Après le départ du CEO, le conseil de bpost est-il fragilisé?

François Cornelis (à g.) face à Jean-Paul Van Avermaet, au siège de bpost, il y a un an : pour la ministre de tutelle Petra De Sutter, le conseil est à nouveau uni.

Le gouvernement fédéral a pris la main dans l'affaire Van Avermaet chez bpost alors que son conseil d'administration tardait à ses yeux à agir. La fin de la saga ?

Le licenciement de son CEO Jean-Paul Van Avermaet laissera-t-il des traces au conseil d'administration de bpost? On peut se le demander, car la décision a été prise à l'issue d'un processus complexe, où l'on a vu par moments un conseil divisé et une ministre de tutelle, disons, irritée. Si la vice-Première ministre et ministre des Entreprises publiques Petra De Sutter (Groen) s'est résolue à demander au Premier Alexander De Croo de convoquer un "kern" pour approuver la recommandation de licenciement, c'est sans doute parce qu'elle aura estimé que le conseil de bpost ne prenait pas toutes ses responsabilités.

Le principal grief formulé à l'encontre de Jean-Paul Van Avermaet, le seul qui semble inattaquable parmi les différents manquements évoqués ces dernières semaines, est son "manque de transparence". La formule recouvre son attitude face aux informations qu'il détenait lui-même quant à l'enquête de l'Autorité belge de la concurrence sur des soupçons d'entente sur les prix quand il dirigeait G4S: à plusieurs reprises, il aurait tu ou caché une partie de ces infos au conseil de bpost. Ce serait sur cette base-là que Petra De Sutter aurait fondé sa résolution.

Mauvais timing

D'où la question : le conseil de bpost n'aurait-il pas dû y songer plus tôt, en particulier en juin 2020 quand il eut pris connaissance des soupçons pesant sur son CEO et des conséquences concrètes dans son travail au quotidien (l'impossibilité d'encore se rendre aux États-Unis, auprès de la filiale Radial)? Son comité de nomination et de rémunération a-t-il joué son rôle ? Des dissensions étaient en tout cas apparues au sein du conseil, certaines voix y réclamant le départ du CEO. Sans réussir à ébranler la confiance de leurs collègues, dont celle de leur président François Cornelis.

La ministre a donc pris les choses en mains parce que le conseil continuait de ne pas bouger. Pourquoi maintenant ? Selon des sources bien informées, deux nouveaux rapports demandés par la ministre sur la situation du CEO d'un point de vue juridique, auraient cimenté sa décision. "Il a été tenu compte de plusieurs éléments dans le dossier, parmi lesquels le contexte juridique, pour défendre les intérêts de l'État et protéger l'image de l'entreprise publique", nous dit-on au cabinet de la ministre sans confirmer la commande de ces rapports.

François Cornelis a fait un échange avec Laurent Levaux, qu'il remplace dorénavant au comité stratégique.

Depuis, le directeur Dirk Tirez a été nommé CEO ad interim. Et le comité de nomination de bpost a été remanié, a révélé De Tijd: l'administrateur représentant l'État Laurent Levaux y a remplacé... François Cornelis (indépendant).

D'aucuns y voient le signe que la position de ce dernier serait désormais menacée. Sauf que François Cornelis a fait un échange avec Levaux, qu'il remplace dorénavant au comité stratégique: un "switch" destiné à respecter les équilibres linguistiques et entre indépendants et administrateurs nommés par l'État au comité de nomination. Il y avait dans ce dernier trois indépendants pour un étatique, ce sera deux et deux. On peut néanmoins se demander pourquoi ce mouvement maintenant?

"Avec la décision unanime du conseil de désigner un CEO ad interim hier (mardi, NDLR) et de commencer à chercher un CEO définitif, je constate sa volonté et son engagement de porter un regard commun sur l'avenir de l'entreprise publique."
Petra De Sutter
Vice-Première ministre et ministre des Entreprises publiques

Mais pour la ministre de tutelle, ce débat n'a pas lieu d'être : "Avec la décision unanime du conseil de désigner un CEO ad interim hier (mardi, NDLR) et de commencer à chercher un CEO définitif, je constate sa volonté et son engagement de porter un regard commun sur l'avenir de l'entreprise publique", nous répond Petra De Sutter. Qui calme donc le jeu.

Le mandat de François Cornelis court jusqu'en mai 2023. Entre-temps, quatre autres administrateurs, deux indépendants et deux représentants l'État, verront leur mandat arriver dès mai de cette année à leur terme: Bernadette Lambrechts, Anne Dumont, Philly Teixeira et Saskia Van Uffelen. Les deux derniers cités sont indépendants et étaient de chauds partisans de Van Avermaet. On est curieux de voir s'ils seront renouvelés dans deux mois.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés