Pourquoi Axa Belgium a décidé de supprimer 650 emplois

À peine nommé, le nouveau CEO d’Axa Belgium, Jef Van In, a décidément frappé fort. ©BELGA

Tant que la filiale belge assurait rentabilité et dividendes (2,6 milliards d’euros en dix ans), l’assureur français n’avait pas de raison de bouger. Mais le vent a tourné.

Il y a plusieurs axes au plan stratégique à l’horizon 2020 qu’Axa Belgium, filiale du groupe français, a annoncé ce lundi. Mais c’est son effet sur l’emploi qui retient logiquement toute l’attention: il devrait conduire à "une perte d’emploi pour 650 personnes au sein de l’entreprise au cours des deux prochaines années", sur un total de 4.200. Comment le 2e assureur sur le marché belge derrière AG Insurance (qui appartient au groupe belge Ageas ), en est-il arrivé là? Plusieurs raisons jouent.

1- La stratégie du groupe

"Si Axa pouvait vendre la Belgique d’un coup en poussant sur un bouton, il le ferait", nous affirme une source proche du dossier. "L’Asie intéresse beaucoup plus Axa, pour son potentiel de croissance, qu’un marché comme la Belgique sans croissance."

"Si Axa pouvait vendre la Belgique en poussant sur un bouton, il le ferait."

Tant que la filiale belge assurait de gros retour sur fonds propres – 25% étaient courants il y a quelques années, nous explique-t-on à bonnes sources –, la maison mère n’avait aucune raison de s’en plaindre, que du contraire. Sur les dix dernières années, Axa Belgium a ainsi fait remonter 2,6 milliards d’euros de dividende à son actionnaire français.

Avec 91 millions d’euros en 2015, l’année dernière est la plus mauvaise année, exceptions faites de deux années sans dividende (2009 et 2010, juste après la crise, mais précédées, il est vrai, d’un superdividende de 1,2 milliard d’euros en 2008). Aujourd’hui, le groupe regarde ailleurs pour assurer sa rentabilité de demain, qu’elle a promis autour de 12 à 14% par an d’ici à 2020. Et puisque la rentabilité décline en Belgique, Paris a demandé à Bruxelles de passer en mode réduction de coûts.

2- Les taux d’intérêt

C’est un problème général qui ne concerne pas spécifiquement Axa mais touche tous les intermédiaires financiers, et en particulier les assureurs actifs en vie. Alors que les taux de référence sur les marchés sont proches de zéro quand ils ne sont pas négatifs, ainsi, comme le veulent les autorités monétaires, il devient quasi impossible de continuer à assurer les taux garantis (au plus fort, c’était 4,75%) par certains produits d’épargne autrefois très populaires (chez Axa, c’était la gamme Crest) en raison précisément de leur belle promesse financière.

©Mediafin

Avec les taux au plancher, ces produits stars, comme le First chez Ethias, se sont retournés contre leurs concepteurs et sont devenus leur talon d’Achille. Signe de ces difficultés: compte tenu de la réserve clignotants que la Banque nationale impose aux assureurs-vie dont les taux garantis dépassent les taux du marché, Axa Belgium a clôturé 2015 en perte de 98 millions d’euros (quand le résultat consolidé en normes IFRS est lui positif de 398 millions d’euros).

C’est bien pour cela que l’assureur a récemment informé ses clients qu’il ne servirait plus les taux pourtant prévus contractuellement. Du jamais vu en Belgique; on connaît quelques financiers – sans parler des clients – qui n’en reviennent toujours pas.

Ce lundi, l’assureur a poussé la logique plus loin en décidant que, dès janvier prochain, il ne vendrait plus de nouveaux contrats d’assurance-placement individuels (les branches 21 et 23) mais se concentrerait sur les couvertures dommages (habitation, auto,…) et sur l’assurance pension.

3- Le management

Depuis 2007, date à laquelle Freddy Bouckaert a quitté la direction belge pour monter plus haut dans le groupe, les CEO ont défilé à Bruxelles. Le Belge Jef Van In, nommé en juillet dernier en provenance de la branche bancaire belge, a remplacé le Néerlandais Frank Koster, lequel avait repris la place du Français Emmanuel de Talhouët, lui-même successeur du Belge Eugène Teysen. Cela fait un peu beaucoup de changement en dix ans. "C’est comme ça chez Axa", nous dit un proche de la maison. "Le groupe n’est guère patient avec les managers qui sont en deçà des performances attendues. On les remplace vite, peut-être trop vite."

4- Le digital

Elle est partout et chamboule magistralement le secteur financier comme beaucoup d’autres: la digitalisation. En parallèle aux suppressions d’emplois, Axa Belgium annonce "200 millions d’euros d’investissements sur cinq ans dans la transformation digitale. Avec ses courtiers, l’entreprise entend déployer massivement la technologie et les canaux digitaux afin de renforcer son niveau de service envers les particuliers et les entreprises." Il ne s’agit donc pas de devenir assureur direct, Axa assure au contraire vouloir toujours privilégier le courtage.

Sur le digital, tous les intermédiaires ont de gros plans d’investissement, synonymes de réductions de coûts s’ils donnent bien les résultats escomptés. Certains y voient un passage obligé, d’autres un vernis politiquement correct pour justifier le "cost cutting" sur les effectifs.

5- Tempêtes, attentats

C’est plus ponctuel mais cela n’arrange rien: 2016 sera dans l’ensemble une mauvaise année pour les assureurs belges, qui doivent assumer de front les coûts liés aux attentats de Bruxelles du 22 mars (dernière estimation: 164 millions d’euros), répartis entre assureurs membres d’une ASBL ad hoc (baptisée TRIP) en fonction de leur part de marché, et des tempêtes et inondations de mai, juin et juillet. Selon l’assureur, ces deux facteurs expliquent pour l’essentiel le recul de 14% du résultat opérationnel au 1er semestre de cette année.

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