"Les entreprises relancent leurs projets de recrutement"

Pour Thibaud Adès (PageGroup), le choc a failli s'avérer très violent pour les intérimaires, mais le chômage temporaire a permis de limiter les dégâts et ce secteur bénéficiera à plein de la reprise. ©Kristof Vadino

Si l’on en croit les signaux précurseurs notés sur le marché du recrutement, les entreprises se préparent au retour à la croissance. Thibaud Adès, qui dirige le bureau Michael Page en Belgique, table sur une crise brève, puis un rebond dès le début 2021.

Le marché du recrutement a souffert comme les autres secteurs durant le confinement, mais a observé une série de signes encourageants dès la sortie du "lockdown". Explications avec Thibaud Adès, directeur général du bureau Michael Page (PageGroup) pour la Belgique et le Grand-Duché.

Comment s’est comporté le marché du recrutement pendant le "lockdown"?

Le choc a été très violent, sauf pour les positions essentielles à remplacer. Les recrutements liés à des projets d’investissement ont été mis en attente tandis que les recrutements de confort ont été annulés. En avril et mai, notre bureau a vu ses missions chuter de 70% et son chiffre d’affaires de 40 à 45%. Ceci dit, si des secteurs ont été très fortement impactés, comme l’horeca, certains autres sont restés très actifs, comme la grande distribution, et ont continué aussi à recruter.

Au sortir du confinement, ce marché reprend-il?

On reçoit des premiers signaux encourageants de la part des entreprises. Nos clients nous demandent de relancer une série de projets, et ils n’émanent pas d’un seul secteur mais de tous. On recherche à nouveau des profils commerciaux, des assistants, des positions de marketing, des métiers plus techniques... On sent une envie de redémarrer et de considérer cette crise comme une pause dans la vie des entreprises. Il règne néanmoins encore un certain attentisme chez nombre de clients et on arrive à l’été, donc aux vacances: on ne pourra dresser un premier bilan d’après crise qu’en septembre, mais dans notre profession nous avons toujours une avance de quelques mois sur la conjoncture et nous ressentons un certain dynamisme.

"Le choc a été très violent. Les recrutements liés à des projets d’investissement ont été mis en attente tandis que les recrutements de confort ont été annulés."
Thibaud Adès
directeur général, PageGroup Belgique et Grand-Duché

Comment ont évolué les demandes pour des fonctions de dirigeants?

Elles n’ont subi aucun impact négatif! La prise de décision a certes été difficile et les rencontres finales compliquées à organiser, mais pour les entreprises ayant besoin de remplacer un dirigeant, il s’agit toujours d’une mission essentielle.

À l’opposé, y a-t-il eu un segment plus touché que les autres?

Là où l’on a eu le plus peur, c’est pour les contrats intérimaires. La solution la plus simple pour les entreprises en manque de cash-flow est d’arrêter ces contrats. Les gouvernements ont heureusement bien réagi et les aides telles que le chômage temporaire ont permis, dans nombre de cas, de suspendre plutôt que d’annuler ceux-ci. Sur la totalité des intérimaires placés par notre bureau, un quart d'entre eux ont perdu leur travail, un autre quart sont restés sous contrat mais ont bénéficié du chômage temporaire, tandis que les derniers 50% ont continué à travailler. Sur le deuxième quart, aujourd’hui, certains ont été réactivés et d’autres ont été arrêtés.

L’intérim va se redresser rapidement

La guerre des talents n’est sans doute plus d’actualité?

Si! On en parle toujours, mais c’est vrai que le pool d’offres devient plus important pour les employeurs. Il y aura donc moins de pression sur les sociétés pour attirer les compétences. On perçoit toutefois une évolution notable: beaucoup d’employés ou cadres sont prêts désormais à changer d’employeur à cause de la manière dont celui-ci a géré la crise sanitaire. Une histoire de valeurs, liées à l’humain et à l’environnement.

Mais c’est un luxe aujourd’hui de pouvoir changer d’employeur…

Les personnes sont de plus en plus capables de se remettre spontanément sur le marché de l’emploi, surtout parmi les moins de 40-45 ans.

"Nous ne prévoyons pas de retour au niveau d’avant la crise avant 2021, mais nous n’attendons pas de crise profonde non plus."
Thibaud Adès
directeur général, PageGroup Belgique et Grand-Duché

L’intérim va-t-il redémarrer moins vite?

Non, les besoins en ressources temporaires vont redémarrer rapidement. Car pour les entreprises, cela reste une solution très flexible, qui permet de monter en activité sans augmenter, de manière comptable, leur personnel. Ce secteur devrait donc repartir fortement, dans tous les domaines.

À quel rythme de reprise économique doit-on s’attendre, si l’on se base sur les signaux précurseurs perçus sur le marché du recrutement?

Nous ne prévoyons pas de retour au niveau d’avant la crise avant 2021, mais nous n’attendons pas de crise profonde non plus. Nous pensons revenir à 80-85% de notre activité de recrutement à partir d’octobre, avec des différences selon les secteurs.

Une reprise quand, en 2021?

Dans la première partie de l’année. On aura fini de digérer l’impact économique de la crise et on aura vu les signaux positifs se multiplier. Les médias rendent compte des grandes restructurations d’entreprises alors qu’au même moment nous voyons généralement une réalité économique différente. Et nous observons un regain de dynamisme, avec un certain nombre d’entreprises qui se préparent au prochain cycle de croissance en investissant et en recrutant.

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