Protection Unit reprend Fact Group pour créer un champion belge du gardiennage

©SAMUEL SZEPETIUK

Ensemble, les deux entités belges se rapprochent du top 3 cadenassé par les géants internationaux du secteur.

La Belgique a ceci de particulier que les trois premiers acteurs de la sécurité privée et du gardiennage sont des groupes internationaux, le Suédois Securitas, l’Anglais G4S et le Français Seris. Pour trouver un acteur belge, il faut descendre à la marche suivante, mais avec un sérieux décalage. C’est, notamment, pour constituer un champion local à même de rivaliser avec ce top 3 que Protection Unit et Fact ont décidé d’unir leur destinée.

Même si elle est plus petite en taille et en personnel, c’est pourtant Protection Unit (fort de 22 millions de chiffre d’affaires et de 500 agents) qui reprend Fact Group, quatrième opérateur en Belgique avec un peu plus de 30 millions de chiffre d’affaires et 850 personnes. Yves Bastin, le patron fondateur de Fact Group, restera comme COO en charge de l’activité de gardiennage et le nouvel ensemble adoptera progressivement le nom de Protection Unit.

"Le secteur est en pleine croissance. Le financement est donc relativement facile."
Samuel Di Giovanni
CEO de Protection Unit

Le montant de la transaction n’a pas été communiqué. L’opération a été financée par une augmentation de capital en plusieurs phases, dont 2 millions il y a quelques semaines, souscrits par Noshaq et les actionnaires historiques (François Fornieri et Samuel Di Giovanni) de même que par financement bancaire.

Le secteur du gardiennage est en proie à des mouvements de concentration depuis quelques mois. En août 2018, Seris reprenait S Protection qui s’est fait un nom dans la sécurisation des festivals de musique en Flandre. Il y a quelques mois, c’est Protection Unit qui se portait acquéreur de SGI au terme d’une procédure de réorganisation judiciaire par transfert d’actifs, ce qui avait permis de sauver 250 emplois.

"Les marges sont serrées et il faut rechercher de nouvelles opportunités de compétitivité."
Yves Bastin
Patron fondateur de Fact Group

"C’est un passage obligé", estime Yves Bastin. "Les marges sont serrées et il faut rechercher de nouvelles opportunités de compétitivité." Les deux patrons insistent cependant sur le fait que la fusion des deux entités ne causera aucune perte d’emploi ou de redondance. "Au contraire", affirme Samuel Di Giovanni, CEO de Protection Unit, "l’objectif est d’accroître assez rapidement nos activités en bénéficiant de nos complémentarités."

©doc

Plus jeune sur le marché (un peu plus de 10 ans pour 20 ans au Fact Group), Protection Unit s’est spécialisée dans la sécurisation et le contrôle de gros événements, comme des concerts ou des infrastructures sportives, dans les services de surveillance mobile et dans l’intégration de nouvelles technologies, comme les drones. Le groupe fournit quelques clubs de foot comme Anderlecht, l'Antwerp, le Beerschot, le Lierse et l’Union saint-gilloise notamment. A noter que le contrat du Standard vient de lui échapper après près de 10 ans au profit de… Fact Group.

Fact Group bénéficie d’une solide réputation grâce à son école de formation. Le groupe wavrien est également l’un des seuls habilités aux missions armées. "Tant la certification de l’académie que les homologations pour missions armées nous ouvrent des marchés auxquels nous n’avions pas accès jusqu’ici", précise Di Giovanni.

Loi Jambon

"La nouvelle réglementation ouvre aussi de nouvelles perspectives dans l’utilisation de drones ou de chiens de recherche d’explosifs."
Samuel Di Giovanni

La loi Jambon qui a réformé le secteur de la sécurité et du gardiennage depuis 2017 a ouvert de nouveaux marchés aux entreprises du secteur, comme par exemple le gardiennage et la surveillance de casernes militaires. "Comme pour les ambassades ou certains bâtiments publics sensibles, cela exige des certifications dont disposent Fact et sans lesquelles on ne serait même pas consultés", constate Di Giovanni. "La nouvelle réglementation ouvre aussi de nouvelles perspectives dans l’utilisation de drones ou de chiens de recherche d’explosifs. C’est une activité dans laquelle nous investissons depuis des mois pour être prêts pour le prochain appel d’offres de l’aéroport de Liège."

©doc

Dans des secteurs réglementés ou non, le gardiennage se profile de plus en plus comme une activité de services aux entreprises ou aux particuliers. Et contrairement aux idées reçues, le personnel de sociétés de gardiennage ne se limite pas à des gros bras bodybuildés. "Au contraire! L’intervention, ce n’est généralement pas notre job. Nous sommes dans la prévention et éventuellement dans la dissuasion. Les cow-boys, on n’en veut pas", assure Yves Bastin.

Débouchés

Très gourmand en main-d’œuvre, le secteur du gardiennage offre d’ailleurs des postes peu qualifiés et des solutions de reconversion pour des ouvriers en recherche d’un nouveau secteur. "Et pour les femmes!" martèle Di Giovanni. "Le gardiennage comporte une grande dimension d’accueil pour laquelle les employées sont souvent bien plus efficaces. Elles ont aussi une vertu apaisante dans des situations qui peuvent être tendues." Le secteur hospitalier offre de nouveaux débouchés de même que le "profiling prédictif".

70 millions €
millions
Le groupe Protection Unit prévoit un chiffre d’affaires de 70 millions en 2020. C’est plus que les deux entités réunies.

Le nouvel ensemble envisage des engagements à court et moyen terme, pour atteindre assez rapidement les 2.000 agents. En 2020, l’accent sera mis sur l’intégration des deux entités. "Progressivement, comme nous l’avons fait avec SGI", témoigne Di Giovanni. En 2021, le groupe poussera sa présence en Flandre. "C’est clairement là qu’est le plus gros du marché, avec Zaventem, le Port d’Anvers ou de Zeebruges et les industries en général. A titre d’exemple, Seris est le troisième opérateur belge, mais n’est quasiment pas présent en Wallonie."

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Protection Unit avait déjà effectué une acquisition en Flandre en 2017. Il est prestataire de services pour quelques acteurs économiques de poids comme Ghelamco, les festivals Grasspop et Pukkelpop, le circuit de Zolder ou une importante société de transports. "Cela nous donne déjà une belle visibilité", assure Di Giovanni.

En 2020, le groupe vise les 70 millions de chiffre d’affaires. Et après la Flandre, Di Giovanni compte bien s’attaquer à l’international..


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