1969-2019: Eddy Merckx, plus iconique que jamais

Eddy Mercks à Woluwe en 1969. ©belga

Cinquante ans après sa première victoire au Tour de France, Eddy Merckx reste sans doute le Belge le plus connu au monde. Une célébrité qui tranche avec la modestie et la bonhomie du personnage, parfois appelé le dernier des Belges. Après le Roi.

Si vous ignorez que le Tour de France part de Bruxelles cette année, il s’agit de consulter d’urgence. Impossible d’y échapper: depuis, des mois, le nom "Grand Départ" est partout. Ou plutôt son premier ambassadeur, Eddy Merckx.

Cinquante ans après sa première victoire dans l’épreuve cycliste la plus connue au monde, le "cannibale" reste une icône dans le milieu du cyclisme. Le Tour 2019 en est la meilleure preuve. Initialement, l’épreuve devait partir de Vendée, mais lorsque les organisateurs se sont rendu compte que l’édition 2019 coïncidait avec le 50e anniversaire de la première des cinq victoires d’Eddy Merckx, et le 100e du premier maillot jaune, que Merckx a porté le plus grand nombre de jours, les organisateurs ont voulu changer leur fusil d’épaule.

Sur son seul nom, Eddy Merckx peut bouleverser l’organisation du Tour de France.

 Pas question d’ignorer la Belgique et encore moins Bruxelles ville où il a passé son enfance — gamin Eddy livrait à vélo les clients de l’épicerie parentale de Woluwé-Saint-Pierre. "Il a d’abord été envisagé de quand même partir de Vendée et de faire un crochet par la Belgique, mais les étapes de montagne auraient été alors disputées trop tard; il a aussi été question de faire partir l’édition 2020 de Bruxelles, mais 50 ans après sa 2e victoire cela n’aurait eu aucun sens, raconte Rodrigo Beenkens, journaliste à la RTBF et un des plus fins experts en "merckxisme". Ce qui a changé c’est l’arrivée d’une nouvelle direction au sein des organisateurs vendéens qui a compris le caractère symbolique de l’événement et accepté de reculer le départ d’une année dans leur région. Il y a aussi le directeur du Tour Christian Prudhomme qui, bien plus que le monde politique, a œuvré pour que le Tour parte de Bruxelles."

C’est cela aussi la légende Eddy Merckx. Son nom suffit à bouleverser l’organisation, pourtant réglée au cordeau du Tour. Car aujourd’hui le champion aux 525 victoires fait l’objet d’un véritable culte comme du temps de sa gloire sportive, lorsqu’il était aussi une icône publicitaire (apparaissant dans des "réclames" pour la poudre à lessiver Ariel, l’huile de frites Resi et… les cigarettes R6. Une autre époque…). Hypersollicité pour des conférences, interviews et autres apparitions publiques "mon petit Eddy" comme l’appelait Luc Varenne, a une station de métro à son nom et depuis peu un square à Woluwé. Il fait l’objet d’une abondante littérature, d’expositions, d’émissions spéciales, d’une tornade d’articles dans les médias. Un fan de la première heure, a même réédité, 50 ans après, un jeu de société tout à sa gloire. A 74 ans, on n’a pas fini d’entendre parler du plus grand champion cycliste de l’histoire.

"Eddy Merckx ne se rend pas compte de son aura"

Le journaliste sportif à la RTBF, spécialisé dans le football et le cyclisme, Rodrigo Beenkens fréquente Eddy Merckx depuis près de trente ans.

Quand avez-vous rencontré Eddy Merckx pour la première fois?

©Roger Viollet/Getty Images

La veille de mon premier Milan-San Remo en mars 1990. C’était ma première grande course. Je préparais mes fiches, j’étais très stressé. J’ai reçu un coup de fil dans ma chambre d’hôtel. Marc Jeuniau directeur des sports de la RTBF, me demandait d’aller manger avec Eddy Merckx en disant à ce dernier: "Occupe-toi du petit". Au début j’ai refusé, très impressionné, mais finalement on s’est retrouvé dans un resto avec Roger De Vlaeminck (un des grands rivaux de Merckx à l’époque, NDLR). Je les ai écoutés échanger leurs souvenirs sans rien dire. Heureusement, car le lendemain toutes mes notes se sont envolées durant la course. Pour meubler, j’ai raconté les anecdotes entendues la veille. J’ai alors compris l’importance du relationnel dans ce métier. Par la suite on est devenu amis. Il m’a accompagné comme consultant sur des courses d’un jour et sur trois Tour de France.

Comment expliquez-vous que son aura soit intacte 50 ans après sa première victoire au Tour?
Il y a effectivement une transmission générationnelle qui s’est faite. Lors d’une exposition qui lui est consacrée à Woluwé-Saint-Pierre, les enfants l’applaudissaient c’était magnifique, même s’ils ne l’ont jamais vu rouler. Je crois que ce qui a marqué les gens c’est qu’il incarnait le panache, autant que la victoire, la force de caractère, la volonté. Aujourd’hui, pour réussir dans le vélo il faut énormément bosser. À l’époque le talent pouvait suffire. Lui n’était pas le plus doué de tous, je pense, mais il roulait sans cesse, par tous les temps y compris le jour du nouvel an où il partait s’entraîner sur la piste. Et puis c’était le début des problèmes communautaires, le Belge ne croyait plus dans son pays. Lui, les a rendus fiers, cela dépassait le sport. Car il a aussi l’avantage d’être asexué communautairement. Pour certains, c’est le dernier des Belges, un des derniers bastions de l’unité du pays.

Aujourd’hui, il y a toute une idolâtrie autour du personnage, des publications en tous genres, des expositions, etc. C’est fou, non?

Ce qui est paradoxal, c’est qu’il n’a plus grand-chose à lui. Il a donné son premier maillot jaune au Roi Baudouin. Il ne doit plus lui en rester que deux. C’est quelqu’un qui veut faire plaisir à tout le monde. Sa vie aurait été plus simple s’il avait su de temps en temps dire non. Avec le Tour, il est sollicité de toutes parts, il est soumis à une multiplication d’obligations. Je crois qu’il ne se rend pas compte de son aura. Dans une conférence que j’animais avec lui, je lui ai demandé ce qui lui manquait, il m’a répondu: "la paix". C’est sorti spontanément!

Quand il a arrêté carrière, il s’est lancé dans le business et a créé sa marque de vélo. C’était indispensable pour nourrir sa famille?
Il faut comprendre que le vélo c’est toute sa vie, contrairement à Bernard Hinault - sans doute le plus grand champion après lui - qui, quand il a stoppé sa carrière, n’y a quasiment plus touché. Merckx, s’il ne peut pas faire du vélo deux fois par semaine, il en est malade. Coureur, il était très pointilleux au point d’être le cauchemar de ses mécanos. Dans son esprit, il fallait donc qu’il continue dans le secteur. En outre financièrement, il n’est pas arrivé à un bon moment. Certes, il était celui qui gagnait le mieux sa vie dans le peloton, mais cela n’a rien à voir avec les coureurs actuels. Aujourd’hui, un champion qui court 50 jours par an assure ses arrières pour la vie. Merckx, lui, courait 250 jours par an, mais cela ne suffisait pas.

A-t-il réussi son après-carrière?
Seul lui peut répondre. Je n’ai jamais évoqué avec lui le business. Je n’ai pas voulu m’en mêler. Mais avoir son entreprise chez lui, à Meise, à son domicile lui a permis de vivre une vie familiale heureuse avec ses enfants et ses petits-enfants.

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