"Avec les attentats, on a plus de boulot. C'est malheureux mais c'est comme ça"

©Kristof Vadino

Securitas peine à trouver de la main-d’œuvre. L’entreprise a donc décidé de former elle-même 150 nouveaux agents avec Actiris, le VDAB et Bruxelles Formation. Priorité donnée aux Bruxellois. Objectif: lancer ces agents de gardiennage sur le terrain cet été. En préalable, 10 semaines de cours de néerlandais, 5 semaines pour le gardiennage. Et un contrat en CDI à la clé.

Moslemh a 23 ans. Tout sourire, il nous confie que s’il est assis ici, dans la salle de classe du centre de formation de Securitas à Zellik, c’est parce qu’il rêve de devenir bodyguard. Ou travailler en boîte de nuit. Car oui, des agents de sécurité, on en engage aussi dans les boîtes de nuit. Les musées, les lieux culturels. Et pas uniquement dans les centres commerciaux, au Parlement européen ou dans les sièges des grandes multinationales.

Moslemh fait partie des 150 candidats qui ont passé les épreuves de présélection organisées par Actiris (ils étaient plus de 900 au départ). Cent cinquante candidats qui, après avoir donné la preuve de leur motivation et leurs capacités, ont été invité à suivre une formation de 15 semaines, avec la promesse d’un engagement à durée indéterminée à la clé.

Le jeune homme ne sait pas s’il réalisera son rêve. Tout cela dépendra des clients de Securitas. Mais Moslemh ne s’inquiète pas. Après avoir nettoyé les rues de sa commune, après avoir passé un an dans les rangs du chômage, il se sent enfin à sa place, dit-il. Utile à quelque chose. Prêt à aider son prochain. Comme la plupart de ses collègues de classe. Comme Majda par exemple, une mère de famille de 3 enfants, ancienne employée de poste, qui après les attentats de Bruxelles a eu envie d’elle aussi se rendre utile à la société. "Rassurer les gens, apprendre les gestes qui sauvent, gérer l’agressivité. Je l’ai connu aussi au guichet de la Poste vous savez, raconte-t-elle. Mais je voulais un job où on bouge, où on ne reste pas statique derrière son écran d’ordinateur."

Même chose pour Hamala. Cet ancien militaire, Français d’origine, venu en Belgique suite à un regroupement familial. "Je voulais prendre un job dans un domaine que je connaissais déjà. Et dans la sécurité, il y a du boulot. Avec les attentats notamment, c’est malheureux, mais c’est comme ça."

Mais en quoi cet ex-militaire a-t-il besoin d’être encore formé par Securitas? "En France, les niveaux d’exigences pour les métiers lis à la sécurité ne sont pas les mêmes. Ici, on demande bien plus de connaissances, notamment au niveau juridique", explique le jeune homme après avoir effectué sans soucis quelques gestes de secourisme sur un mannequin couché devant la classe.

Chaque année, Securitas embauche un bon millier d’agents. Pour faire face au turnover qui, indéniablement, existe dans la profession. Mais aussi, comme en témoigne Hamala, pour faire face à une demande croissante du secteur née après les vagues d’attentats, ainsi qu’à la montée du niveau sécuritaire dans notre pays, le recours de la Défense nationale ou des services de police au privé pour certaines tâches (comme l’examen des caméras de vidéosurveillance).

Un job psychologique

Le métier, lui aussi, a évolué. Moins physique, plus psychologique. "Être agent de gardiennage, ce n’est plus montrer ses gros muscles, il faut des compétences en termes de communication et d’accueil, savoir gérer et apaiser les conflits", explique Johan Deleuze, Project manager chez Securitas. Résultat, l’entreprise recherche aussi de plus en plus de profils féminins. Mais aussi des profils capables de s’exprimer dans les deux langues nationales. Et là, souvent, Securitas cale…

"On n’est plus dans le mode binaire du genre: ‘Toi tu peux rentrer, toi tu ne rentres pas’. Les agents doivent être capables de dialoguer avec les gens, de les orienter, indiquer le chemin, donner des renseignements. La maîtrise de la langue est donc importante", explique Johan Deleuze.

Auparavant, Securitas demandait que les candidats aient au minimum un niveau de langue B1. Mais face au manque de candidats, elle a revu ses ambitions légèrement à la baisse, sans pour autant baisser les bras. Avec Actiris, le VDAB et Bruxelles Formation, Securitas s’est mis d’accord pour porter le niveau de connaissance de langue de ses agents au moins à A2 (pouvoir s’exprimer en phrases courtes).

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Mais pour cela, il a fallu se lancer dans la formation intensive des candidats demandeurs d’emploi. Car sur les 150 candidats sélectionnés par Actiris, 100 n’avaient pas les compétences requises en langue. Or, Securitas veut à tout prix doper l’emploi des Bruxellois. Plus question pour elle de puiser ses réserves dans les autres régions, dont la Flandre. Si 40% de ses clients se situent dans la Région-capitale, l’entreprise n’emploie actuellement que 11% de Bruxellois. Securitas a donc décidé de cibler les recrutements sur la population de la capitale, quitte à devoir les former.

Les candidats ont donc été invités à suivre le mode des cours de langue dispensé par le VDAB. Un module qui est deux fois plus important, en termes de volume, que celui portant sur la formation de base en gardiennage. Dix semaines de néerlandais intensif (pour deux tiers des candidats, donc), suivies par 5 semaines de formation au job d’agent de gardiennage proprement dit.

Convention quadrimoteur

Cette collaboration entre Actiris, Bruxelles Formation, le VDAB et l’entreprise, basée sur une convention quadrimoteur, n’est pas une première pour Securitas. Mais l’ampleur donnée à cette opération, elle, est unique. "C’est la première fois que l’on travaille sur un mode de workforce planning, explique Kristof Devuyst, responsable du service aux entreprises chez Actiris. Plutôt que de répondre aux besoins de l’entreprise au coup par coup, le projet prévoit la mise sur pied d’une sorte de réserve de recrutement. Réserve dans laquelle Securitas pourra piocher au gré de ses nécessités. Plus besoin d’attendre que les candidats soient formés lorsqu’une proposition de contrat tombe. Ils seront prêts pour le pic des embauches qui a lieu durant l’été.

Actiris a déjà mis en place de telles conventions de recrutement et de formation quadrimoteur avec d’autres entreprises, comme Audi (formation et engagement d’électromécaniciens) ou la Stib (avec laquelle 107 agents de sécurité ont été formés pour les transports en commun bruxellois).

L’aventure avec Securitas se poursuivra-t-elle l’an prochain? Johan Deleuze ne veut présumer de rien. "On ne peut pas encore affirmer à ce stade qu’on aura encore besoin d’une convention de la même ampleur", conclut le responsable qui préfère avant tout miser sur la durabilité des emplois.

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