C'est peut-être la dernière fois que bpost paiera son généreux dividende

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L’année 2018 sera quasi conforme aux attentes. En revanche, les affaires pourraient être plus difficiles pour bpost l’an prochain, indiquent ses dirigeants. Le risque que le groupe ne pourra maintenir le niveau de son dividende au terme de l’exercice 2019 a confisqué un soutien au cours de l’action à la Bourse de Bruxelles. Elle a clôturé la séance d’hier sur une chute de 22% dans un volume d’échanges fort étoffé.

Depuis la publication, il y a un mois à peu près, des résultats pour les neufs premiers mois de l’année, le doute dominait encore parmi les investisseurs. Certains analystes avaient pensé que bpost allait pouvoir éviter le pire. Cette fois, après l’annonce dans la soirée de lundi des chiffres des 10 premiers mois, et surtout des perspectives données pour le prochain exercice, le doute s’est totalement dissipé.

Pour bpost , L’année 2019 sera moins favorable que ce que l’on avait pensé jusqu’ici. "Nous nous attendons à une année 2019 difficile"reconnaît désormais Koen Van Gerven, le patron de bpost. Les évolutions des attentes du consommateur, l’accélération de l’indexation sur les salaires, mais aussi les discussions sociales sont avancées comme explications. "Une attention particulière sera accordée à l’élaboration des propositions sur la table pour maintenir la charge de travail en équilibre, améliorer l’attractivité des emplois opérationnels et augmenter le pouvoir d’achat. De quoi peser sur la capacité bénéficiaire de l’entreprise.

"Ce n’est pas un avertissement sur bénéfice", souligne pour sa part la porte-parole du groupe postal belge. "Nous confirmons tout au plus que cela aura un impact important dès l’an prochain."

Dividende menacé

Quel sera l’impact? Bpost se refuse à quantifier les négociations sociales actuelles. Mais les analystes de leur côté ont pris leur calculette. Celui du courtier américain Jefferies, David Kerstens, évalue que les coûts qui découleront des éléments mentionnés par bpost seront supérieurs d’environ 75 millions d’euros au plan présenté il y a six mois. "Cela indique qu’il faudra s’attendre à ce que le consensus concernant le résultat d’exploitation devrait être réduit de 19%", dit-il.

Avec une telle perspective, on ne pouvait pas imaginer que les investisseurs allaient rester les bras croisés à la Bourse de Bruxelles. L’action a démarré la séance sur une chute de 20%! De mémoire de boursier, une telle chute en une seule séance est plutôt un phénomène fort rare sur la place boursière belge. C’est dire la déception, voire désormais le haut niveau de méfiance qu’a le marché sur la rentabilité à venir de bpost. L’analyste Ruben Devos va un peu plus loin encore lorsqu’il écrit dans une note publiée ce mardi "qu’il est de plus en plus difficile d’estimer la fiabilité des prévisions fournies par la société".

"Nous nous attendons à un exercice 2019 difficile".
Koen Van Gerven
CEO de bpost

Les analystes perdent une boussole. Voilà ce qui a contribué à la descente aux enfers de l’action. Une descente qui a démarré au mois de mars dernier, lorsque le groupe avait déçu une première fois. Et que les premiers doutes sont apparus sur la capacité de ses dirigeants de décréter un dividende (acompte et solde compris) au moins pareil à celui de l’exercice 2016 (1,31 euro).

Avec les prévisions dessinées par les dirigeants pour 2019, il peut être acquis que le montant total du dividende ne pourra être maintenu au niveau de l’an dernier. En 2016, il avait réalisé suffisamment de profit par action (bénéfice total du groupe divisé par le nombre d’actions qui forment son capital) pour rémunérer son actionnaire. Cette année, cet exercice sera difficile à réaliser. Rien que pour les 9 premiers mois, le bénéfice net par action a chuté de 37,5% à 0,80 euro. Il faudrait que le résultat final grimpe de 50% au cours de ce quatrième trimestre pour arriver au montant du dividende. Avouons-le, dans le contexte actuel des affaires, l’exercice sera plutôt ardu. L’an dernier bpost avait réalisé un bénéfice par action de 0,30 euro. Et l’on sait que le groupe se refuse à verser à ses actionnaires davantage que ce qu’il gagne…

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Le fait que le groupe n’ait dit mot sur ses affaires aux Etats-Unis constitue un autre facteur qui a contribué à déprimer l’action. Dans son son communiqué publié en novembre, Koen Van Gerven avait indiqué que "les résultats opérationnels de Radial sont conformes à nos attentes". Cette fois, silence radio. Ce qui n’a pas manqué de susciter bien des interrogations parmi les investisseurs.

Sur les 10 premiers mois

Pour revenir au communiqué publié lundi, en particulier sur les performances réalisées lors des 10 premiers mois de cette année, bpost indique avoir réalisé un bénéfice après impôts de 229,6 millions d’euros (0,80 euro par action). Ses résultats opérationnels en octobre ont été conformes à ses attentes. Le conseil d’administration de l’entreprise a dès lors approuvé le paiement d’un acompte sur dividende de 1,06 euro par action, soit exactement le même montant de dividende intérimaire qu’en 2016 et 2017. Cela représentera un montant total de 212 millions. La date de détachement du dividende a été fixée au 6 décembre et celle du paiement au 10 décembre.

Mardi, son conseil a aussi confirmé sa prévision pour l’ensemble de l’année en termes de distribution: il table sur un dividende total au moins égal à celui du dernier exercice, soit 1,31 euro par action, ce qui signifie que le complément sera de 0,25 euro par titre pour les deux derniers mois.

Bpost s’apprête par ailleurs à finaliser la procédure de vente de son ancien centre de tri Bruxelles X: ce devrait être fait d’ici la fin du mois. Le produit en espèces et le gain en capital de cette opération devraient être conformes à ses attentes, souligne l’entreprise dans un communiqué. Le gain en capital sera inclus dans son excédent brut d’exploitation (Ebitda) normalisé pour 2018.

La direction reformule ses prévisions d’Ebitda pour l’ensemble de l’exercice 2018: elle pense toujours qu’il se situera dans le bas de la fourchette des 560-600 millions d’euros.

Sur le volet social, bpost rappelle donc qu’elle a soumis des propositions concrètes aux représentants du personnel sur la charge de travail, le pouvoir d’achat et l’attractivité des emplois sur le terrain. Ces propositions vont être présentées ces jours-ci par les syndicats à leurs délégués, avec pour objectif la conclusion d’une convention collective pour les deux années à venir. "La direction attend avec confiance que le dialogue social se poursuiveécrit-elle, afin de finaliser cet accord et, à présent que les grèves sont terminées, (elle) se concentre pleinement sur le service offert aux citoyens et aux clients en cette période cruciale de fin d’année."

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