Un assureur offre des montres pour récolter des données de santé

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NN Belgium, ex-branche assurances d'ING, veut tester l'idée d'adapter ses tarifs en fonction de l'activité physique. Au moyen d’un concours, l’assureur offre 500 montres connectées qui vont mesurer le nombre quotidien de pas des participants. Kris Peeters, le ministre de l'Economie, se méfie.

L’assureur NN, ex-branche assurances du groupe ING, vient de lancer une opération d’un genre nouveau en Belgique, en offrant 500 montres connectées par le biais d’un concours.

Les lauréats seront invités à participer à un test consistant à parcourir en moyenne 7.500 pas par jour pendant huit semaines, "ce qui correspond à une norme de l’Organisation mondiale de la santé indiquant un niveau de bonne santé", précise Thierry Constant, responsable de la communication chez NN Belgium. Pour ce faire, les participants communiqueront à l’assureur, via la montre, leur niveau quotidien d’activité. "Seul le nombre de pas effectués nous intéresse, les autres données seront détruites", affirme Thierry Constant.

"Nouveau modèle"

"Évaluer la possibilité d’une tarification adaptée au style de vie."
Thierry Constant
porte-parole NN Belgium

L’opération vise à travailler la visibilité de NN et à promouvoir la santé par l’exercice physique, souligne-t-on chez NN, mais pas seulement. "Le but est aussi de récolter des données permettant d’évaluer la possibilité de développer, à terme, un nouveau modèle de tarification adaptée au style de vie", situe Thierry Constant. De sorte que la personne en bonne santé et se maintenant en bonne santé "bénéficie d’un tarif avantageux."

L’assureur insiste: rien n’est décidé à ce jour, ce test fera l’objet d’une évaluation au printemps. "Mais il faut vivre avec son temps: les nouvelles technologies sont là et permettent d’expérimenter de nouvelles formes d’assurance", confie le porte-parole de NN, qui assure que tout se fera dans le respect de la vie privée.

«Attention à la vie privée et au mécanisme de solidarité». Le ministre de l’Économie Kris Peeters (CD & V) a réagi ce jeudi à l’annonce de l'opération lancée par l’assureur NN Belgium et impliquant l’utilisation de données de santé.

Par le biais d’un concours, l’assureur a en effet décidé d’offrir 500 montres connectées au grand public dans le but, notamment, «de récolter des données permettant d’évaluer la possibilité de développer, à terme, un nouveau modèle de tarification adaptée au style de vie». Comment récompenser financièrement un assuré qui se maintient en forme et qui en apporte la preuve grâce aux nouvelles technologies?, se demande la filiale belge de NN, l’ancien pôle assurances d’ING.

"Risque de violation de la vie privée"

Le ministre se dit «inquiet quant au risque de violation de la vie privée, surtout lorsqu’il s’agit de données médicales du consommateur.» «Le preneur d’assurance devra en tout cas explicitement adhérer au partage des données, et devra être informé correctement en de manière précise de l’échange de données.»

Kris Peeters assure encore qu’il «surveillera de près le mécanisme de solidarité propre au secteur des assurances, de sorte que les assurances restent abordables pour chacun.»  

Les assureurs évaluent depuis longtemps la santé de leurs clients, avant de conclure une série de contrats, comme une assurance solde restant dû, l’assuré ayant à répondre à un questionnaire abordant son hygiène de vie: fume-t-il, pratique-t-il du sport?, etc. Mais ici, l’idée est de mesurer, en direct et dans la durée, le comportement de l’assuré, et d’avantager financièrement les styles de vie réputés moins risqués.

Test-Achats s’inquiète de cette évolution. L’association de consommateurs estime que le statut des données recueillies via les objets connectés "reste pour le moins incertain" et que "les utilisateurs de ces applications sont rarement informés de ce qui advient des données collectées".

Profilage

Test-Achats voit poindre un autre risque: "grâce au profilage, les assureurs pourraient refuser d’assurer les personnes qui ne font pas 7.000 ou 10.000 pas par jour, ou leur imposer des primes plus élevées". C’est pourquoi l’association invite les autorités européennes à fixer "des règles claires permettant aux consommateurs d’avoir une vision précise de la façon dont leurs données personnelles sont collectées et à quelles fins elles sont utilisées".

Les assureurs planchent tous sur le potentiel des objets connectés.

Dans un autre registre, des enseignes comme AG Insurance ou Baloise Insurance ont récemment testé des systèmes de boîte noire embarquée dans les voitures pour enregistrer le comportement du conducteur. L’objectif est le même que pour les données de santé: comment repérer et récompenser les comportements prudents.

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