interview

"Le refus d'augmenter le prix du timbre est une décision irresponsable"

Koen Van Gerven, CEO de bpost ©BELGA

Le CEO de bpost ne décolère pas. Ne pas pouvoir augmenter cette année le prix du timbre lui représentera un manque à gagner de quelque 20 millions d’euros (en résultat opérationnel). La faute au régulateur, qui a interprété à tort, selon lui, la directive postale européenne…

Bpost n’a toujours pas digéré le feu rouge opposé par l’IBPT à son projet d’augmenter le prix du timbre en 2017. Son CEO Koen Van Gerven a évoqué le sujet mercredi matin devant une trentaine d’actionnaires réunis en assemblée générale : il a parlé d’ "une décision irresponsable" du régulateur du secteur et d’ "une faute capitale de politique industrielle". Il nous a précisé sa pensée en interview à l’issue de l’assemblée où tous les points à l’ordre du jour ont été approuvés, y compris le versement d’un dividende de 1,31 euro brut par action pour 2016 et la nomination de quatre nouveaux administrateurs : Jos Donvil (Voo), représentant l’Etat actionnaire, Saskia Van Uffelen (Ericsson), Filonena Teixeira (Intra) et Thomas Hübner (ex-Metro Cash & Carry, ex-Carrefour). Les trois derniers siégeront comme administrateurs indépendants.

Le refus opposé par le régulateur à votre proposition d’augmentation du prix du timbre continue de vous irriter…

J’ai été déçu par cette décision car c’était important pour bpost. Cette décision reste difficile à comprendre pour moi aussi bien d’un point de vue juridique que d’un point de vue économique. Un service de réseau comme le nôtre supporte des coûts fixes importants ; il doit en outre supporter l’indexation des salaires, pour faire fonctionner son réseau, et subir le déclin structurel des volumes de son activité de courrier. Par la force des choses, notre coût par pièce distribuée va donc mécaniquement augmenter, or on ne peut pas compenser cela cette année par une augmentation de nos prix ! A terme, si on continue comme cela, on ne pourra plus assurer la pérennité de l’entreprise …

Pour 2018, bpost va-t-elle à nouveau demander de pouvoir augmenter le prix du timbre ?

A court terme, il faudra compenser le dommage d’une manière ou d’une autre sur nos coûts, pour honorer nos perspectives pour 2017

Je vous répondrai en trois points. Un, pour l’instant, nous préparons le dossier pour contester la décision du régulateur en appel devant la cour des marchés. On déposera le recours d’ici la fin du mois. Deux, nous voulons savoir si le cadre étudié par l’IBPT va encore changer d’ici 2018. Nous allons introduire un dossier d’augmentation pour l’an prochain, certes, mais on voudrait bien comprendre quel est le cadre dans lequel positionner celui-ci ! Trois, il faut se rendre compte de la réaction des investisseurs face à cette problématique. A leurs yeux, il est incompréhensible qu’on change le cadre. Ils souhaitent qu’on évolue dans un environnement stable, prévisible et transparent. Ils n’apprécient pas du tout cette mesure.

Que pouvez-vous faire ?

La décision est prise: cette année, nous ne pourrons pas relever nos prix. Nous parlons avec le régulateur, avec le gouvernement, avec les politiques, afin d’essayer de recréer un cadre stable, prévisible et transparent.

Vous visez le cadre régulatoire dans sa composante prix ?

Parmi d’autres choses, oui. Compte tenu de la dynamique de notre activité, appliquer un prix correct est un levier important. Nous en priver alors qu’autour de nous, les autres opérateurs postaux continuent de travailler avec ce levier, c’est nous condamner à rester sur le côté.

Quel dommage allez-vous subir ? Allez-vous demander des dommages et intérêts ?

Nous allons faire appel. A court terme, il faudra compenser le dommage d’une manière ou d’une autre sur nos coûts, pour honorer nos perspectives pour 2017. Heureusement, les acquisitions que nous avons faites l’an dernier devraient nous permettre de réaliser les résultats que nous avons annoncés et de tenir nos engagements en terme de dividende.

Est-ce une première au niveau européen, un tel feu rouge du régulateur à une hausse du prix du timbre ?

Non, sauf pour ce qui est des raisons avancées pour justifier le refus. Selon la directive européenne, il y a cinq critères à remplir pour pouvoir augmenter les tarifs : il faut que les prix restent abordables, que ce soit transparent, que ce soit non-discriminatoire, que le prix soit le même sur l’ensemble du territoire, et enfin il faut qu’ils soient orientés sur les coûts. Ce dernier critère est un concept nouveau, qui n’a pas été explicité dans la directive et qui n’a encore été utilisé nulle part ailleurs en Europe. Nous pensons qu’il vise non pas à instaurer un niveau plafond, mais un niveau plancher, afin d’empêcher des opérateurs d’empêcher la concurrence en pratiquant des prix trop bas. L’IBPT en a donné sa propre interprétation, qui va plutôt dans le sens du niveau plafond.

Au conseil Cornélis succède à Masai 

Françoise Masai présidait pour la dernière fois, hier, l’assemblée de bpost. Atteinte par la limite d’âge, elle a ensuite cédé sa place après avoir été remerciée par le CEO Koen Van Gerven pour son efficacité. C’est François Cornélis (Total, Elia, RACB…), qui siège comme indépendant, qui lui succédera, comme L’Echo l’avait annoncé le 8 avril dernier. Il a été élu à ce poste par le conseil d’administration après la réunion des actionnaires.

Tous les points à l’ordre du jour de l’assemblée ont été approuvés, y compris le versement d’un dividende de 1,31 euro brut par action pour 2016 et la nomination de quatre nouveaux administrateurs: Jos Donvil (Voo), représentant l’État actionnaire, Saskia Van Uffelen (Ericsson), Filomena Teixeira (Intra) et Thomas Hübner (ex-Metro Cash & Carry, ex-Carrefour). Les trois derniers siégeront comme indépendants.

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