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Rika Coppens (House of HR): "Nous croyons vraiment que l'emploi stimule l'intégration"

Rika Coppens dirige un effectif de 3.400 collaborateurs qui se comportent comme de "joyeux rebelles". ©Wouter Van Vooren

Le groupe d'intérim et sélection House of HR ne cesse de croître. Il a aussi des idées pour doper l'emploi et les activations, comme le relate sa CEO Rika Coppens.

Le groupe belge House of HR, développé au départ de la société de travail intérimaire et recrutement Accent Jobs, est devenu un acteur de taille européenne: 3.400 employés, 43.000 personnes mises au travail par an, plus de 600 bureaux dans douze pays, un chiffre d’affaires de 1,6 milliard d’euros en 2020… Le groupe vient de racheter la firme néerlandaise Cohedron, un prestataire de services de ressources humaines bien introduit auprès de la clientèle des services publics. L’occasion de faire le point sur ce champion belge en devenir avec sa CEO, Rika Coppens.

House of HR a réalisé 4 acquisitions depuis le début de l’année, dont celle de Cohedron cette semaine. Le groupe est donc bien sorti de la crise?

Oui, si en mars de l’année passée on nous avait annoncé quels seraient nos résultats finaux 2020, j’aurais signé des deux mains et des deux pieds! Le chiffre d’affaires du groupe a reculé de 10% et son Ebitda de 20%, mais notre marge Ebitda est restée à 11%: nous n’avons quasiment pas perdu en rentabilité, ce qui est très positif. Nous avons bien récupéré après un deuxième trimestre difficile, et nous avons continué à bien récupérer début 2021. Depuis le mois de mai, nos ventes quotidiennes dépassent leur niveau de 2019. Et nous avons progressé en parts de marché dans plusieurs secteurs clients. La crise nous a forcés à nous montrer créatifs pour trouver de nouveaux clients.

Avez-vous enregistré de grosses différences entre vos différents métiers?

Dans la consultance en ingénierie, le marché est resté beaucoup plus stable que dans le travail intérimaire. L’effet de la crise, tout comme la reprise y ont été beaucoup plus lents, tandis que dans l’intérim, l’impact a été très rapide, de même que la reprise. Il y a un an, tout le monde a cru qu’il y aurait beaucoup de talents sur le marché et peu d’emplois à offrir, mais aujourd’hui, c’est l’inverse: le nombre de postes à pourvoir augmente rapidement alors qu’il y a un manque de candidats!

Comment se fait-il qu’avant l’achat de Cohedron, House of HR était absent du segment des services publics?

C’est un peu excessif, nous étions déjà actifs dans ce secteur, surtout aux Pays-Bas. Dans ce pays, le secteur public est ouvert depuis longtemps à l’intérim, contrairement à la Belgique où il ne l’est que depuis deux ans. Il est donc très intéressant d’aller aux Pays-Bas pour voir comment le gouvernement travaille avec le secteur privé pour réaliser des tâches publiques: non seulement dans l’intérim, mais aussi dans la formation, les marchés publics…

Mais pourquoi effectuer une autre acquisition aux Pays-Bas?

C’est un énorme marché. Et nous voulons encore y grandir dans deux segments où nous ne sommes pas suffisamment présents: les soins de santé et les technologies de l’information. Aux Pays-Bas donc, mais également en France, en Belgique et en Allemagne. On croit beaucoup dans leur potentiel de croissance future. En les ajoutant à notre gamme de secteurs, nous allons aussi équilibrer la demande au-delà des cycles économiques.

Allez-vous mener ce développement par acquisitions ailleurs en Europe aussi?

Oui, nous cherchons des entreprises ayant une croissance historique importante, qui sont rentables et dont la culture et les valeurs sont proches des nôtres. Nous cherchons des "happy rebels" comme nous.

"Nous gardons l’esprit ouvert, nous n’acceptons pas les axiomes, nous sommes des entrepreneurs..."
Rika Coppens
CEO, House of HR

Qui sont ces "joyeux rebelles"? Comment vous définissez-vous?

Quand tout le monde tourne à gauche, nous, nous tournons à droite… Nous gardons l’esprit ouvert, nous n’acceptons pas les axiomes, nous sommes des entrepreneurs, nous nous montrons critiques y compris sur la manière dont nous faisons les choses…

2 milliards d'euros
chiffre d'affaires 2021 escompté
Le groupe House of HR prévoit d'atteindre les 2 milliards d'euros de revenus dès cette année.

Le groupe House of HR croît rapidement, est présent dans 12 pays, est n°9 européen et vise les 2 milliards de revenus pour 2021. Où sera la limite?

Notre but n’est pas de devenir le plus grand prestataire en ressources humaines d’Europe ou du monde, mais le plus rentable. Cela nous permettra de continuer à investir et à croître de manière saine et durable. Selon nos valeurs, nous voulons être l’entreprise la plus passionnante, l’endroit le plus chouette où travailler, où beaucoup de choses se passent… et où les clients reviennent !

