Yves Delacollette devient avocat et rejoint le cabinet Watt Legal

©Kristof Vadino

Laurent Arnauts et Robert Wtterwulghe accueillent un troisième associé, et pas n’importe lequel. Le trio anticonformiste veut faire bouger la profession d’avocat d’affaires en Belgique.

Dorénavant, on dira Maître Delacollette. Ex-banquier et ex-associé de Franco Dragone, Yves Delacollette va prêter serment en tant qu’avocat dans les jours qui viennent, a appris L’Echo. Et rejoindre Watt Legal, le cabinet fondé par Laurent Arnauts et Robert Wtterwulghe.

À 59 ans, celui qui a dirigé pendant 10 ans Deutsche Bank Belgium, irritant prodigieusement le milieu financier par une approche et un discours tout sauf conventionnels, entame une nouvelle tranche de vie. "Comme disait l’autre, si c’est pour ne vivre qu’une seule vie, autant ne pas vivre du tout", lance Yves Delacollette. "Les carrières linéaires, très peu pour moi."

"On défend les underdogs, ceux qui sont malmenés par de plus grands qu’eux."
Laurent Arnauts
Watt Legal


Juriste de formation, il s’est formé récemment à la médiation et à l’arbitrage commerciaux. "Pour moi, c’est la suite logique de ce que j’ai fait jusqu’ici et, en même temps, la réalisation d’un vieux rêve", dit Yves Delacollette. "J’ai derrière moi 25 ans dans le secteur financier, 35 ans en tant que dirigeant d’entreprise et en tant qu’investisseur actif, autant dire que les contentieux complexes, je connais."

"On adore faire les choses autrement"

Il y a autre chose qui joue. "Je me reconnais dans l’approche atypique que Robert et Laurent ont du métier d’avocat. On adore tous les trois faire les choses autrement que les autres, et, notamment, défendre celui que le rapport de force défavorise. On n’a pas vocation à défendre celui qui est déjà le plus fort", insiste celui qu’on a beaucoup appelé le banquier rebelle.

"Comme disait l’autre, si c’est pour ne vivre qu’une seule vie, autant ne pas vivre du tout. Les carrières linéaires, très peu pour moi."
Yves Delacollette

"Avec l’arrivée d’Yves, nous renforçons notre force de frappe. A côté des litiges, de l’expertise en matière légale et économique et de l’accompagnement stratégique des entreprises, il apporte une nouvelle dimension, celle de la résolution alternative de conflits. En tant qu’ancien CEO de banque, il ajoute aussi à notre compétence financière", insistent Robert Wtterwulghe et Laurent Arnauts, qui ont l’un et l’autre conseillé le troisième au fil de sa carrière.

Le nouvel associé ne se cantonnera pas à la médiation. "Ce qui m’intéresse le plus, c’est d’accompagner les entreprises dans leur stratégie, pour prévenir les conflits, justement. Quand j’étais CEO ou président, j’aurais aimé qu’on vienne me parler comme on va le faire."

"La profession est trop figée dans le juridico-juridique"

De gauche à droite: Laurent Arnauts, Robert Wtterwulghe, Yves Delacollette. ©Kristof Vadino

Le trio jouera à fond la carte de la multidisciplinarité. "Le métier d’avocat d’affaires est appelé à évoluer", estime Robert Wtterwulghe. "On devrait voir se multiplier, je l’espère, les passages de professionnels de l’entreprise vers le métier d’avocat. Cela existe en France par exemple, mais pas chez nous. Or, il faut un sang nouveau. La profession est trop figée dans le juridico-juridique, qui détourne de la finalité d’une loi et mène souvent à une incompréhension entre l’entrepreneur ou le manager et le monde juridique. Il faut en terminer avec cette approche purement formaliste du droit économique et financier européen. Le droit a une finalité et c’est elle qui compte. Cela implique de connaître l’économie et la finance et donc d’avoir une approche multidisciplinaire. Elle n’existe pas aujourd’hui en Belgique."

Le professeur invite les autorités à se saisir de la question, "pour faciliter et encourager ce passage, pour les avocats d’affaires comme pour les magistrats d’ailleurs. Parce que, de ce côté-là aussi, du sang neuf serait bienvenu avec des gens qui ont une première carrière en entreprise et passent ensuite à la magistrature."

Corollaire de ce qui précède, Watt Legal se veut une équipe de stratèges. "Comment établir la bonne stratégie dans un contentieux complexe, si on ne maîtrise pas les ressorts commerciaux, économiques et parfois politiques d’un dossier?", plaide Laurent Arnauts.

Tactique

"La stratégie, c’est autre chose que de la procédure", développe-t-il. "L’action judiciaire a ses limites, c’est une option possible et parfois nécessaire, ne fût-ce que pour instaurer un rapport de force, mais il en existe beaucoup d’autres, notamment la médiation ou l’arbitrage. La stratégie, ce n’est pas foncer dans la procédure, c’est appuyer sur le bon bouton. C’est encore plus important quand, comme nous, on défend les underdogs, ceux qui sont malmenés par de plus grands qu’eux."

Les trois amis n’ont pas de rêve de grandeur pour Watt Legal. "Nous allons travailler en architecture ouverte", dit l’ex-banquier. "On ne prétend pas tout faire ni tout savoir et, donc, sur tel ou tel sujet si nécessaire, on monte une collaboration sur mesure avec tel ou tel spécialiste." Laurent Arnauts abonde: "On restera une petite structure indépendante. On ne veut pas être obligé de nourrir notre propre structure, comme le font les grands cabinets."

Ils se sont bien trouvés, ces trois-là. Difficile de dire qui est le plus anticonformiste d’entre eux.

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