reportage

"Pour préparer Noël, après juin, c'est déjà trop tard"

©Kristof Vadino

Que serait la magie de Noël sans ses illuminations? L’Echo a suivi les équipes de Pact Solutions, le leader bruxellois des illuminations de fin d’année, dans leurs derniers préparatifs avant l’inauguration des Plaisirs d’Hiver.

Le mercure tutoie le zéro degré, le froid est piquant. Pourtant, "là, c’est une bonne nuit. Pas de vent ni de pluie… La pluie, c’est notre pire ennemi". Ils sont quarante hommes, ce soir-là dans le centre de Bruxelles, à s’activer sous le regard attentif d’Antoine Bohyn, administrateur de Pact Solutions, leader bruxellois de l’illumination festive, comme on dit dans le jargon. "On a trois nuits pour installer les 35 arches lumineuses au-dessus du boulevard Anspach. Peu importe la météo, le travail doit être fait", lance le trentenaire, serein.

Et le défi est de taille. Rien que pour les Plaisirs d’Hiver, inaugurés ce vendredi, la Ville de Bruxelles illumine 120 rues et places et pas moins de huit kilomètres de guirlandes lumineuses décorent les arbres. C’est sans compter la cinquantaine d’autres clients, principalement des communes, dont quinze à Bruxelles, pour qui Noël n’attend pas. "On a littéralement cinq semaines pour tout monter. On peut faire ce qu’on veut, il n’y aura pas de délais. Il faut savoir tout gérer", explique Antoine Bohyn.

"On a cinq semaines pour tout monter. On peut faire ce qu’on veut, il n’y aura pas de délai."
Antoine Bohyn
Administrateur de Pact Solutions

Si les illuminations sont posées à partir de novembre, la saison se prépare bien en amont. "à la mi-février, il y a le Salon des mandataires. Notre saison démarre là, où l’on discute déjà de nombreux projets."

"Pour des villes d’ampleur, comme Bruxelles, on ne peut pas se permettre de lancer les réflexions aux mois de juin, juillet, août. C’est trop tard, lâche Dimitri Rossius, administrateur en charge de la conception des projets. Il y a trop à penser, trop d’intervenants à coordonner." Des transports en commun aux éclairagistes et spécialistes du son, une vingtaine de sociétés travaillent autour des Plaisirs d’Hiver.

©Kristof Vadino

Après l’attribution du marché public et le creux de l’été, septembre tolère les dernières retouches aux plus importants projets, avant de lancer leur réalisation.

Tout au long de l’année, les équipes procèdent à d’autres travaux. "Hors saison, on s’occupe de faire du câblage électrique sur les bâtiments. Câblage qui pourra être utilisé pour diverses applications temporaires, dont les illuminations de fin d’année", détaille Antoine Bohyn. D’autres événements garnissent également le carnet de commandes, comme l’installation de 1.500 parapluies lumineux suspendus à Bastogne ou la mise en lumière de ponts et de statues.

Flexibilité

Malgré la préparation, il faut pouvoir improviser. "Parfois, un bâtiment a été rasé et le câble qui était là en mars n’y est plus en octobre…", explique Dimitri Rossius.

Ce dimanche soir, c’est un câble situé 1,5 mètre plus bas que prévu qui va retarder les équipes affairées à un jet de pierre de la place de la Bourse que le week-end a laissée déserte. "A priori, il n’était pas censé être plus bas", se lamente Dimitri Rossius. Qu’importe, le motif sera suspendu plus haut sur son câble porteur et équilibré à l’aide d’autres chaînes afin que son poids ne le fasse pas basculer. Le tout en gardant à l’œil la hauteur minimale de 4,5 mètres qui doit garantir l’accès aux véhicules de secours.

©Kristof Vadino

Un travail d’équilibriste dans lequel les politiques ont parfois voulu mettre leur grain de sel. Certaines communes ayant par exemple par le passé demandé que la couleur de leur parti se retrouve dans les illuminations. "Heureusement, c’est une situation qui est extrêmement rare, surtout que, actuellement, la majorité de nos illuminations sont en blanc chaleureux", indique Antoine Bohyn.

Si les hommes et femmes politiques ont leurs petites préférences, la démographie des différents quartiers influence également la mise en place des illuminations. "Lorsqu’on conçoit les illuminations, on prend en compte l’atmosphère du quartier, les communautés qui y vivent, la configuration et l’histoire des lieux", raconte l’administrateur. "On ne va pas mettre du multicolore qui fait carnaval dans le quartier plutôt chic du Sablon, ça ne va pas avec l’ambiance du quartier!" appuie Dimitri Rossius.

Forains l’été

Minuit a passé. La nuit est venue, accompagnée d’une petite bruine désagréable, celle qui refroidit plus qu’elle ne mouille. Les yeux rivés sur ses collègues perchés dans des nacelles à plus de dix mètres de hauteur, Thierry Mignolet, chef d’équipe, a le calme de ceux à qui on ne la fait pas. Il faut dire que des éclairages de Noël, il en a vu défiler, en plus de vingt ans.

Faute de formation et sans profil précis, le monde des illuminations de fin d’année tourne en partie grâce aux forains. "On n’a pas peur de travailler dehors, la nuit et on s’y connaît en électricité", explique Thierry, qui troque les guirlandes lumineuses pour les foires, une fois le retour des beaux jours.

©Kristof Vadino

Des conditions de travail difficiles qui soudent les équipes, au fil des années. "Pendant trois ou quatre mois, on voit plus les collègues que nos familles… raconte Dimitri Rossius. C’est prenant, mais c’est ponctuel aussi. On s’y fait."

Créée en 1995 par Serge Bohyn, Pact Solutions, produit de l’acquisition en 2010 de Hauteur et Solutions par Pact, ne fonctionne qu’avec quatre administrateurs et un employé. Le travail de pose est confié à une trentaine de prestataires externes. "Ce sont les mêmes personnes qui sont là depuis le début, détaille Antoine Bohyn qui reprend progressivement les rênes de l’entreprise familiale. Ils ont une expérience qui est non négligeable et on fait tout pour qu’ils se sentent bien."

Une recette qui semble fonctionner puisque l’entreprise familiale inaugurera un nouveau bâtiment de 3.000m² en avril prochain à Braine-l’Alleud pour regrouper son siège social d’Uccle et son entrepôt d’Anderlecht. Une nouvelle recrue va par ailleurs rejoindre l’équipe dès janvier. "Un bon renfort pour soulager notre directeur technique de la charge de travail actuelle et poser les premiers jalons pour l’avenir", explique Antoine Bohyn.

L’inauguration des Plaisirs d’Hiver et l’arrivée du mois de décembre, c’est le rush qui se termine. L’installation des illuminations laisse place à leur maintenance. Le tempo des équipes diminue. "Quand on peut se balader en famille ou avec des amis et contempler le travail accompli, ça fait plaisir", reconnaît Antoine Bohyn. Une pause qu’il faudra savourer. Dès le 1er janvier, les premières illuminations seront démontées. Et Noël 2019 se glissera déjà dans tous les esprits.

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