Les chèques-repas sont distribués à un travailleur sur trois

©BELGA

Depuis 2012, le nombre de travailleurs percevant des chèques-repas a progressé de 5% seulement. Une faible croissance qui s’explique par le peu d’intérêt pour les ouvriers.

Les chèques-repas sont de plus en plus distribués au sein des entreprises, mais leur évolution reste très modérée, constate le secrétariat social Acerta, qui s’est penché sur les données de ses clients durant ces cinq dernières années.

Depuis 2012, la proportion de travailleurs percevant des chèques-repas est passée de 28,9% à 34,1%, une hausse de 5% seulement donc.

Les chèques-repas ont progressé beaucoup plus fortement chez les employés que chez les ouvriers, qui restent les parents pauvres du système. Sur les six dernières années, la proportion d’employeurs octroyant des chèques-repas à leurs travailleurs est passée de 32% à 40% chez les employés, et de seulement 14,6% à 16% chez les ouvriers.

→ Pourquoi cette différence? Olivier Marcq, conseiller juriste chez Acerta, l’explique par les différences de salaire barémique minimum. "Le salaire minimum barémique est plus élevé chez les ouvriers, on le voit particulièrement dans la construction. Les employeurs ne jugeront donc pas opportun d’offrir encore une rémunération supplémentaire, même si elle est avantageuse fiscalement", explique le spécialiste.

Les chèques-repas ne peuvent être utilisés à l’étranger. Du coup, les consommateurs sont obligés de les dépenser en Belgique, et cela, c’est tout bénéfice pour l’économie intérieure.

Les chèques-repas ne peuvent en effet venir en remplacement d’une rémunération. Leur octroi sera donc toujours considéré comme une forme d’augmentation salariale, intéressante car exempte de cotisations sociales et d’impôts. "Chez les employés, de la commission paritaire 200, la commission ‘fourre-tout’, les barèmes minimums sont assez bas, ce qui complique les choses pour attirer du personnel qualifié. Les chèques-repas et les éco-chèques seront alors une forme de rémunération alternative intéressante."

Reste que leur croissance, on l’a vu, est modérée. Seul un travailleur sur trois reçoit des chèques-repas. Du côté des éco-chèques, la proportion est encore moindre: un travailleur sur quatre. Comment Acerta explique-t-il cette faible attractivité? "Cela dépend fort de la taille des entreprises. Dans les PME et TPME, les services RH, déjà réduits, doivent réaliser eux-mêmes toutes les démarches pour obtenir les chèques-repas, alors que les grandes entreprises confient cela à leur secrétariat social. L’autre frein, ce sont les frais administratifs. Dans les petites structures, les économies réalisées sur les cotisations ONSS sont mangées par ces charges administratives", dit Olivier Marcq.

40%
40% des employeurs octroient des chèques-repas à leurs employés, contre 16% pour les ouvriers.

Avec l’arrivée des chèques-repas électroniques, qui sont devenus obligatoires en 2016, le coût a baissé. Mais pour les éco-chèques par contre, dont le passage au virtuel n’est pas encore généralisé, le frein persiste. "Ils ont moins de succès. Beaucoup d’employeurs y sont passés parce que leur commission paritaire l’imposait, analyse Olivier Marcq. Mais les travailleurs eux-mêmes ne sont pas totalement satisfaits. Certains ont même été jusqu’à revendre leurs éco-chèques sur internet. Du coup, certains employeurs sont passés à l’octroi d’avantages équivalents, en prime d’assurance-groupe, voire même en rémunération brute, pourtant plus taxée."

Finis les éco-chèques papiers?

Pour les éco-chèques, les partenaires sociaux réfléchissent aujourd’hui au passage à l’électronique. Cela pourrait aboutir prochainement, peut-être dans le cadre des prochaines négociations interprofessionnelles. "Avec l’électronique, il y a moins de pertes, et avec l’élargissement du panier des produits pouvant être achetés avec les éco-chèques (vélo, entretien chaudière, produits bio, billets de train...), ils restent intéressants. D’autant que cette liste, elle aussi, pourrait encore s’allonger."

→ Et la suppression pure et simple des chèques-repas et des éco-chèques, qui a déjà été mise sur la table, serait-ce une solution face au manque d’attractivité? "Non. Car si on supprime cet avantage pour le remplacer par du cash défiscalisé, on peut imaginer que tous les employeurs y passeraient, ce qui ferait baisser les recettes ONSS et les recettes fiscales." Un point négatif pour les finances publiques…

L’autre étant l’impact que cela pourrait avoir sur l’économie belge. "Les chèques-repas ne peuvent être utilisés à l’étranger. Du coup, les consommateurs sont obligés de les dépenser en Belgique, et cela, c’est tout bénéfice pour l’économie intérieure."

©Mediafin


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