Une entreprise de titres-services sur trois a jeté l'éponge en quatre ans

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666 acteurs du secteur ont disparu depuis 2015, ressort-il d’une réponse de la ministre flamande de l’Emploi, Hilde Crevits, à un parlementaire. Dont 520 rien qu’en Wallonie et à Bruxelles. En cause, des marges bénéficiaires sous pression?

En quatre ans, c’est un grand nettoyage qui a été constaté sur le marché des entreprises actives dans les titres-services en Belgique. En effet, quelque 666 acteurs du secteur ont disparu depuis 2015 au nord et au sud du pays, ressort-il d’une réponse de la ministre flamande de l’Emploi, Hilde Crevits, au député flamand Tom Ongena (Open Vld). Soit une baisse d’un peu plus de 34%.

Des chiffres d’autant plus préoccupants que, rien qu’en Wallonie et à Bruxelles, la disparition concerne en réalité 51% des acteurs, contre 16% seulement en Flandre. Alors même que, par ailleurs, les titres-services ont le vent en poupe. En 2019 et rien qu’à Bruxelles, 16,5 millions de titres-services ont été utilisés, correspondant à autant d’heures de prestation par des travailleurs du secteur, soit une hausse de 2% en un an.

Quelles en sont les raisons? Elles sont diverses, évoque Paul Verschueren, directeur de la recherche et des affaires économiques chez Federgon, la fédération des prestataires de services de ressources humaines.

La Flandre mise sous pression

Certains, comme du côté des libéraux flamands, pointent des marges bénéficiaires qui auraient tendance à baisser dans le secteur – un phénomène observé de longue date d’ailleurs. Ce qui aurait poussé de plus petites sociétés vers la faillite (en diminution au nord du pays, selon les chiffres de la ministre) ou vers l’absorption par une plus grosse structure.

-34%
Depuis 2015, le nombre de sociétés de titres-services est passé de 1.947 à 1.281 en Belgique, soit un recul de 34%. Une tendance plus marquée en Wallonie et à Bruxelles où la disparition touche plus de la moitié des acteurs.

Sauf que le raisonnement est à nuancer. "C’est clair que la viabilité des entreprises de titres-services n’est pas fantastique, tempèrePaul Verschueren, mais la situation est pire en Flandre. Et ce du fait que l’indexation des salaires – qui se fait dès lors que l’indice pivot est dépassé – y est de 2%, quand la valeur d’échange des titres n’y est indexée que de 1,46%. En Wallonie et à Bruxelles, les deux sont alignés, à 2%".

Pour autant, le phénomène de concentration dans le secteur, observé de longue date, est aussi une réalité. "Car il faut avoir une certaine taille pour atteindre une certaine rentabilité et une certaine efficacité", explique le spécialiste. Ce que les entreprises ont particulièrement bien compris à Bruxelles, puisque c’est là qu’on y retrouve les plus hautes marges bénéficiaires, analysait fin novembre dans ces pages Bernard Clerfayt, ministre bruxellois de l’Emploi (DéFI). Pour autant, les seuls gros acteurs ne tirent pas leur épingle du jeu. D’après des éléments rassemblés par l’Open Vld, les structures de moins de 20 personnes ont elles aussi le plus de chances d’être rentables. En fait, ce sont surtout les sociétés de l’entre-deux, soit qui comptent entre 20 et 100 employés, qui accusent le coup. Et constituent donc des cibles intéressantes pour les poids lourds en devenir ou établis.

La régionalisation est passée par là

Deux autres éléments viennent encore compléter les raisons de ce recul du nombre d’acteurs constaté ces dernières années. Tout d’abord, "le fait qu’au départ, toutes les sociétés disposaient d’un agrément belge. Puis, avec la régionalisation, intervenue en 2016, cet agrément en est passé à trois (pour chaque Région, NDLR) différents, avec l’idée que si un acteur n’était pas actif pendant une certaine période en Flandre, en Wallonie ou à Bruxelles, il perdrait son agrément pour la Région concernée". En clair, il y a donc aussi une raison "technique" à cette baisse générale constatée aujourd’hui, explique le directeur de la recherche chez Federgon.

Enfin, et c’est une spécificité flamande, la réforme des Agences locales pour l’emploi (ALE) est passée par là. Au regard de cette décision au nord du pays, "beaucoup" de ces ASBL communales (qui donnent l’occasion aux chômeurs et aux bénéficiaires du revenu d’intégration de rendre toute une série de services en échange d’un supplément financier à leurs allocations) "ont dû vendre ou arrêter leurs activités en matière de titres-services".

Autant de points qui pourront nourrir la réflexion en cours. En effet, des négociations sont actuellement menées entre les syndicats du secteur des titres-services – regroupant quelque 145.000 travailleurs – et la fédération, après un mouvement de grogne des aides-ménagères qui demandent une hausse de leur salaire de 1,1%.

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