analyse

La fusion PostNL-Sandd recalée aux Pays-Bas. Quel avenir pour le marché du courrier?

©Hollandse Hoogte / Luuk van der Lee Fotografie

Face au risque de voir notamment les tarifs augmenter, l'autorité néerlandaise de la Concurrence bloque la fusion entre PostNL et Sandd. Et si en Belgique, bpost tentait un rapprochement avec TBC dans un marché du courrier en érosion constante?

"Le rachat envisagé de Sandd par PostNL crée un monopole dans le domaine de la distribution du courrier. Les particuliers, les entreprises et les gouvernements paieront donc davantage pour envoyer du courrier." La réponse de l'autorité de la Concurrence néerlandaise (ACM) est sans appel. Elle s'oppose à la fusion à 130 millions d'euros des deux acteurs postaux locaux.

Les prix pour les consommateurs augmenteront aussi davantage après la fusion que si elle n'avait pas lieu.
ACM

L'ACM motive sa décision par les craintes de hausses tarifaires qui découlerait de cette situation monopolistique dans la distribution du courrier (720 millions de lettres par an pour Sandd - 1,8 milliard pour PostNL). Elle évoque des risques d'augmentation de l'ordre de 30 à 40% pour les clients professionnels. "Les prix pour les consommateurs augmenteront aussi davantage après la fusion que si elle n'avait pas lieu." 

Attention au service universel

Dernière flèche dégainée par l'autorité: "Le service postal universel n'est pas en danger par cette non-fusion. PostNL et UPD pourront, dans les prochaines années, continuer d'offrir ce service dans des circonstances économiques acceptables."  

C'était justement sur cette corde qu'appuyait la société postale pour tenter de faire approuver sa reprise de Sandd. "La consolidation est absolument nécessaire et constitue le seul moyen de maintenir les services postaux accessibles, fiables et abordables pour tous aux Pays-Bas; de la ville à la campagne en passant par les personnes âgées et les groupes socialement vulnérables." 

Enfin, pour l'ACM, une non-fusion n'impacterait pas la capacité bénéficiaire de PostNL et ne la propulserait pas sur la liste des cibles vulnérables.    

Que dit le politique?

PostNL se tourne désormais vers le monde politique, qui avait bloqué cette même tentative de fusion pour les mêmes raisons que celles évoquées par l'ACM il y a 4 ans. Cette fois pourtant, la ministre des Affaires économiques semble plus favorable à l'opération.

©ANP XTRA

Les deux entreprises ont donc fait savoir qu'elles évoquaient l'article 47 de la loi sur la concurrence permettant aux politiques de passer outre la décision de l'ACM pour des questions d'intérêts sociaux. Une fois l'article évoqué, un délai de 12 semaines est prévu pour la prise de décision.

Pour l'heure, la ministre affirme avoir pris note de la décision de l'ACM et de la demande de PostNL. Elle agira "selon les règles".

Selon Paul van den Berg de Freshfields, la question du courrier est un sujet très sensible. "Le communiqué de presse de l'ACM (l'intégralité de la décision n'était toujours pas disponible) montre qu'elle a fait un travail approfondi, sérieux et pris conscience des réactions par rapport à sa décision." Selon lui, même si le débat politique actuel tend à valider une telle fusion, il sera tout de même difficile pour la ministre de ne pas tenir compte de l'analyse effectuée par l'ACM.

Manoeuvre de protection

L'actualité postale néerlandaise soulève quelques interrogations. L'acquisition de Sandd avait été présentée comme une façon pour PostNL d'échapper aux griffes du Belge bpost. Pour expliquer son ambition, PostNL avait évoqué les synergies de coûts possibles. Ce sont justement ces synergies de coûts qui avaient aussi motivé bpost à faire offre sur son homologue néerlandais. 

Doit-on donc voir dans cette tentative de fusion une volonté de PostNL de se protéger contre de nouveaux assauts?

PostNL est actuellement le plus grand acteur du courrier, mais que représentera encore ce marché dans 10 ans?
Ruben Devos
KBC Securities

Ruben Devos de KBC Securities n'y voit pas une tentative de protection. Avec Sandd, PostNL s'assure surtout un avenir dans un marché en érosion aux Pays-Bas (comme ailleurs). "PostNL est actuellement le plus grand acteur du courrier, mais que représentera encore ce marché dans 10 ans? Je vois dans cette opération davantage une volonté de PostNL d'améliorer la durabilité sur ce marché."

Il rappelle que PostNL reste un très gros acteur de l'activité "colis". Chaque jour, il traite trois fois plus de colis que bpost. Cette activité représente pour le Néerlandais 2/3 de ses bénéfices contre à peine 20% pour bpost.

Et si bpost se rapprochait de TBC?

Si un tel dossier aboutissait à l'autorité de la concurrence, nous analyserions la définition des marchés désignés, l'impact de la transaction sur le marché mais aussi l'impact de la transaction sur le service universel.
Jacques Steenbergen
Autorité belge de la concurrence

Cette opération pourrait-elle donner des idées à l'opérateur postal belge? En Belgique, sur le segment "courrier" les concurrents à bpost ne sont pas légion et les regards se tournent donc vers TBC. "Une fusion entre bpost et TBC est toujours possible", poursuit Ruben Devos mais serait-elle pertinente? 

TBC représente en effet une part de marché de moins de 5%. La grosse part du gâteau, c'est déjà bpost qui se l'octroie. Reprendre TBC dégagerait donc de très faibles synergies. "Bpost a davantage intérêt à se renforcer dans les colis." 

©DRIES LUYTEN

Outre l'aspect stratégique, reste aussi l'avis de l'autorité de la concurrence. "Si un tel dossier aboutissait à l'autorité de la concurrence, nous analyserions la définition des marchés désignés, l'impact de la transaction sur le marché mais aussi l'impact de la transaction sur le service universel; et ce avec l'appui de l'IBPT", explique Jacques Steenbergen de l'ABC.

Il rappelle ainsi que le droit européen prévoit une possible contribution financière pour aider les prestataires désignés à assurer un service universel. "Si la concurrence se renforce et compromet le service universel, le prestataire désigné peut recevoir une contribution financière. Là c'est une responsabilité de l'IBPT", ajoute Jacques Steenbergen qui explique que ce point-là sera aussi évalué en cas de dossier de fusion.

Enfin, une différence de poids existe par rapport aux Pays-Bas. Une décision de blocage de fusion de l'autorité de la concurrence ne pourra pas, chez nous, être révisée par le monde politique

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