Takeaway et Just Eat fusionnent pour contrer Uber Eats

Le CEO de Takeaway.com, Jitse Groen, lors de l'introduction en bourse de sa société en 2016. ©ANP

La valeur de l’entité Just Eat Takeaway.com nouvellement constituée, est estimée à 10 milliards de dollars et est détenue à 52% par Just Eat.

Le peloton de tête se dessine dans le secteur de la livraison de repas à domicile en Europe alors que le néerlandais Takeaway.com et son homologue britannique Just Eat ont annoncé ce lundi un accord de principe sur la fusion de leurs activités. Dans une opération intégralement par actions, les actionnaires de Just Eat recevront ainsi 0,09744 action Takeaway pour chaque titre détenu, ce qui correspond à une valeur de 731 pence par titre Just Eat, soit une prime de 15% par rapport au cours de clôture de vendredi dernier à Londres. La valeur de la combinaison des deux sociétés est estimée autour de 10 milliards de dollars (8,9 milliards d’euros) par les analystes.

L’opération, censée donner naissance à un concurrent de taille au géant américain Uber (Eats), est annoncée à 5,6 milliards d’euros et a été validée par les conseils d’administration des deux sociétés. La nouvelle entité sera détenue à 52,2% par l’actionnariat de Just Eat et orchestrera ses activités depuis Amsterdam, tout en maintenant sa cotation sur la Bourse de Londres. La cotation de Takeaway sur la Bourse d’Amsterdam sera, elle, radiée.

L’actuel directeur général de Takeaway, Jitse Groen, conservera son poste à la tête de la combinaison des deux sociétés alors que Mike Evans, le président de Just Eat devrait maintenir son poste à l’échelle de la nouvelle entité. Il sera épaulé par l’actuel président de Takeaway, Adriaan Nühn, qui se verra attribuer le titre de vice-président du nouveau groupe.

Après cette opération, le nouveau groupe occuperait, d’après un communiqué officiel, une position dominante au Royaume-Uni, au Canada, en Allemagne et aux Pays-Bas. À l’heure de la concurrence destructrice rongeant le marché européen de la livraison de repas en ligne, il était primordial pour les deux acteurs de renforcer leur position face à Uber Eats et ses moyens gargantuesques.

Course-poursuite

Ici, Takeaway dont les activités s’étendent à 10 pays européens, parmi lesquels la Belgique, la Pologne, les Pays-Bas et Israël, compte bien sur Just Eat pour arracher le marché britannique des griffes du local Deliveroo et du global Uber Eats. La présence grandissante de ces derniers s’était d’ailleurs dernièrement fait ressentir sur le cours de Bourse de Just Eat.

5,6
milliards
La fusion entre Takeaway et Just Eat est annoncée à 5,6 milliards d'euros.

Habituée des fusions et acquisitions, l’entreprise néerlandaise de livraisons de repas s’était déjà renforcée en décembre dernier en rachetant les activités allemandes de son concurrent Delivery Hero pour 1 milliard de dollars. Alors, l’intention était de se saisir du marché allemand, clé dans la conquête de l’Europe. Lui aussi coté en Bourse, l’allemand Delivery Hero se concentre désormais sur l’Europe de l’Est, la Grèce et les pays scandinaves.

Il était primordial pour les deux acteurs de renforcer leur position face à Uber Eats et ses moyens gargantuesques.

Egalement présent au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande, Just Eat permet au groupe nouvellement formé de voir plus loin et de diversifier ses sources de revenus. De son côté, Takeaway avait revendu ses activités asiatiques (Vietnammm) à la société sud-corréenne Woowa Brothers en février 2019, s’écartant ainsi d’un marché, lui-aussi marqué par la concurrence féroce.

Parts de marché

10
milliards
La valeur de l’entité nouvellement constituée, Just Eat Takeaway.com, est estimée à 10 milliards de dollars.

Si le peloton de tête du secteur est connu, il reste cependant très difficile d’en déduire avec précision la distribution des parts de marché. En Europe, puisque c’est le marché qui nous intéresse ici, Takeaway affirme avoir livré 94 millions de commandes en 2018. C’est mieux encore pour Just Eat qui estime à 170 millions le nombre de commandes traitées par ses livreurs sur le continent. Seulement, malgré nos demandes, pareils chiffres sont inaccessibles chez Uber Eats (qui "ne dispose pas de ce type de données") et chez Deliveroo, qui "ne communique pas sur le nombre de commandes réalisées". Impossible donc d’établir avec précision le découpage du gâteau européen, dont la redistribution des parts devrait pourtant se poursuivre de façon mouvementée dans les mois et les années à venir.

Côté résultats, Just Eat a réalisé un chiffre d’affaires de 780 millions d’euros pour un bénéfice de 80 millions en 2018. Takeaway a, quant à lui, connu une hausse de 44% de son chiffre d’affaires l’an passé, à 240 millions d’euros, pour une perte nette de 14 millions d’euros. Les analystes espèrent que ce nouvel accord permettra au groupe d’être profitable dès la clôture exercice prochain. À titre de comparaison, cette fois, Uber Eats réalisait 481 millions d’euros de chiffre d’affaires sur le premier trimestre 2019. International, mais surtout américain et fort d’une activité principale plus aisément monétisable que la livraison de plats (son service de "taxi"), le géant reste menaçant pour tous ses concurrents.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés