Le vrai plan B pour bpost? Le "stand alone"

©Photo News

Après avoir renoncé à acquérir le postier néerlandais PostNL, bpost va-t-il se lancer dans une autre opération d’envergure comparable? De l’avis d’analystes, le groupe belge peut poursuivre sa stratégie en "stand alone", tout en multipliant les plus petites acquisitions dans des segments de marché précis. Les postiers des autres pays voisins semblent hors d’atteinte. D’autres cibles sont envisageables, estime un expert en marketing, qui cite les opérateurs situés dans les zones franches européennes ou les pays de l’Est.

À présent que la page PostNL est tournée, bpost va-t-il fournir l’encre pour écrire une nouvelle aventure? Le groupe belge a-t-il intérêt à chercher une autre grosse acquisition? Y est-il forcé, ou peut-il se replier sur son marché domestique et attendre? Et s’il est contraint d’actionner un plan B, quelles sont ses cibles alternatives? Un tour d’horizon du secteur en compagnie de trois spécialistes…

Ne jamais dire jamais

"Ils ont bien sûr un plan B, c’est le ‘stand alone’, comme avant le lancement de leur projet PostNL", estime Marcel Achterberg, analyste à la Banque Degroof Petercam. "Ils ont encore beaucoup de choses à faire: ouvrir leur nouveau centre de distribution en 2017, mener à bien leur stratégie 2020 et intégrer les activités rachetées à Lagardère. Ils peuvent donc se concentrer sur le marché belge et continuer de générer du cash et des dividendes. Ils le font très bien." Selon Achterberg, au plan stratégique, bpost n’avait pas absolument besoin de racheter son rival néerlandais, mais s’il l’avait fait, cela aurait été "un bon mouvement défensif" sur un marché des colis très disputé en Europe.

"Bpost a promis à ses actionnaires un retour impossible à réaliser sur le marché belge."
Pierre-Nicolas Schwab
directeur, IntoTheMinds

Pour réussir une belle fusion dans la logistique, il faut que l’opération permette des connexions géographiques directes, pense l’analyste. Raison pour laquelle cela n’aurait pas de sens, selon lui, d’aller lorgner l’opérateur postal historique autrichien ou espagnol. Même raisonnement pour les postiers scandinaves et est-européens. Les autres opérateurs limitrophes sont la Poste française et Deutsche Post, qui paraissent beaucoup trop gros à avaler, et leur homologue grand-ducal, jugé trop petit. Bref, s’il faut une grande alliance, hors les Pays-Bas pas de salut? "Il ne faut en tout cas jamais dire jamais, répond Achterberg. Mais il faudra que s’écoulent quelques années avant qu’une telle fusion soit à nouveau envisageable."

Achats de niche

Pour Ruben Devos, analyste chez KBC Securities, l’essentiel pour bpost est de réussir sa percée dans le marché des colis à l’international: c’est là qu’il ira chercher sa croissance future. Devos verrait bien bpost poursuivre ses emplettes à une échelle plus modeste en multipliant les acquisitions dans des niches: dans la logistique auxEétats-Unis ou en Australie, dans les livraisons "last mile" en Asie, ou encore dans les services à haute valeur ajoutée en Asie et en Amérique.

Chevaux de Troie

Pierre-Nicolas Schwab pense, lui, que bpost va continuer à réaliser des acquisitions "parce qu’il a trop d’argent en caisse" et qu’il a fait des promesses aux investisseurs qui ont sélectionné son action. "Cette stratégie d’acquisitions est motivée par le retour aux actionnaires, explique le fondateur de l’agence de marketing IntoTheMinds: bpost leur a promis un return supérieur à ce qu’il est possible de réaliser sur le marché national — même en tenant compte de la progression attendue sur le marché des colis." Selon lui, bpost est donc obligé de trouver ailleurs la machine qui générera la croissance voulue.

La poste italienne. ©Bloomberg

"Il existe nombre d’autres cibles, poursuit-il, mais PostNL était toutefois celle qui avait le plus de sens: financièrement, bpost pouvait se le payer, au plan opérationnel il y avait une proximité géographique et une complémentarité, et les deux groupes avaient déjà entamé une collaboration, par exemple, au hub anversois de bpost: celui-ci réceptionne les colis envoyés depuis les Pays-Bas vers la Belgique."

Quelles autres cibles? Comme les analystes de Degroof et KBC Securities, Schwab reconnaît que les opérateurs des autres pays voisins ne remplissent pas les conditions requises: il ajoute à la liste la poste britannique Royal Mail, qui comme ses consœurs allemande et française est également jugée trop dure à avaler.

Alors? "Pourquoi pas racheter un concurrent établi dans une zone franche?", lance Schwab. Il fait allusion aux îles Jersey et Guernesey, ainsi qu’à l’île de Aland, un territoire à gouvernement autonome lié à la Finlande et où certains opérateurs se sont installés pour faire entrer des marchandises extra-européennes à moindre coût sur le vieux Continent (pas de droit de douane). Une idée audacieuse, certes, mais qui serait difficile à faire passer dans l’opinion et auprès des syndicats (belges).

La même remarque peut être formulée à l’égard de Posta Romana, la poste roumaine que bpost a failli racheter avant de jeter l’éponge à l’automne 2015. "On aurait pu utiliser Posta Romana comme un cheval de Troie pour faire entrer les flux de paquets vers l’Europe à moindre coût." Une manœuvre qu’on pourrait toujours esquisser avec un autre opérateur est-européen, mais avec les mêmes écueils au bout du chemin: comment faire accepter cela par l’opinion? Et ne serait-ce pas ne s’assurer des gains qu’à court terme?

Dernière hypothèse formulée par Schwab: la poste italienne. Elle est moribonde, mais détient une flotte d’avions, soit des actifs peu liquides. Difficile à envisager.

"La fusion des postes suédoise et danoise est un échec. Ils y ont perdu de l’argent. Cela interpelle sur les économies d’échelle: elles ne sont pas toujours possibles à réaliser à l’issue de la fusion." Autrement dit, aucune cible alternative n’est réellement séduisante...

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