'Etat belge aurait vu passer sa participation dans l'entreprise sous la barre des 50%. Cela n'aurait pas été un problème puisque le gouvernement a autorisé ce scénario. Il n'était toutefois pas question d'une vente des actions de l'Etat, avait déjà précisé Alexander De Croo vendredi.

Mais le projet d'acquisition de PostNL est définitivement abandonné.

♦ Pourquoi? "On négociait encore hier et aujourd'hui, mais nous avons finalement dû admettre qu'il n'y aurait pas d'accord", précise le CEO de bpost Koen Van Gerven. "Les négociations sur un projet de fusion se basaient sur un document de 60 pages, mais nos points de vue étaient trop divergents pour aboutir à un accord." Le CEO ne souhaite pas préciser si le noeud du problème était d'ordre financier.

©BELGA

Ces pourparlers étaient en cours depuis quelques mois. Selon le patron de l'entreprise postale, bpost lorgnait PostNL pour les possibilités de croissance sur le marché des paquets qu'elle offrait. "bpost et PostNL ont de gros clients qui apprécieraient une offre intégrée", a-t-il expliqué. La fusion aurait ainsi permis la mise en place de nouveaux services, comme des livraisons ayant lieu le même jour que le dépôt du colis ou des livraisons en soirée. "Nous aurions eu une offre plus solide ensemble et nous aurions pu renforcer nos croissances mutuelles", a estimé Koen Van Gerven.

Koen Van Gerven reste ouvert. "De nouvelles opportunités se présentent tous les jours. S'il y a des dossiers intéressants, alors on les examinera." ©BELGAPLUS

Et maintenant?  "Il ne faut jamais dire jamais, mais ce chapitre-ci est clos." Koen Van Gerven reste cependant ouvert. "De nouvelles opportunités se présentent tous les jours. S'il y a des dossiers intéressants, alors on les examinera."

Le temps des questions.  "Que couvraient ces négociations? Quel projet était sur la table? Nous aimerions le savoir... Il nous importe, avant tout, de garantir le statut d'agent statutaire. Les employés actuels ont été engagés sous un régime d'état, il ne faut pas que cela change. Le personnel doit garder une qualité et une stabilité d'emploi, ce qui est loin d'être garanti avec l'opérateur PostNL, qui privilégie les contrats partiels et avec les indépendants", s'inquiète Stéphane Daussaint, responsable général de la CSC-Transcom Postes. "On reste avec nos inquiétudes, pour quelles raisons les tractations ont-elles échoué?"

Pour la CGSP, "bpost a évité un grand conflit social"

Les représentants des travailleurs ont rencontré la direction ce lundi. Au sortir de la cette réunion, le responsable du secteur postal à la CGSP, Jacques Lespagnard, a d'emblée décrispé la situation en annonçant que "bpost a évité un grand conflit social, tant au nord qu'au sud du pays."

"Nous n'avons aucun problème à ce que la poste belge acquiert un autre opérateur du secteur car elle en a les moyens. Une opération de ce type pourrait d'ailleurs consolider l'emploi, notamment dans le secteur des colis. Par contre, ce qui nous pose problème et que nous n'acceptons pas, c'est l'abandon du statut d'entreprise publique."
Jacques Lespagnard
Responsable du secteur postal à la CGSP

Mais selon les syndicats, le flou demeure toujours sur les intentions de la direction de bpost. "Nous avons tenté de connaître les raisons de cet échec mais Koen Van Gerven, l'administrateur délégué de bpost, est resté très vague, évoquant simplement des raisons 'compliquées'. Il semble que la poste néerlandaise souhaitait aller plus loin que ce bpost avait prévu", a expliqué le responsable du syndicat socialiste.

Ceci n'a pas empêché les travailleurs du bureau de distribution de bpost à Nivelles sont partis en grève ce matin. Officiellement, ils protestent contre la mauvaise gestion de l'entreprise à laquelle s'ajoutent "les tensions liées aux négociations" qui ont eu lieu entre les postes belge et néerlandaise, a indiqué Eve Izquierdo (CGSP). Selon cette dernière, les employés nivellois reprochent également à bpost de "tenter de contourner la grève des services publics prévue mardi, en anticipant les dépôts de courrier". Cette action devrait être "particulièrement bien suivie" dans le secteur postal, a encore indiqué la syndicaliste.

