analyse

Le bilan de bpost sous la direction de Koen Van Gerven

©jonas lampens

Après avoir caracolé en tête des opérateurs postaux en termes de performances boursières, bpost est retombé de haut. La chute a commencé début de l'année avec les difficultés chez Radial. Les derniers résultats et les grèves ont encore noirci le tableau. Le moment de tirer un bilan des années Van Gerven.

"Si bpost entend devenir une entreprise postale à succès solide, elle doit s’engager dans la croissance du secteur des colis. Ce doit être sa nouvelle ligne. Mettre cela en péril revient à mettre l’entreprise en péril."
Alexander De Croo
Ministre de la Poste

→ Les plus 

  • La diversification/transformation

Bpost ne cesse de se transformer depuis la prise en main de l’entreprise par Koen Van Gerven en février 2014. Son prédécesseur Johnny Thys avait déjà montré la voie, entre autres en rachetant Landmark Global aux Etats-Unis pour distribuer les paquets de et vers l’Amérique. Le nouveau CEO a poursuivi et accéléré la mue en multipliant les acquisitions dans la logistique liée à l’e-commerce: à côté du grand Radial, il y a eu beaucoup de petits rachats comme DynaGourp, Leen Menken, Parcify, FDM, Anthill ou, sous l’enseigne de Landmark, IMEX Global Solutions et M.A.I.L. Inc. Et puis bpost a repris les activités belges de Lagardère Travel, dont les AMP (distribution de journaux et périodiques aux librairies) et les magasins Press Shop/Relay. Rebaptisé Uniway, le gros de cette ligne de business n’a pas encore donné toute sa puissance en termes de résultats. À ce stade, cette acquisition reste… une promesse.

  • Le maintien des résultats

Même si les résultats réalisés par bpost au troisième trimestre ont déçu les analyses, l’entreprise continue de tabler sur un Ebitda proche des 560 millions d’euros pour l’année entière, ce qui lui permettrait de maintenir le dividende à au moins 1,31 euro par action. Malgré la baisse qui va s’accélérant du courrier domestique (recul de 6,4% du volume au troisième trimestre) et la fonte du chiffre d’affaires qui en résulte, et malgré les déconvenues en termes de résultats du côté de Radial, la direction de bpost parvient à générer suffisamment de profit pour honorer ses engagements dividendaires envers l’actionnaire, dont l’Etat. On peut considérer, comme le fait la Bourse, que c’est insuffisant; on peut aussi estimer que compte tenu des circonstances, c’est la marque d’une certaine résistance et de finesse dans la gestion des coûts.

  •  Le boom des colis

Condamnée à se transformer en raison de la fonte du courrier, qui était jusqu’il y a peu son activité principale, bpost s’est logiquement diversifiée dans la distribution de colis. Elle y engrange chaque année de bons résultats, caractérisés par un courant de croissance confortable. C’était bien vu et, en même temps, c’était évident : les autres opérateurs postaux européens ont pour la plupart emprunté la même voie. Problème, cette activité génère proportionnellement moins de bénéfice que le courrier. En termes de chiffre d’affaires, suite au rachat de Radial, elle a dépassé le courrier domestique en importance cette année.

  • La renégociation de la loi postale

La régulation postale a toujours été un enjeu crucial pour le secteur. Même si l’Europe dicte sur ce plan sa loi aux Etats membres, ces derniers disposent d’une certaine latitude. La Belgique a réécrit l’an dernier sa loi postale, notamment dans le but de faciliter l’entrée de nouveaux opérateurs sur le marché. Dans les faits, il semble toutefois que la réécriture bénéficie à bpost, dont les projets futurs d’augmentation des prix devraient, par exemple, être plus faciles à mettre en œuvre. Allusion au feu rouge brandi il y a deux ans par l’IBPT à la hausse des prix du timbre demandée par l’opérateur : à l’avenir, le régulateur n’aura plus les coudées aussi franches. Dans les coulisses, certains experts disent que bpost a réussi son lobbying auprès du législateur. Quant au but initial de la refonte, il est resté à ce jour… lettre morte : à part TBC, qui était déjà là, aucun autre candidat à la distribution du courrier ne s’est manifesté.

