Tempora taille sa route au niveau européen

Bruno Van Lierde (à g.) et Benoît Remiche dirigent une PME qui fait tout dans le secteur des expositions, y compris le montage des modules. ©Saskia Vanderstichele

La PME qui crée et gère les expos va lever de 1 à 2 millions rapidement, plus cinq autres millions à moyen terme, pour financer son expansion internationale. Cette année, elle aura généré plus de la moitié de ses revenus à l’étranger.

Fondée il y a vingt ans par Benoît Remiche, ex-président de Belgacom (Proximus), Tempora arrive à un tournant de son existence. Cette année, la PME aura pour la première fois réalisé plus de la moitié de son chiffre d’affaires à l’international. "Dès nos débuts, nous avons pensé européen et international, mais aujourd’hui nous franchissons un palier", dit Benoît Remiche. À ses côtés, Bruno Van Lierde enchérit: "Nous voulons développer Tempora pour en faire un acteur majeur de l’ingénierie culturelle européenne." L’ancien fondateur du bureau BCG à Bruxelles s’est mué depuis en business angel, coach et conseiller; il préside depuis 18 mois le conseil de Tempora, où il fait converger ses deux passions: la culture et l’entreprise.

Spécialisée dans les expositions et créations muséales dans les domaines historiques, artistiques et scientifiques, Tempora exerce en réalité trois métiers complémentaires: elle répond aux appels d’offres visant la conception, la réalisation et l’exploitation d’expositions, elle crée elle-même des expos, qu’elle fait circuler dans le pays ou le monde, et elle assure l’exploitation et la maintenance de sites pour compte de tiers. Ces derniers mois, elle a gagné quelques marchés publics de prestige à l’étranger, tout en multipliant les contrats pour des expositions dans des villes "exotiques". Pas plus tard que mercredi dernier, son expo sur Pompéi a été inaugurée à Richmond, en Virginie (Etats-Unis), après quoi elle voyagera vers Spokane, Orlando et Saint-Louis.

"On ne peut pas faire de la culture sans le public: le patrimoine lui appartient."
Benoît Remiche
Fondateur et CEO de Tempora

Tempora présente actuellement les travaux du photographe américain Steve McCurry à la Sucrière, à Lyon. Elle prépare la mise en place d’un nouveau musée sur la Seconde Guerre mondiale et les déportations à Bialystok, en Pologne. L’expo "Dieu mode d’emploi", qu’elle avait créée en 2006, va renaître à Genève en octobre prochain. Et surtout, elle vient d’emporter deux beaux appels d’offres en France: l’un concerne le Glaciorium à reconstruire au-dessus de la Mer de Glaces à Montenvers, dans le Massif du Mont-Blanc, l’autre le "Château du Petit Prince", un super-projet à déployer autour de l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry à Saint-Maurice-de-Remens, près de Lyon.

Dix millions cette année

L’an dernier, Tempora a enregistré un chiffre d’affaires de 8,3 millions et dégagé un excédent brut d’exploitation (Ebitda) d’un million. Cette année, compte tenu de l’épaisseur du carnet de commandes, Remiche table sur plus de dix millions de revenus, dont 53 à 54% réalisés hors de nos frontières. Sur les dix dernières années, la PME a crû à une moyenne de 13% par an. Elle emploie près de 50 personnes, salariés et indépendants confondus. "On est une entreprise exportatrice et à forte valeur ajoutée", souligne Van Lierde qui rappelle au passage que Bruxelles abrite 13.000 entreprises liées au domaine culturel et qu’au niveau de la Belgique entière ce secteur draine 5% du produit intérieur brut.

Cette activité amène ses opérateurs privés à collaborer avec les pouvoirs publics. "On ne peut pas faire de la culture sans le public, commente Remiche. Le patrimoine lui appartient. Et il est donc impossible de le faire sans soutien public, sauf exception." Tempora partage régulièrement ses budgets et ses rentrées avec le secteur public. Deux exemples: le budget de Pompéi pèse 2,5 millions d’euros, dont 150.000 euros de soutien public, le reste provenant des billets visiteurs. L’exposition "21, rue La Boétie" (œuvres d’art de la collection du grand-père d’Anne Sinclair) génère 65% de recettes propres.

Tempora noue des partenariats aussi bien avec les pouvoirs publics qu’avec des gestionnaires privés. C’est ainsi qu’elle a conclu un accord avec la société mixte française Mémorial de Caen, qui gère les sites de la Bataille de Normandie. À cette occasion, les deux partenaires ont pris des participations croisées: Mémorial de Caen a souscrit 10% en Tempora, qui a pris 5% dans la société mixte. Côté privé, c’est grâce à son partenaire italien Civita qu’elle a eu accès à une série de pièces rares pour monter Pompéi.

Pour les années à venir, les dirigeants de Tempora ont coché trois missions dans leur "to do list": continuer à professionnaliser l’entreprise, multiplier les partenariats, et doubler le chiffre d’affaires ainsi que l’Ebitda en cinq ans. "Pour soutenir cette ambition, nous devons renforcer nos fonds propres", explique Bruno Van Lierde. À fin 2018, Tempora avait pour 7,3 millions d’euros de capitaux engagés, dont 1,7 million de capitaux propres. Elle veut lever des fonds en deux fois: 1 à 2 millions cette année, pour financer la croissance en cours, puis environ 5 millions d’ici trois à cinq ans, pour s’imposer comme acteur d’envergure européenne.

La première phase est déjà bien emmanchée; des discussions sont en cours avec des family offices ainsi qu’avec des partenaires actuels ou futurs. "Ce métier ne sera plus seulement local ou régional à l’avenir, il deviendra européen; nous voulons être actifs de ce changement plutôt que le subir", conclut Van Lierde.

Création | Le Château du Petit Prince

"Le Petit Prince", d’Antoine de Saint-Exupéry, est le deuxième livre le plus traduit dans le monde après la Bible. L’auteur a passé une grande partie de son enfance au Château de Saint-Maurice-de-Rémens, dans l’Ain, qui appartenait à sa mère Marie de Fonscolombe. Après avoir connu diverses affectations, le domaine a été racheté par la commune en 2009. Un appel d’offres a été lancé pour faire revivre la maison d’enfance de l’écrivain et son œuvre majeure. Et Tempora l’a emporté. Le projet concerne aussi bien la conception et la réalisation du "Château du Petit Prince" que la gestion du site durant au moins 15 ans. Pour l’heure, les pouvoirs publics concernés sont en train de finaliser le financement de l’opération. Il reste encore à signer les contrats. Puis, si tout se déroule bien, le domaine pourra être inauguré d’ici 2022.

"Je suis de l’enfance comme d’un pays", a écrit Saint-Ex, et "Le Petit Prince" invite le lecteur à réveiller l’enfant en lui. "Toute son œuvre ramène à cet endroit où il passait ses vacances", note Benoît Remiche. Le projet prévoit d’exploiter aussi bien le château du XVIIIème que le parc à l’anglaise et un bâtiment annexe, à reconstruire en pisé. L’espace du château sera consacré à la vie de l’auteur et à ses livres. Le Petit Prince sera mis en valeur dans l’immeuble en pisé, tandis que le parc accueillera des manèges, des balançoires, des jets d’eau qui permettront de redécouvrir des jeux "saint-exiens" tels que "le chevalier aquin". 

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect