Les nouvelles fortes têtes du barreau de Bruxelles

©Photo News

Maurice Krings a été élu dauphin, tandis que Michel Forges prendra ses fonctions de bâtonnier à la rentrée. Tous deux applaudissent la volonté de Koen Geens de "dépoussiérer la loi" mais lui reprochent d’aller trop vite en besogne.

L’Ordre francophone du barreau de Bruxelles a ceci de frustrant qu’on y élit un futur représentant qui ne sera en poste que… dans deux ans. Ce lundi, le futur bâtonnier Michel Forges, en poste à partir de septembre, a ainsi présenté celui qui sera son successeur en 2020: Maurice Krings. Les deux hommes ont en commun d’être des spécialistes du droit des sociétés. Et entendent peser sur le débat démocratique. Ils seront successivement à la tête du premier barreau du pays et deuxième barreau francophone du monde, avec près de 5.000 avocats.

Maurice Krings ©Maurice Krings

Chose rarissime: Maurice Krings, fondateur du cabinet Krings Law, a été élu dès le premier tour avec 66% des suffrages face à ses deux concurrents Arnaud Jansen et Marie-Françoise Dubuffet. Escorté d’une réputation assez flatteuse d’homme rigoureux et honnête, à la limite de l’austérité, Me Krings affirme "ne pas avoir de couleur politique".

Michel Forges ©DR

Me Forges, lui, ne cache pas "une sympathie pour les partis jadis chrétiens" mais aussi un attachement "aux valeurs libre-exaministes pour avoir enseigné 26 ans à l’Université de Mons".

Geens hyperactif

Interrogés au sujet de la méthode et des ambitions du ministre de la Justice Koen Geens (CD & V), ils tiennent la même ligne. "Koen Geens a énormément fait bouger les choses sur le plan civil, pénal, de la procédure. Il a bousculé une série de choses, assure Maurice Krings. C’est un ministre hyperactif et l’on verra à l’usage si ses lois ont été suffisamment mûries. On va tout droit vers une période de flottement après tant de changements en une fois alors que la Justice est en réduction de moyens et sous-financée depuis de nombreuses années."

"Les lois pot-pourri sont des lois colossales qui changent tout. Chez les magistrats, ça a créé un sentiment de malaise."
Michel Forges
Futur bâtonnier

Pour Me Forges, Koen Geens a "un grand mérite: celui d’avoir voulu dépoussiérer beaucoup de normes devenues désuètes, mais je suis triste qu’il ait voulu aller si vite et qu’il ait changé tant de choses pour les changer. Les lois pot-pourri sont des lois colossales qui changent tout. Chez les magistrats, ça a créé un sentiment de malaise".

Côté représentation publique, la méthode devrait également changer à la rentrée. Après deux années sous l’égide du médiatiquement discret Pierre Sculier, Me Forges entend s’affirmer notamment au regard de l’Ordre des barreaux francophones et germanophone (OBFG), ou Avocats.be, traditionnellement très actif dans la presse. "J’ai une grande capacité d’indignation. Je serai loyal à l’égard de l’OBFG mais cela n’exclut pas de faire passer l’opinion du barreau de Bruxelles. On m’entendra si nécessaire", lance-t-il.

Parmi les grandes manœuvres à venir, la réflexion sur l’avenir du métier d’avocat lancée par le ministre de la Justice. Mais aussi le nouveau Code des sociétés, adopté fin mai en conseil des ministres. "Je l’ai entièrement examiné. Le projet est globalement bon, il va simplifier ce droit où il existe 17 formes de sociétés différentes. Il veut imposer un mode de gestion des sociétés qui se rapproche des modèles allemand et néerlandais. On va connaître une évolution importante", commente Maurice Krings.

Améliorer le sort des jeunes

En attendant, le futur bâtonnier sera responsable des 900 avocats stagiaires du barreau de Bruxelles, comme l’a été Me Forges ces deux dernières années. Me Krings s’engage à soumettre dès que possible au Conseil de l’ordre une précision du volet rémunération de règlement du stage en ce sens que "tout stagiaire soit payé au minimum selon le barème horaire au-delà de 75 heures. "Il est inadmissible qu’un maître de stage exige du stagiaire des prestations de 200 heures par mois pour 1.446,38 euros mensuels." Plusieurs jeunes avocats pénalistes s’étaient émus des conditions difficiles de l’entrée dans le métier (dans L’Echo du 9 avril). Qui reste l’un des plus beaux métiers du monde.

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