analyse

Le bilan de bpost sous la direction de Koen Van Gerven

©jonas lampens

Le CEO de bpost ne rempilera pas. Il l'a annoncé ce lundi matin. L'Echo a dressé son bilan.

Koen Van Gerven achèvera son mandat de CEO le 26 février 2020. Et il ne rempilera pas. Il l'a annoncé ce lundi matin. L'Echo a dressé le bilan de son action à la tête de l'entreprise.

→ Les plus 

  • La diversification/transformation

Bpost n'a cessé de se transformer depuis la prise en main de l’entreprise par Koen Van Gerven en février 2014. Son prédécesseur Johnny Thys avait déjà montré la voie, entre autres en rachetant Landmark Global aux Etats-Unis pour distribuer les paquets de et vers l’Amérique. Le nouveau CEO a poursuivi et accéléré la mue en multipliant les acquisitions dans la logistique liée à l’e-commerce: à côté du grand Radial, il y a eu beaucoup de petits rachats comme DynaGourp, Leen Menken, Parcify, FDM, Anthill ou, sous l’enseigne de Landmark, IMEX Global Solutions et M.A.I.L. Inc. Et puis bpost a repris les activités belges de Lagardère Travel, dont les AMP (distribution de journaux et périodiques aux librairies) et les magasins Press Shop/Relay. Rebaptisé Uniway, le gros de cette ligne de business n’a pas encore donné toute sa puissance en termes de résultats. À ce stade, cette acquisition reste… une promesse.

  • Le maintien des résultats

Les derniers résultats trimestriels de bpost s'avèrent conformes aux attentes des analystes. Au début du mois, Koen Van Gerven estimait que bpost était "en bonne voie pour atteindre (son) objectif pour l’année complète"Le groupe vise un chiffre d’affaires annuel stable par rapport à 2018, ventes de bâtiments inclues, et un Ebit normalisé de plus de 300 millions. Il prévoit de distribuer un dividende équivalent à au moins 85% des résultats BGAAP de la société mère. A noter que dans ses perspectives pour l’année entière, le groupe a revu ses attentes de déclin sous-jacent des volumes de courrier domestique "jusqu’à -9%", contre -7% auparavant.

  •  Le boom des colis

Condamnée à se transformer en raison de la fonte du courrier, qui était jusqu’il y a peu son activité principale, bpost s’est logiquement diversifiée dans la distribution de colis. Elle y engrange chaque année de bons résultats, caractérisés par un courant de croissance confortable. C’était bien vu et, en même temps, c’était évident : les autres opérateurs postaux européens ont pour la plupart emprunté la même voie. Problème, cette activité génère proportionnellement moins de bénéfice que le courrier. En termes de chiffre d’affaires, à la suite du rachat de Radial, elle a dépassé le courrier domestique en importance l'année passée.

  • La renégociation de la loi postale

La régulation postale a toujours été un enjeu crucial pour le secteur. Même si l’Europe dicte sur ce plan sa loi aux Etats membres, ces derniers disposent d’une certaine latitude. La Belgique a réécrit sa loi postale en 2017, notamment dans le but de faciliter l’entrée de nouveaux opérateurs sur le marché. Dans les faits, il semble toutefois que la réécriture bénéficie à bpost, dont les projets futurs d’augmentation des prix devraient, par exemple, être plus faciles à mettre en œuvre. Allusion au feu rouge brandi il y a trois ans par l’IBPT à la hausse des prix du timbre demandée par l’opérateur : à l’avenir, le régulateur n’aura plus les coudées aussi franches. Dans les coulisses, certains experts disent que bpost a réussi son lobbying auprès du législateur. Quant au but initial de la refonte, il est resté à ce jour… lettre morte : à part TBC, qui était déjà là, aucun autre candidat à la distribution du courrier ne s’est manifesté.

  • L’ouverture du nouveau centre de tri

En octobre 2017, bpost a inauguré un nouveau centre de tri ultramoderne à Bruxelles: le premier du Benelux et le deuxième d’Europe. L’entreprise investit dans les technologies pour demeurer à la pointe à la fois dans le courrier et dans les colis. Elle fournit l’effort nécessaire: rien à redire sur ce plan.