  • L’ouverture du nouveau centre de tri

En octobre 2017, bpost a inauguré un nouveau centre de tri ultramoderne à Bruxelles: le premier du Benelux et le deuxième d’Europe. L’entreprise investit dans les technologies pour demeurer à la pointe à la fois dans le courrier et dans les colis. Elle fournit l’effort nécessaire: rien à redire sur ce plan.

→ Les moins

  • Le cours de l'action au plus bas

L’action bpost a dégringolé de 10,8% jeudi à la Bourse de Bruxelles. Le titre a signé la plus forte baisse du Bel 20 et est tombé à son plus bas historique. Le marché n’a pas digéré ses résultats du troisième trimestre. Bpost a indiqué mercredi soir après la clôture des Bourses européennes un bénéfice opérationnel (Ebitda) plus faible que ce que prévoyaient les analystes, à 78,9 millions d'euros au lieu des 90 millions attendus.  

  • Le choix de Radial comme alternative à PostNL

Koen Van Gerven et son équipe dirigeante disposaient de beaucoup de cash et avaient mis l’opérateur historique néerlandais dans leur collimateur. À l’époque, bpost cartonnait en Bourse, contrairement à PostNL. Le projet d’acquisition avait été bien emmanché. Sur le papier, c’était un plan intelligent, qui avait pour but de créer un champion à l’aune du Benelux afin de mieux résister aux géants européens et mondiaux. Las!, la politique s’en est mêlée aux Pays-Bas.

Une fois éconduit, bpost a cherché ailleurs comment faire fructifier son milliard de cash. Le groupe a alors mis la main sur l’américain Radial, un spécialiste de la logistique intégrée d’e-commerce, pour 804 millions de dollars. Pas de chance pour l’acquéreur, deux problèmes sont apparus après la signature: un important surcoût en assurance maladie aux Etats-Unis, et le départ d’une série de clients importants. Bpost a réagi, mais a perdu du temps: durant deux ans, Radial ne lui rapportera quasi aucun profit, juste du chiffre d’affaires. Depuis la découverte de ces deux "cadavres" dans le placard de Radial, les bénéfices de bpost ont faibli et son cours a commencé à chuter. La faute à Koen Van Gerven? C’est ce que pense une partie du marché, toujours prompte à "personnaliser" ses déceptions. En revanche, l’échec du rachat de PostNL n’est pas de son cru, c’est la faute du politique… qui n’aurait pas dû avoir voix au chapitre.

  • Des syndicats difficiles à gérer

C’est le verre à moitié vide et à moitié plein. Durant la première partie de son mandat entamé au printemps 2014, Koen Van Gerven a additionné les réussites dans ses discussions avec les représentants des travailleurs. Le plan de restructuration visant le "middle management" et les cadres avait été bien amené, bien négocié. Aujourd’hui, les actions de grève tournante interviennent dans un certain brouhaha social, comme si le fil du dialogue avait été soudain perdu.Le conflit porte notamment sur la charge de travail et le manque de personnel. Ce jeudi, la direction et les syndicats avaient repris des négociations en profondeur". "Des propositions très importantes et très concrètes ont été mises sur la table", ont indiqué de concert direction et syndicats dans un communiqué conjoint diffusé à l'issue de cette journée de tractations. "Les propositions sont actuellement évaluées et une nouvelle réunion est prévue lundi matin", ajoutent-ils. Un sacré test pour le crédit du CEO.

  • La grogne des gros clients

Immanquablement, les grèves tournantes ont irrité les clients de bpost. Et parmi eux les entreprises d’e-commerce comme Zalando, Coolblue ou Amazon, ou les partenaires de logistique comme DHL. Une très mauvaise publicité pour bpost, car ces clients ont transmis à leurs propres clients le message que les retards de livraison étaient dus à l’opérateur postal. Certains webshops sont allés plus loin en choisissant de passer par un autre opérateur, tel que… PostNL. Quel que soit le résultat des négociations sociales en cours, certains de ces "contrats" seront perdus pour bpost, ou à tout le moins malaisés à regagner.

  • La banque qui vivote

Depuis plusieurs années, l’activité bancaire de bpost ne lui rapporte plus grand-chose. Les faibles taux d’intérêt ne lui permettent plus d’offrir des revenus suffisants sur les comptes d’épargne. Avec le recul, on peut se demander aujourd’hui si le maintien de cette activité de diversification a encore du sens pour bpost.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content