"Nous voulons être l’entreprise la plus passionnante, l’endroit le plus chouette où travailler."
Rika Coppens
CEO, House of HR

Continuerez-vous à grandir par acquisitions?

Cela fait partie de notre stratégie, mais nous voulons maintenir un équilibre entre croissances organique et externe. La moitié de notre croissance historique s’est faite en interne.

En 2019, House of HR avait été mis à l’étalage par son premier actionnaire, le fonds français Naxicap: un dossier définitivement clôturé?

Oui. Cela s’était passé au début de l’année 2019, puis on avait décidé d’arrêter le processus, car on n’avait pas attiré le type d’acheteur qu’on souhaitait et l’on commençait à prévoir une crise économique. On a alors effectué une réduction de capital pour l’actionnaire et organisé un refinancement, de sorte qu’on est reparti pour un nouveau cycle de 5 à 7 ans avec le fonds, comme cela se pratique habituellement en private equity. Normalement, nous sommes tranquilles pour quelques années.

House of HR est-t-il bien positionné pour contribuer à la relance de l’économie?

Oui, car tout le monde cherche des talents actuellement. Quand on demande aux entreprises ce qui les empêche d’avoir une croissance, la plupart d’entre elles répondent qu’on manque de travailleurs sur le marché. Or c’est précisément notre métier, de faire le lien entre les deux mondes.

Est-ce dû à un manque de mobilité des travailleurs?

Non, diverses enquêtes montrent qu’en Europe, 4 travailleurs sur 10 sont prêts à changer d’emploi au sortir de l’été. Ce manque de candidats renvoie à l’évolution démographique: quand 100 personnes partent à la retraite, 80 à peine entrent sur le marché du travail. C’est un déficit structurel, auquel il faut ajouter, c’est vrai, un problème au niveau des compétences des talents disponibles. Un décalage qu’on peut compenser par des formations, du coaching, etc.

"Nous avons créé l’ASBL Job Road dans le but d’intégrer par le travail des réfugiés, ainsi que d’anciens prisonniers et des justiciables."
Rika Coppens
CEO, House of HR

Que vous inspire le plan de relance du Fédéral?

Il accorde beaucoup d’attention à l’emploi et au manque de candidats. Le gouvernement planche notamment sur la remise à l’emploi des personnes en maladie longue durée. Pour y arriver, il faudrait "incentiver" la manière dont on finance les instances qui les supportent, ce qui est une question politique. Il planche aussi sur la réactivation des chômeurs de longue durée, et a récemment décrété qu’après six mois les réfugiés peuvent s’inscrire auprès d’une agence pour l’emploi. C’est une évolution dans le bon  sens. Chez House of HR, nous avons créé l’ASBL Job Road dans le but d’intégrer par le travail des réfugiés, ainsi que d’anciens prisonniers et des justiciables. Nous avons aussi l’intention d’y élargir les groupes cibles à l’avenir. Cela dit, à long terme, nos gouvernants devraient développer une fiscalité et une sécurité sociale qui pénalisent moins le travail.

Comment fonctionne Job Road et quel est ce nouveau projet baptisé "Sixie" en Flandre?

On y a développé une méthodologie pour permettre une mise à l’emploi la plus rapide possible. On a aussi lancé le projet "Sexie" pour aider des personnes de plus de 60 ans à reprendre un travail, souvent à temps partiel: il y a beaucoup de talents dans cette population-là, c’est dommage de ne pas y recourir. On a un rôle à jouer en ces matières: nous avons les contacts avec les entreprises et les pouvoirs publics, nous avons donc un rôle de coordinateur et nous nous efforçons de réunir tout le monde autour de la table pour régler les problèmes. Job Road organise par exemple des journées projets: on sélectionne 15 candidats réfugiés dont le profil correspond aux emplois proposés, on visite avec eux les quatre ou cinq employeurs concernés et l’on organise des entretiens sur place; au bout de la journée, on signe en moyenne 4 ou 5 contrats de travail. Nous croyons vraiment que l'emploi stimule l'intégration.

Les phrases clés

  • "Le chiffre d’affaires du groupe House of HR a reculé de 10% et son Ebitda de 20% en 2020, mais notre marge Ebitda est restée à 11%: nous n’avons quasiment pas perdu en rentabilité, ce qui est très positif."
  • "Les Pays-Bas sont un énorme marché. Et nous voulons encore y grandir dans deux segments où nous ne sommes pas suffisamment présents: les soins de santé et les technologies de l’information."
  • "À long terme, nos gouvernants devraient développer une fiscalité et une sécurité sociale qui pénalisent moins le travail."
  • "Nous croyons vraiment que l'emploi stimule l'intégration."

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