Autour du Mont Blanc, le business de l'ultra-trail court à toute vitesse

Parmi les 2.300 participants à l'UTMB figurent une quarantaine de Belges. ©BELGAIMAGE

La grand-messe de la course nature se termine à Chamonix avec, en apothéose la victoire du français François d'Haene dans l’épreuve reine: l’Ultra-Trail du Mont Blanc. Au total, 8.000 forçats du dénivelé auront crapahuté autour du massif du toit de l’Europe. Au-delà des performances, il y a aussi un business à son pic.

Cent-septante et un kilomètres, 10.000 mètres de dénivelé positif, trois pays traversés (France, Italie, Suisse)… 2.300 "ultra-trailers" (l’ultra-trail est une course à pied en milieu naturel de plus de 42 km avec fort dénivelé), dont une quarantaine de Belges, ont enchainé escalades et descentes autour du massif du Mont-Blanc à la recherche du graal, ce statut de "finisher" qu’ils pourront fièrement partager sur les réseaux sociaux. À condition de terminer la course sous les 46h30, les meilleurs mettant environ 22h. 

Au point que pour sa 15e édition, l’épreuve présente un plateau royal: la méga-star, l’Espagnol Kilian Jornet (qui a défrayé la chronique cette année en grimpant deux fois l’Everest), triple vainqueur, les Français François D’Haene et Xavier Thévenard (deux victoires chacun) ou encore, l’Américain Jim Walmsley, n°1 mondial de l’ultra-trail en 2016. Et c'est finalement, François D'Haene qui a remporté l'épreuve pour la troisième fois au terme d'une nuit qui avait vu la domination de Wamsley. François d’Haene réalise un coup double sur cette édition à succès de l’UTMB, avec un nouveau record de 19h01’54.

5 courses
L’UTMB, c’est aujourd’hui 5 épreuves de 56 à 209 kilomètres, dont la course reine, l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, disputée sur 171 km avec 10.000 mètres de dénivelé positif.

Car si l’Ultra-Trail du Mont-Blanc n’est, paraît-il, pas la plus difficile des épreuves du genre – le Tor des Géants dans le Val d’Aoste (330 km!), la Diagonale des Fous à La Réunion ou la Hard Rock 100 aux Etats-Unis sont encore plus costauds – l’UTMB est, de loin, la plus prestigieuse. "C’est son cadre exceptionnel qui lui vaut cette réputation", confirme Christian Loos en charge du marché du trail-running chez Salomon, l’équipementier numéro un de la discipline.

Qu’il est loin ce jour de la fin août 2003 où, à l’initiative du couple Catherine et Michel Poletti, toujours aux commandes, 700 coureurs et coureuses s’élançaient autour du toit de l’Europe pour une épreuve dantesque que seuls 67 participants parvinrent à terminer. Très vite, l’UTMB acquit une réputation mondiale par son originalité, sa difficulté et son décor grandiose. Flairant le bon coup, les organisateurs multiplièrent les épreuves, la plus "petite" faisant 56 km, la plus longue (une épreuve de randonnée par équipe sans classement) 290! Soit un total de cinq courses dont l’UTMB et ses 171 km reste la plus prisée. Au total 8.000 coureurs venus de 92 pays participent à l’ensemble des courses.

Tirage au sort

Les dossards s’arrachent comme des petits pains. Au point que pour espérer y participer, il faut acquérir des points lors de différentes courses organisées tout au long de l’année, notamment en Belgique, permettant de participer à un tirage au sort. D’abord parce que la course est victime de son succès. Ensuite, parce qu’elle n’est pas vraiment accessible au simple joggeur du dimanche… L’engouement est tel que chaque année, les organisateurs doivent refuser des milliers de candidatures.

Au fil du temps, l’UTMB est ainsi devenu une grosse machine. Son budget a décuplé et tourne autour du million d’euro. Pendant, l’année, une équipe de sept personnes à temps plein gère les différentes épreuves, auxquelles s’ajoutent, la semaine de l’événement, 2.000 bénévoles. Les retombées économiques pour la région (hôtels, restaurants, commerces…) sont évaluées à 7,5 millions d’euros. "Jusqu’en 2008, les hôtels pratiquaient fin août des tarifs de basse saison, aujourd’hui, ce sont ceux de la haute voire de la très haute saison qui sont pratiqués", indiquait cette semaine au site Lyoncapitale.fr l’organisatrice Catherine Poletti.

L’UTMB a largement contribué à l’engouement pour le trail et vice versa. "Sans faire de la philosophie à deux sous, ce mouvement s’inscrit dans une tendance de retour à la nature à l’instar du boom de l’alimentation bio, décode Christophe Thomas, fondateur des magasins de running Trakks qui a terminé l’UTMB 2016 en moins de 35 heures; les gens ont besoin de se retrouver eux-mêmes, de se surpasser pour se prouver quelque chose. Avec les dérives que cela comporte. Il y a beaucoup d’égocentrisme. C’est fou le nombre de gens qui postent sur les réseaux des photos de leurs exploits!"

Outil marketing

Les grands équipementiers – Salomon, Columbia, The North Face, La Sportiva, Hoka, Asics… – ont bien compris cet engouement. Ils ont multiplié les innovations et les gadgets pour améliorer le confort des coureurs: vestes 100% imperméables, chaussures sur mesure, vêtements ultralégers, boissons et snacks énergisants, montres cardio avec GPS et altimètre… "L’équipement complet pour une course comme l’UTMB peut coûter jusqu’à 2.000 euros", assure Christophe Thomas.

©photonews

Ces nouveautés, les fabricants aiment les présenter, entre autres, au Salon de l’Ultra-Trail organisé en marge de l’UTMB, soit 160 exposants, 50.000 visiteurs… Un bel outil marketing, très captif car il permet aux marques de toucher les consommateurs au cœur même de leur passion sportive. D’autant que la discipline est pratiquée par un public plus mûr (la moyenne d’âge est de 42 ans), plus aisé, et donc plus dépensier, qui délaisse les courses sur route. "À cet âge, on commence à perdre de la vitesse et on veut moins dépendre du stress du chrono", observe Christophe Thomas.

"Un des atouts d’une course comme l’UTMB c’est qu’il rassemble élites et simples amateurs passionnés, embraie Christian Loos. Les meilleurs sont restés accessibles et à ma connaissance seul Kilian Jornet vit de son sport, les autres ont un autre métier, comme le double vainqueur, François D’Haene, qui est viticulteur. Tout cela renforce l’identification aux champions." Le genre d’argument qui fait tilt auprès des marques. "Aux yeux des coureurs lambda, ce sont des stars, mais ils restent très abordables, on peut facilement discuter avec eux sur les courses", ajoute Christophe Thomas.

Le marché du trail a connu jusqu’il y a peu une croissance à deux chiffres. Aujourd’hui, elle tourne autour des 5 à 6% en France (environ 500 millions d’euros de chiffre d’affaires) mais est supérieure en Belgique où l’engouement a démarré plus tard. L’UTMB, lui, reste florissant. La course est très médiatisée. Retransmise sur les réseaux sociaux avec une application permettant de suivre individuellement les coureurs, et en direct et sur sa Web TV, l’épreuve attire plus de 250 journalistes. Au point que ses organisateurs ont commencé à délivrer des licences au Japon et en Chine, avec l’ambition d’accorder cinq labels UTMB par continent, l’idée étant, comme le relevait récemment le magazine Stratégies, de renforcer le leadership de la marque UTMB et de créer de la valeur ajoutée pour les sponsors. Le trail? Un business qui atteint des sommets.

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