Les investisseurs s'inquiètent de l'explosion des coûts chez bpost

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Au premier trimestre, la baisse des volumes de courrier traité par bpost a atteint 6,6%. L’Ebitda a reculé de 20,8% et le résultat net consolidé de 33,3%. Pour 2018, la direction table sur un Ebitda dans le bas de la fourchette de 560 à 600 millions. L'action chute.

Le titre bpost dégringole de plus de 11% à mi-séance ce jeudi à la Bourse de Bruxelles, retombant à un peu plus de 16 euros, soit son plus bas niveau depuis le mois de mai 2014. Mercredi, l'opérateur postal historique a averti que son Ebitda normalisé 2018 se situerait "au plus bas" des prévisions initiales en raison notamment de la baisse des volumes de courrier.

Forte hausse des coûts

Au premier trimestre, bpost a été un peu à la peine, il est vrai. Si le chiffre d’affaires a progressé de 27% à 916,2 millions d’euros, il le doit certes à la croissance de l’activité paquets, mais aussi à l’impact des récentes acquisitions, alors que dans le même temps son activité de courrier domestique continuait de chuter: le volume sous-jacent a diminué de 6,6% en raison d’une faible performance du courrier publicitaire et de la poursuite de la "substitution électronique". A noter que le déclin du courrier a été en partie compensé, au niveau des revenus, par l’effet de la hausse du prix du timbre, mais que celle-ci n’est intervenue qu’au premier mars 2018.

Les paquets domestiques ont vu leurs volumes gonfler de 28,3% tandis que les solutions logistiques ont enregistré une hausse de 198 millions d’euros de leurs revenus grâce surtout à la consolidation de Radial.

Mais les coûts ont fortement augmenté, de 212,5 millions par rapport au premier trimestre 2017, en raison à la fois de la hausse des charges de personnel et des frais d’intérim (sous l’effet de celle du volume des paquets), de l’évolution des salaires et de l’absentéisme, ainsi que de l’augmentation des frais de transport, des locations et de la consultance. On remarquera au passage que l’absentéisme est un réel problème chez bpost, ce qui explique que le groupe ait désormais retenu ce critère pour déterminer les bonus de ses dirigeants.

Bas de la fourchette

Du coup, l’excédent brut d’exploitation (Ebitda) a fondu de 20,8% à 140,2 millions et le bénéfice net du groupe a reculé de 33,3% à 64 millions. Le résultat net de bpost SA s’établit à 72,3 millions, en repli de 23,4%. La direction prévoit dès lors pour l’ensemble de l’exercice un Ebitda normalisé au plus bas de la fourchette qu’il avait annoncée fin de l’an dernier, soit plus près de 560 millions d’euros que de 600 millions. Il continue cependant à prévoir un dividende "au moins au même niveau qu’en 2017".

"Comme l’anticipaient nos prévisions, nos résultats d’exploitation  pour le premier trimestre sont inférieurs à ceux du dernier exercice et sont influencés par la poursuite de la substitution électronique et par un faible trimestre au niveau de l’advertising mail", souligne Koen Van Gerven dans le communiqué. "Nous changeons l’organisation pour mettre l’accent sur les trois principaux défis de l’entreprise: la baisse du volume du courrier, la croissance des paquets et Radial."

Nouvelle organisation et nouvelles crispations

Il se passe toujours quelque chose chez bpost. Alors que, fin de semaine dernière, l’opérateur postal historique bpost avait annoncé son intention d’externaliser ses activités de nettoyage et de catering et de réduire l’emploi dans ses call centers, il a dévoilé ce mercredi soir, outre ses résultats trimestriels, une nouvelle organisation de l’ensemble du groupe.

Jusqu’ici, bpost avançait sur deux pattes, alias deux entités commerciales: Mail & Retail et Parcels & International, qu’il complétait avec une entité opérationnelle (Mail & Service Operations, MSO). Désormais, il sera articulé sur trois unités opérationnelles:

  • Mail & Retail, qui s’occupera des activités de courrier et de vente au détail (Ubiway), en ce compris les activités bancaires et financières du groupe, et qui reprendra aussi sous son aile les activités de services MSO
  • Parcels & Logistics Europe & Asia, qui gérera les business "paquets" et logistique en Europe et en Asie
  • Parcels & Logistics North America, qui fera de même en Amérique du Nord, où bpost exploite deux grosses filiales, Radial et Landmark Global

Ces modifications s’accompagnent de changements de personnes: Kurt Pierloot dirigera Mail & Retail, Luc Cloet l’unité colis et logistique euro-asiatique et Pierre Winand, son pendant américain. Luc Cloet et Pierre Winand en profiteront pour intégrer le comité exécutif du groupe, que quittent en revanche Marc Huybrechts (parti sous d’autres cieux) et Philippe Dubois (qui rapportera à Kurt Pierloot).

Ces modifications doivent "donner un coup d’accélérateur à notre processus de transformation en un groupe international et dynamique", explique le CEO Koen Van Gerven dans un communiqué.

Le climat social se dégrade

Après le dépôt d'un préavis de grève par la CSC-Transcom et l'organisation par le syndicat chrétien d'actions de grève la semaine dernière, les syndicats CGSP/SLFP ont annoncé ce jeudi "avoir rompu toutes négociations" avec la direction de bpost. Cette décision fait suite à l'inquiétude de ces deux syndicats par rapport aux dernières annonces de l'entreprise. La CGSP (socialiste) et le SLFP (libéral) se présentent en front commun et disent être "largement majoritaires" parmi le personnel de l'entreprise postale.

Les conséquences de cette rupture de négociations de la part du front commun CGSP/SLFP ne sont pas encore connues.

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