interview

"Deloitte recrute 900 personnes" en Belgique

©France Dubois

Quels profils sont recherchés? Des spécialistes de l'audit, de la consultance, de la comptabilité, du conseil fiscal et juridique mais aussi des scientifiques, des ingénieurs, des mathématiciens...

Les transformations en cours de notre économie font les beaux jours de certains secteurs, dont ceux dont c’est le métier d’aider les entreprises à évoluer. La division belge du bureau conseil international Deloitte est dans ce cas: elle affiche une croissance presque insolente et recrute massivement. Les explications de son CEO Piet Vandendriessche.

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Vous emménagez lundi prochain de Diegem vers l’aéroport de Bruxelles National, où vous vous installerez dans l’ancien Bâtiment Sabena, entièrement réaménagé par Codic et Immobel. Pourquoi ce déménagement?
Pour trois raisons: parce que Deloitte Belgium connaît une forte croissance, de sorte que les 2.500 collaborateurs qui travaillent au siège se sentaient à l’étroit dans nos quatre immeubles de Diegem. Parce que l’immeuble Sabena, qui est situé le long du "gateway" à l’aéroport, nous ouvre la porte sur l’Europe et le monde. Parce que nous voulons être plus accessibles pour nos collaborateurs et que le nouveau site est bien desservi aussi en train et bus. Nous voulons encourager nos collaborateurs à emprunter les transports publics pour se rendre à leur travail. Cela entre dans nos objectifs de développement durable, de contribuer à relever les défis de la mobilité. J’ajoute que rien qu’en emménageant dans cet immeuble rénové, nous verrons les émissions de CO2 de notre parc immobilier réduites de 40%.

Comment a évolué l’activité de Deloitte Belgium l’an dernier?
Nous avons enregistré une croissance de 11% sur notre exercice bouclé à fin mai 2016, avec un chiffre d’affaires de 432 millions d’euros, alors que l’économie belge a crû dans le même temps de 1 à 1,5%. Les sept premiers mois de 2016-2017 s’annoncent tout aussi positifs, puisque nous réalisons 10% de croissance. Les circonstances de marché ne sont pas mauvaises et l’on décèle une atmosphère positive en termes d’entrepreneuriat: les employeurs continuent d’engager, comme nous d’ailleurs…

Combien de personnes avez-vous recrutées l’an dernier? Et combien de profils rechercherez-vous cette année?
Depuis janvier 2016, nous avons engagé 450 jeunes diplômés et autant de personnes expérimentées. Notre effectif total en Belgique est passé à 3.600 collaborateurs. Nous sommes aussi un pool de compétences pour nos clients "entreprises": nombre de nos collaborateurs délégués en mission chez eux finissent par nous quitter pour eux. Et le mouvement se poursuivra cette année: nous avons pour ambition d’engager à nouveau 450 jeunes et 450 personnes d’expérience.

Quelle proportion de vos collaborateurs finit par signer chez vos clients?
La majorité de nos engagés vont travailler en clientèle. Et une majorité d’entre eux nous quitte après trois à cinq ans, avec l’expérience acquise entre-temps: le plus grand nombre entre au service de nos entreprises clients, mais certains partent à l’étranger, certains deviennent eux-mêmes entrepreneurs et d’autres arrêtent ou changent de métier.

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Et ceux qui restent chez Deloitte?
Ils sont employés à tous les niveaux et dans toutes les fonctions. Certains deviennent un jour associés. Nous comptons 180 associés.

Est-il difficile de dénicher les bons profils?
C’est un défi permanent! Notre équipe de recruteurs passe une partie de son temps à faire connaître Deloitte sur les campus des universités et à expliquer aux jeunes ce que nous faisons, ainsi que l’étendue de nos activités: audit, consultance, comptabilité, conseil fiscal, juridique… Nous cherchons aussi des profils "STEM" (pour: "Sciences, Technology, Engineering, Mathematics"): des scientifiques, des spécialistes des technologies, des ingénieurs et des mathématiciens, surtout pour nos activités de consultance. Nous nous efforçons d’être attractifs pour les jeunes. On veille à assurer une atmosphère dynamique dans nos bureaux, et nous offrons une large palette de formations en interne, sans compter les possibilités de mobilité internationale: ceux qui le souhaitent pourront voyager au sein du groupe. Après quatre ou cinq ans passés chez nous, leurs compétences sont énormes.

Comment expliquez-vous la forte croissance de vos activités en 2016 et 2017?
Le climat économique général n’est pas aussi négatif qu’on le dit. Le marché des fusions et acquisitions reste très actif. La globalisation et la digitalisation de l’économie sont deux forces transformatrices à l’œuvre, que les entreprises se doivent d’anticiper. La transformation digitale touche beaucoup de secteurs: songez à l’e-commerce et la distribution, au tourisme et au transport, au business-to-business… Nous aidons les entreprises à s’y préparer en les conseillant. Même chose pour la globalisation: comment les sociétés doivent-elles se préparer au Brexit, aux conséquences de l’élection de Donald Trump, etc.

Le défi de la globalisation ne concerne-t-il pas que les grandes entreprises?
Non, nombre de start-ups actives dans le domaine digital se retrouvent très vite sur la scène mondiale. Les frontières disparaissent: aujourd’hui, qu’on développe une application en Belgique, en Chine ou aux Etats-Unis revient au même, cette app se verra immédiatement proposée partout…

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Y a-t-il encore d’autres moteurs de votre croissance?
L’évolution réglementaire et politique constitue un troisième mouvement de fond. Il faut aider les entreprises à affronter les changements de législation, notamment au plan de l’audit et de la fiscalité. Dans nombre de secteurs, le changement du cadre régulatoire est continu. Je pense notamment aux banques et au secteur financier. Cet environnement éminemment changeant amène les entreprises à se poser des questions existentielles, telles que: doit-on rester en Belgique? Ou: La Belgique est-elle suffisamment attrayante, compte tenu de sa fiscalité? Le paramètre fiscal revêt une grande importance pour l’investisseur en quête d’un endroit où installer son prochain quartier général ou centre de distribution.

Au niveau mondial, Deloitte a lancé une vaste réorganisation de ses centres régionaux. À quelle sauce la division belge sera-t-elle "mangée" dans ce cadre?
Aujourd’hui, nous avons toujours une structure nationale. Chaque pays présente une "member firme", l’ensemble composant un système de franchises fonctionnant sous la houlette de Deloitte Worldwide. En septembre 2016, le groupe a décidé de se réorganiser d’ici le 1er juin 2017. Dans ce contexte, Deloitte Belgique va entrer en collaboration intensive avec les bureaux de huit autres pays européens: Pays-Bas, Royaume-Uni, Suisse et les pays scandinaves: Suède, Danemark, Finlande, Islande et Norvège. Nous formerons Deloitte North West Europe.

Dans quel but?
Cela ne changera pas grand-chose en interne. Cette fusion visera trois objectifs: encore mieux servir les très grandes entreprises et les multinationales; créer des centres d’intelligence pour mieux collaborer ensemble, car les nouvelles technologies qui se développent nécessitent des compétences de plus en plus pointues, qu’il devient difficile d’honorer toutes au départ d’un seul pays; créer une plateforme qui améliore la mobilité de nos collaborateurs au niveau international.

Vos responsabilités vont-elles changer?
Je ferai partie du comité exécutif pour la zone North West Europe, mais je conserverai mon poste de CEO pour la Belgique. Nous jouirons d’une "autonomie connectée": autonomes au niveau du pays, mais connectés avec les huit autres.

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