interview

"Le nombre de boîtes aux lettres va chuter" (Koen Van Gerven)

©jonas lampens

Koen Van Gerven, le patron de bpost, fait face à une situation compliquée. Pour la surmonter, il compte accélérer le tempo avec "ordre et méthode".

C’est un Koen Van Gerven déterminé que nous rencontrons ce vendredi au seizième étage du siège social de l’entreprise en plein cœur de Bruxelles. Pendant l’interview, il répétera au moins dix fois: "Avec ordre et méthode, nous nous en sortirons."

Semaine agitée. Comment allez-vous?

Je vais très bien, merci.

La pression n’est pas trop forte?

Je ne vais pas prétendre qu’il n’y a pas de pression ou que je ne la sens pas. Mais nous ne devons pas nous laisser aveugler par les événements de la semaine dernière. Ce à quoi nous sommes confrontés n’est pas nouveau. Le courrier postal diminue et il n’y a pas de formule magique pour faire face à cela. Nous pouvons gérer une baisse du nombre de lettres envoyées à 6% par an. Si la diminution est plus importante, d’autres interventions sont nécessaires. Une diminution de 1% signifie que nous gagnons 13 millions d’euros de moins. Une diminution de 7% représente la disparition de 90 millions d’euros de revenus. Cela a un grand impact, même pour une entreprise comme bpost. Un facteur doit faire le même tour, qu’il y ait cent ou mille lettres dans son sac.

Nos coûts fixes sont importants. Nous avons encore 14.000 boîtes aux lettres rouges dans tout le pays. Depuis dix ans, le nombre de lettres y a diminué de moitié. Il n’y a pas plus de trois à quatre lettres par jour dans un bon millier de celles-ci. Il semble donc logique de repenser à terme notre réseau de boîtes aux lettres rouges en fonction des besoins des clients. Je ne vois pas comment bpost peut créer de la valeur en gardant des boîtes aux lettres dans lequel il n’y a plus de lettres. Cela va être un débat difficile parce que cela va changer quelque chose dans les habitudes des gens. Mais il est de ma responsabilité d’assurer l’avenir de cette entreprise. Et c’est pourquoi nous devons prendre des mesures. Nous n’avons pas de temps à perdre et nous devons passer à l’étape suivante de la transformation.

Suivez-vous le cours de Bourse?

Pas d’heure en heure. Mais le soir, je reçois une notification avec le cours de Bourse. Souvent cela fait naître chez moi une réflexion du type: ‘Pourquoi le cours a évolué dans tel sens ou dans tel autre?’ Et j’avoue qu’il n’y a pas toujours de réponse appropriée (sourire). Mais le plus important, c’est que ce dernier ne doit en aucun cas déterminer mon agenda. Mon agenda est déterminé par la pérennité de l’entreprise sur le long terme. On doit retrouver de la croissance et accélérer le tempo.

Qu’est-ce qui guide l’agenda de bpost?

On doit retrouver de la croissance et accélérer le tempo de la transformation, même si nous distribuons encore chaque jour 8 millions de lettres. Depuis 10 ans, nous savons que bpost a besoin d’autres sources de revenus. C’est pourquoi nous avons commencé à travailler sur le commerce électronique. Nous nous sommes ainsi rendu compte que le simple fait de remplacer les lettres par des colis sur le marché belge ne nous aiderait pas à nous développer. C’est pourquoi nous sommes allés à l’étranger et qu’en 2012 nous avons acheté l’American LandMark. Nous continuons sur cette voie.

D’où le rachat de Radial?

Cette acquisition s’inscrit en effet dans la voie que je viens de vous exposer. Cette acquisition nous permet notamment d’acquérir la taille nécessaire et les compétences dans la logistique de l’e-commerce. Je pense que nous avons fait ce qu’il fallait faire. Mais je ne vais pas vous cacher qu’il y a des choses qui demandent de l’attention et beaucoup de travail. La période de fin d’année a prouvé que la machine fonctionne même si la machine commerciale a décroché. De nombreux nouveaux clients sont arrivés mais nous avons perdu plus de clients que ce que nous avions envisagé.