→ Les moins

  • Le cours de l'action au plus bas

En l’espace de dix mois, soit entre février et décembre 2018, l’action bpost    est passée de son plus haut historique (28 euros) à son plancher (7,2 euros).  Une dégringolade de 74%! Si l'action a un peu repris du poil de la bête depuis lors, les analystes demeurent circonspects dans leurs prévisions pour 2019. Même en distribuant tout son bénéfice, bpost n’arriverait pas à garder le cap d’un coupon de 1,31euro. Le consensus table en effet sur un bénéfice par action ajusté de 1,125 euro en 2019 et de 1,164 euro en 2020.

  • Le choix de Radial comme alternative à PostNL

Koen Van Gerven et son équipe dirigeante disposaient de beaucoup de cash et avaient mis l’opérateur historique néerlandais dans leur collimateur. À l’époque, bpost cartonnait en Bourse, contrairement à PostNL. Le projet d’acquisition avait été bien emmanché. Sur le papier, c’était un plan intelligent, qui avait pour but de créer un champion à l’aune du Benelux afin de mieux résister aux géants européens et mondiaux. Las!, la politique s’en est mêlée aux Pays-Bas.

Une fois éconduit, bpost a cherché ailleurs comment faire fructifier son milliard de cash. Le groupe a alors mis la main sur l’américain Radial, un spécialiste de la logistique intégrée d’e-commerce, pour 804 millions de dollars. Pas de chance pour l’acquéreur, deux problèmes sont apparus après la signature: un important surcoût en assurance maladie aux Etats-Unis, et le départ d’une série de clients importants. Bpost a réagi, mais a perdu du temps: durant deux ans, Radial ne lui rapportera quasi aucun profit, juste du chiffre d’affaires. Depuis la découverte de ces deux "cadavres" dans le placard de Radial, les bénéfices de bpost ont faibli et son cours a commencé à chuter. La faute à Koen Van Gerven? C’est ce que pense une partie du marché, toujours prompte à "personnaliser" ses déceptions. En revanche, l’échec du rachat de PostNL n’est pas de son cru, c’est la faute du politique… qui n’aurait pas dû avoir voix au chapitre.

  • Des syndicats difficiles à gérer

C’est le verre à moitié vide et à moitié plein. Durant la première partie de son mandat entamé au printemps 2014, Koen Van Gerven a additionné les réussites dans ses discussions avec les représentants des travailleurs. Le plan de restructuration visant le "middle management" et les cadres avait été bien amené, bien négocié. A l'automne dernier, les actions de grève tournante sont intervenues dans un certain brouhaha social, comme si le fil du dialogue avait été soudain perdu. Le conflit portait notamment sur la charge de travail et le manque de personnel. Une convention collective de travail 2019/2020 avait finalement été signée à la fin décembre. Elle prévoit des jours de congé supplémentaires, le recrutement de 1.000 employés ou encore une réorganisation des tournées. Les relations entre le CEO et les syndicats n'étaient cependant pas au beau fixe.

  • La grogne des gros clients

Immanquablement, les grèves tournantes de l'automne ont irrité les clients de bpost. Et parmi eux les entreprises d’e-commerce comme Zalando, Coolblue ou Amazon, ou les partenaires de logistique comme DHL. Une très mauvaise publicité pour bpost, car ces clients ont transmis à leurs propres clients le message que les retards de livraison étaient dus à l’opérateur postal. Certains webshops sont allés plus loin en choisissant de passer par un autre opérateur, tel que… PostNL. .

  • La banque qui vivote

Depuis plusieurs années, l’activité bancaire de bpost ne lui rapporte plus grand-chose. Les faibles taux d’intérêt ne lui permettent plus d’offrir des revenus suffisants sur les comptes d’épargne. Avec le recul, on peut se demander aujourd’hui si le maintien de cette activité de diversification a encore du sens pour bpost.

Une première version de cet article a été publiée le 9 novembre 2018. Elle a été mise à jour ce lundi 19 août 2019.

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