Trois jours pendant lesquels tout a basculé

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Le deal a capoté, à qui la faute?

La reprise de la poste néerlandaise, PostNL, par bpost était un sujet sensible chez nos voisins du nord. Henk Kamp, le ministre néerlandais de l’Economie, s’était montré critique envers la transaction en préparation. Car cette reprise aurait rendu les Belges de facto responsables de la distribution du courrier, et surtout des petits colis, sur le territoire néerlandais.

Il était donc évident que la communication concernant cette transaction imminente devait se faire de manière prudente. Il était convenu de la présenter comme une "fusion entre égaux". Même si dans les faits il s’agissait d’une reprise, la valeur boursière de bpost étant trois fois supérieure à celle de PostNL. Vendredi, au cours du conseil des ministres restreint, on avait encore insisté sur l’importance d’adopter le ton juste, vu la sensibilité de la transaction pour les Néerlandais. À quelques détails près, le projet était quasiment bouclé, et devait être annoncé le 6 juin. Il était convenu que le CEO de bpost, Koen Van Gerven, prendrait la direction de la nouvelle entité et que Herna Verhagen, le patron de PostNL, quitterait son poste.

Flexibiliser l’entreprise

Il y a quelques semaines, un accord sur le prix de cession avait été trouvé avec le management et le conseil d’administration de PostNL. Bpost était prête à payer 5,10 euros par action aux actionnaires de PostNL. Tout le monde s’était mis d’accord sur la méthode de paiement: 70% en actions bpost et 30% en numéraire. À l’issue de cette transaction, la participation de l’Etat belge dans bpost devait retomber à 38,5%, mais cette perte de majorité ne semblait pas poser problème au gouvernement fédéral. Il y a quelques mois, celui-ci avait d’ailleurs approuvé un projet de loi autorisant l’Etat à réduire sa participation dans bpost et Proximus en dessous de 50%. L’opposition s’était insurgée contre cette décision, arguant qu’elle ouvrait la porte à une reprise potentielle.

Mais l’objectif principal du gouvernement était de flexibiliser davantage les entreprises. Que faire en effet si elles souhaitaient réaliser une acquisition et payer en actions? Chose impossible avec l’ancienne législation. Grâce à cet arrêté royal, Alexander De Croo (Open Vld) pouvait aller de l’avant. Il y a quelques mois, il avait déjà demandé le feu vert du cabinet restreint pour – en cas d’aboutissement des négociations entre bpost et PostNL – reprendre à son compte cet arrêté. Il avait reçu leur accord, étant donné que la position de bpost sur le marché européen s’en verrait renforcée.

Pendant toute cette période, rien n’a filtré des négociations, même si les principaux ministres du gouvernement et les pléthoriques conseils d’administration de bpost et de PostNL étaient informés. Jusqu’à ce que Jean-Pascal Labille vende la mèche vendredi matin au cours d’une interview sur La Première.

Le plan de communication est de facto tombé à l’eau. Tous les journaux ont publié l’information selon laquelle les Belges comptaient reprendre PostNL. À ce stade, rien ne semblait encore compromis. Dès le départ, vendredi, il ne faisait aucun doute que la transaction serait annoncée ultérieurement. Plus tard dans la journée, le lundi a été fixé comme jour de la communication officielle. Tout le monde a démenti la présence du moindre problème.

Le conseil d’administration de PostNL s’est réuni pendant le week-end. Tout le monde savait qu’il n’y avait pas une minute à perdre. La cotation en Bourse de PostNL devait reprendre. D’après le quotidien néerlandais De Telegraaf, c’est Michiel Boersma, président du conseil d’administration de PostNL, qui au cours de la journée de dimanche, aurait tout arrêté suite à l’absence d’accord définitif et par crainte que PostNL ne reste trop longtemps dans l’incertitude.

En Belgique, le ministre De Croo et les leaders de la N-VA, Bart De Wever et Theo Francken, ont vertement critiqué Labille, ancien ministre des Entreprises publiques, responsable de la fuite. L’idée s’est répandue comme une traînée de poudre que les Néerlandais s’étaient retirés à cause de la politisation de bpost. Les mêmes sons de cloche ont également été entendus chez certains administrateurs néerlandais. "Bpost est une entreprise très politisée. Ils sont loin du libre-échange", pouvait-on entendre.

Rôles inversés

La justification du retrait des Néerlandais par la crainte que bpost soit une entreprise codirigée par les politiques est réfutée par les négociateurs, car cet élément avait été clarifié dès le début des négociations. Ce seraient plutôt les Néerlandais eux-mêmes qui n’auraient pas vu d’un bon œil cette reprise par des Belges. L’indiscrétion de Labille n’a fait que renforcer leurs réticences.

Rue de la Loi, on a rappelé qu’il y a une dizaine d’années, la Poste néerlandaise souhaitait reprendre la poste belge, alors en difficulté. "En dix ans à peine, les rôles se sont inversés. Et nos voisins du nord ont du mal à digérer cette situation."

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