Pourquoi?

Nous devons écouter nos clients beaucoup plus. Techniquement, nous avons fait ce que nous avions à faire, mais nous avons trop peu écouté les attentes de nos clients. Nous allons réparer cela.

Regrettez-vous d’avoir acheté Radial?

Quand je vois comment le marché évolue, cela me confirme que l’achat de Radial était la bonne décision.

Vous avez payé trop cher?

On peut toujours discuter sans fin d’un prix. L’avenir le dira. Mais on ne peut pas faire ce type d’analyse après quelques mois.

"Fondamentalement, je ne connais pas la vraie raison du refus de notre offre de rachat de PostNL."

Certains investisseurs paniquent parce que vous donnez peu de précisions sur Radial?

J’ai toujours été très transparent par rapport au marché. Nous avons fait l’acquisition en novembre. J’ai toujours clairement indiqué que le pic de fin d’année est extrêmement important. Nous avons commencé à travailler intensément en janvier. Je n’étais pas prêt à vous en dire beaucoup plus à ce moment-là. Et dans ce cas-là, je préfère rester silencieux. C’est dans ma nature.

Les investisseurs détestent-ils l’incertitude?

C’est pourquoi j’ose dire aujourd’hui que nous avons besoin d’un ou deux ans pour rétablir la situation autour de Radial.

Ils ne semblent pas prêts à attendre...

Cela, je peux le comprendre. Mais par contre, quand j’entends que nous ruinons les actionnaires, que ce qui se passe chez bpost, c’est une histoire à la Fortis, cela je ne peux pas l’accepter. Et je rappelle que depuis 2013, notre rendement annuel est de l’ordre de 8,5%. Et sur la totalité de la période, on tourne aux alentours de 50%. Cela ne veut pas dire non plus que je suis heureux de ce qui se passe en ce moment. Mais je dis qu’il faut prendre du recul. Les grandes transformations ne sont jamais faciles. Je sais où nous allons et je sais quoi faire. Quand je lis les journaux, je n’aime pas toujours ça. Mais je ne me laisse par perturber par rapport à mon objectif qui est la pérennité de bpost sur le long terme.

Comment allez-vous procéder?

Nous allons faire les choses telles qu’elles ont été planifiées. Mais nous devrons le faire plus vite. Dans deux ans, le nombre de lettres envoyées aura tellement baissé que des interventions majeures seront nécessaires. C’est plus rapide que prévu. Pour les clients, il reste important qu’ils puissent envoyer une lettre le jour suivant. Mais cela est devenu moins important qu’il y a dix ans. Si c’est vraiment urgent, les gens envoient un e-mail. Il serait donc bon que l’offre soit un peu plus lente, par exemple que la lettre n’arrive que deux ou trois jours plus tard. Celui qui veut que sa lettre soit sur place le lendemain paiera un prix différent. La variable prix est importante quand les volumes baissent. Actuellement, notre prix du timbre est en dessous de la moyenne européenne.

Quand est-ce que le client de bpost va voir les choses changer?

Je pense par exemple que d’ici fin 2019, nous aurons mis en place notre politique de prix différenciée pour un envoi Jour + 1 ou un envoi Jour + 2 ou 3.

Pouvez-vous vous engager sur la hauteur d’un dividende vis-à-vis de vos actionnaires et plus particulièrement de l’État belge?

Tous les actionnaires sont intéressés par un dividende et pas seulement l’État. Ensuite, si je suis actionnaire et que je me trouve face à un CEO qui me garantit fermement qu’un dividende sera toujours versé, alors je me dis que je suis face à quelqu’un qui ne sait pas de quoi il parle.

Vous regrettez le rachat avorté de PostNL?

J’ai tourné la page de PostNL. Je reste convaincu que vu la structure des deux entreprises et des deux pays, cela avait beaucoup de sens. Je pense aussi que j’ai fait montre de ténacité dans ce dossier. Mais la réponse a été non. Et non, c’est non.

Pourquoi ce rapprochement s’est-il terminé par un "non"?

Fondamentalement, la vraie raison, je ne la connais pas.

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