Le rôle de Jean-Pascal Labille.

Jean-Pascal Labille,  l'ancien ministre des Entreprises publiques, avait révélé vendredi sur les ondes de la RTBF qu'un rapprochement était en cours avec un opérateur européen, sans le nommer. "Dans peu de temps, la poste va perdre son statut d'entreprise publique", avait-il déclaré sur les ondes de La Première, ajoutant que c'était "une question d'heures". Selon lui, l'Etat belge devrait céder une dizaine de pour cent du capital (51,04%) qu'il détient dans bpost. Des médias évoquaient ensuite un possible mariage avec son homologue néerlandaise PostNL.

Jean-Pascal Labille (PS), avait déclaré vendredi: "Dans peu de temps, la poste va perdre son statut d'entreprise publique". ©BELGA

Bpost n'avait pas voulu réagir jusque dimanche soir. C'est alors que l'opérateur postal belge a confirmé que des négociations étaient en cours depuis plusieurs mois avec PostNL mais qu'elles avaient pris fin sans aboutir à un accord.  "Je ne sais pas quel était son but, mais la plus grande discrétion est de mise dans de tels dossiers. Ses déclarations étaient totalement déplacées, et il le sait", a déclaré le CEO Koen Van Gerven.

L'ancien ministre des Entreprises publiques a été fortement critiqué: "M. Labille a fait fuiter vendredi des informations (fautives) dont l'unique but était de provoquer une grève à bpost. Cela a échoué", a notamment commenté le ministre des Entreprises publiques, Alexander De Croo (Open Vld), sur le site du Tijd et les ondes de Radio 1.

Jean-Pascal Labille a également été la cible de critiques féroces de plusieurs députés N-VA sur Twitter.

"Mes propos n'étaient pas liés à un rachat ou une reprise (impliquant les néerlandais de PostNL), ce qui aurait été une très bonne chose. J'ai voulu alerter sur une remise en cause du statut public de bpost si l'Etat descendait en dessous des 50%."
Jean-Pascal Labille

L'ancien ministre socialiste s'est dit surpris par les déclarations de son successeur Alexander De Croo (Open Vld).   "Essayer de faire croire qu'une petite phrase de dix secondes puisse faire capoter une négociation en cours depuis plusieurs mois, c'est un peu trop court", a déclaré Jean-Pascal Labille.    

A ses yeux, la responsabilité de l'échec du rapprochement doit être recherchée chez d'autres acteurs du dossier, mais pas dans son chef. "Je ne suis pas dans le dossier", a-t-il martelé.  

"Il est essentiel que bpost analyse comment elle peut renforcer sa position" (De Croo)

"Le fait que bpost et PostNL ont étudié ces derniers mois la possibilité de fusionner les deux entreprises montre que la direction vise une stratégie de croissance et de diversification", réagit dimanche soir Alexander De Croo, ministre l'Agenda numérique, des Télécommunications et de la Poste, à l'annonce de bpost de la fin des négociations entre l'entreprise et PostNL.
"Une entreprise performante et forte comme bpost doit avoir la liberté d'étudier comment elle peut se renforcer dans un environnement qui évolue rapidement sous l'impulsion de la révolution numérique. C'est une des raisons pour laquelle j'ai proposé l'an dernier au gouvernement d'adapter la loi de 1991 sur les entreprises publiques", explique le ministre.
"Une stratégie tournée vers l'avenir est plus que cruciale pour assurer le succès et la création d'emplois. Le marché des lettres traditionnelles a connu une baisse de 5% l'an dernier. Parallèlement, nous observons une forte augmentation de la livraison de colis, sous l'impulsion de l'e-commerce. Il est donc essentiel que bpost analyse comment elle peut renforcer sa position dans cette nouvelle économie. C'est bon pour l'entreprise, c'est bon pour les travailleurs, et c'est bon pour l'économie belge", poursuit M. De Croo.
"La direction de bpost a reçu, dans ce cadre, la confiance du gouvernement pour étudier les options lui permettant de se renforcer, avec trois lignes de conduite claires: les droits acquis des travailleurs doivent être garantis, ce qui est clairement inscrit dans la loi. L'entreprise doit aussi devenir plus forte, avec un business model orienté vers le futur, en observant les nouveaux marchés et produits. Bpost doit aussi rester ancrée économiquement dans notre pays."

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