interview

Olivier Bouquet, CEO d'Edenred Belgique: "L'horeca bénéficiera des chèques conso, mais avec retard"

Olivier Bouquet est fier d'avoir maintenu ses volumes, adapté son offre et accru ses effectifs en une année de crise. ©Tim Dirven

Après des débuts poussifs en 2020, les chèques consommation ont été nettement plus utilisés au début de cette année, révèle le CEO d'Edenred Belgique en interview.

Edenred, le fournisseur de solutions de paiement aux employeurs telles que les chèques repas, a surfé sur la crise pour élargir son offre. En Belgique, il a développé les budgets mobilité, créé une nouvelle plateforme de remises et lancé les chèques consommation créés par le gouvernement pour soutenir l'horeca et le petit commerce. Il est fin prêt pour la relance, selon son CEO Olivier Bouquet

Comment Edenred a-t-il été impacté par la crise en Belgique l’an dernier ?

Le volume d’activité est resté stable dans les chèques repas, chez les grands employeurs comme auprès des PME. On avait débuté 2020 avec une croissance à deux chiffres, puis on a terminé au même niveau qu’en 2019, malgré la crise et le fait qu’il y ait eu moins de chèques repas et de tickets restaurants émis en raison du chômage temporaire. Le pouvoir d’achat des travailleurs belges a diminué, mais on a compensé cela par d’autres choses. On a vu que 30% des travailleurs ont dû réduire leurs dépenses alimentaires. C’est important. Cela montre la nécessité de maintenir un pouvoir d’achat particulier dans l’alimentaire, ce qui était l’objectif initial des chèques repas.

Avez-vous modifié votre manière de fonctionner ?

On avait mis en place le télétravail chez Edenred avant la crise, de sorte qu’au premier confinement on a pu l’exploiter à 1.000%. On était déjà prêts. Le grand changement induit par le télétravail dans le marché est que les gens ont modifié leur manière de s’alimenter suite aux mesures sanitaires. On a rapidement amélioré les possibilités d’achat en ligne. On a été les premiers à permettre l’achat de repas en ligne avec nos tickets restaurants dès le printemps 2020. Cela a permis de mettre en avant notre partenariat avec la plateforme Uber Eats. On avait déjà mis en place aussi le paiement sans contact, aussi bien pour les chèques repas que pour les écochèques, les chèques cadeaux et sport & culture; on a répondu présent là aussi en augmentant les montants. Les transactions sans contact ont bondi de 38% sur un an.

Comment ont évolué les nouveaux chèques consommation?

Quand le gouvernement a décidé de créer cette mesure d’aide à la relance des secteurs les plus touchés, nous avons lancé le chèque consommation en un peu plus d’un week-end. Cela témoigne de notre force d’adaptation et de notre sens des responsabilités, puisqu’il s’agissait de créer des moyens permettant à la fois d’augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs et d’infléchir leurs dépenses vers les produits et services éligibles: horeca, petits commerces, sport et culture. C’était un beau défi, motivant pour nos équipes.

Mais n’est-ce pas une fausse bonne idée, l’horeca étant toujours fermé et ces chèques arrivant à échéance dans 3 mois?

Quand il a lancé l’idée, le gouvernement n’était pas encore conscient qu’il allait refermer l’horeca. C’est tout de même un gros volume émis de manière défiscalisée, pour motiver les employés. Et après des volumes faibles fin 2020, un nombre croissant de ces chèques ont été dépensés sur les deux premiers mois de 2021. En janvier et février, le montant remboursé aux commerçants belges a dépassé le total des remboursements de l'année 2020. C’est une conséquence notamment du fait que de plus en plus de commerçants comprennent l’aubaine que représente ce chèque pour eux et en font la promotion auprès de leurs clients. Quand l’horeca rouvrira, on fera campagne pour rappeler aux bénéficiaires qu’ils peuvent les utiliser. Je crois que l’horeca va dès lors en bénéficier, avec retard certes.

Les budgets mobilité sont-ils en progression?

On a lancé notre offre il y a deux ans, aussi bien pour les grandes entreprises que pour les PME. On s’est positionné pour aider les petites entreprises ayant au moins une voiture de société à transférer leur "salaire-voiture" vers un budget mobilité. Avec le Covid, la manière d’organiser la mobilité a changé, ce qui nous a amenés à lancer une nouvelle solution. Beaucoup de gens sont en télétravail et laissent leur voiture de société au garage. On a dès lors accéléré le développement de notre plateforme avec l’aide de la start-up belge Skipr, qui a développé l’app. L’offre est plus riche et comprend des outils de planification de trajectoire, etc. L’intégration du système est désormais plus facile pour l’employeur. Beaucoup d’employés responsables ne veulent plus de voiture-salaire, mais un budget mobilité leur offrant une flexibilité dans leurs moyens de transport. C’est une tendance grandissante, la demande est au rendez-vous.

Un avenir rayonnant pour cette alternative à la voiture de société?

À moyen terme, on assistera à une forte diminution des voitures de société à cause à la fois du budget mobilité et de la fiscalité, qui va encore évoluer. Avec ou sans télétravail, on devra trouver de nouveaux moyens de se déplacer.

Une mauvaise nouvelle pour les entreprises de leasing auto?

Je crois que chaque secteur se réinvente sans cesse et que ces entreprises adapteront également leurs offres. Mais il est clair que si une majorité d’employés optent pour une plus petite voiture ou une alternative, ces dépenses-là vont diminuer.

Comment a évolué l’emploi chez Edenred Belgique?

Nous sommes 200 personnes très productives, contre 170 à fin 2019. On a beaucoup investi depuis 10 ans dans la digitalisation, qui est une vraie opportunité créatrice d’activités et d’emplois. La croissance de notre effectif va de pair avec celle de nos activités et le lancement de nouveaux produits.

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