reportage

Salvatore Curaba, le sauveur du club de La Louvière

©Anthony Dehez

La meute est de retour à La Louvière. Le fondateur d’Easi crée un club qui veut rompre avec les mauvaises pratiques. Ethique, participation des supporters et transparence sont les principes fondateurs de ce club qui veut faire vibrer toute la région du Centre.

La RAAL, quatre lettres pleines de nostalgie pour La Louvière. Au stade Tivoli, dès la saison prochaine, un nouveau club prendra le nom de l’ancienne Royale association athlétique louviéroise. Un club qui avait dû mettre la clé sous le paillasson en 2009 après 87 ans d’histoire. Derrière le projet, un homme: Salvatore Curaba, le fondateur d’Easi, qui a une idée très précise de la direction qu’il veut prendre. Son projet se veut une petite révolution dans le football belge.

Pour bien comprendre ce que ce quinquagénaire entend faire de son club, il faut d’abord connaître son modèle d’entreprise. Spécialisée dans les logiciels, Easi est une société participative dont 41 employés sont actionnaires. C’était la volonté de Salvatore Curaba dont l’idée est d’impliquer un maximum de travailleur tout en mettant en avant de nombreuses valeurs humaines, de l’éthique et tout simplement, le bonheur. Un modèle qui fonctionne bien.

"Tout sera transparent. Nous serons le club le plus clean du foot amateur."
Salvatore Curaba
fondateur d’Easi et du nouveau club de foot de la Louvière

"Un club de football ne peut plus appartenir à un seul homme, mais à des citoyens, estime Salvatore Curaba. Ce n’est pas mon club, ce sera notre club. Je considère qu’on a plus de chances de réussir, si on est plus nombreux à investir." La RAAL nouvelle aura un capital fixe de 1,5 million d’euros. Sept actionnaires à 50.000 euros et un autre à 10.000 euros ont déjà rejoint l’aventure. Salvatore Curaba va mettre 550.000 euros et Easi participera à hauteur de 500.000 euros.

À côté de ce capital fixe, un capital variable d’environ 500.000 euros est prévu. De l’argent qui doit venir de la base. L’idée est de trouver des participations de 10.000 à 30.000 euros chez les petits commerçants et les professions libérales de la région. Salvatore Curaba espère aussi lever jusqu’à 200.000 euros chez les supporters investisseurs à concurrence de 1.000 euros par actionnaire, libérable en deux fois (500 euros cette saison, 500 euros l’année suivante). Un travail qu’il vient de débuter. Début mai, une trentaine de supporters avaient déjà répondu présents. Il pense arriver à une centaine d’investisseurs sans difficulté. Chacun d’entre eux détiendra une part du club.

Deux clubs au Tivoli

Il y a déjà un club au stade Tivoli, l’URLC, l’Union royale La Louvière Centre. Il s’agit en fait du club l’Union Royale du Centre qui a décidé de changer de nom et de tenter, lui aussi, de capitaliser sur le potentiel de supporters laissés par la faillite de la RAAL en 2009. "Les Louviérois ne s’identifient pas à ce club. Ils font une bonne saison et ils n’ont presque pas de supporters, estime Salvatore Curaba qui a voulu reprendre ce club. Les montants demandés étaient trop importants et il y avait trop d’inconnues et de cadavres dans les placards. Ils ne voulaient pas s’engager sur ces inconnues."

©Anthony Dehez

Il est bien conscient que la présence de cet autre club qui affiche aussi le Loup comme emblème et revendique l’héritage de La Louvière peut provoquer quelques remous, mais il estime qu’il y a la place pour un nouveau club dans une région du Centre avec un énorme potentiel de supporters. Il ne demande d’ailleurs pas de faveur aux autorités, mais exige d’être traité sur un pied d’égalité. Cette année, les deux clubs évolueront au Tivoli.

Ethique, valeurs humaines, transparence… Lors de notre rencontre, ces termes reviendront constamment dans la bouche de Salvatore Curaba. Il estime que c’est la seule manière de créer un projet fédérateur à même de redorer le blason de la région du centre. L’ancien RAAL avait en effet défrayé la chronique pour son implication dans des affaires de paris truqués.

Le loup se veut éthique

Salvatore Curaba veut donc changer cette mauvaise image de La Louvière. En tant que Louviérois et ancien joueur de foot pro, il en connaît un rayon sur ce qui se fait dans le monde du ballon rond. Il pense que l’on peut pourtant faire les choses autrement. Ce n’est d’ailleurs pas le football à proprement parler qui l’intéresse, c’est "rassembler des gens. Je pense que je peux faire un modèle équivalent à Easi dans le football basé sur les valeurs humaines, sur le bonheur des supporters, des parents, du respect, de ne pas considérer le joueur de foot comme un objet que l’on jette…". Ses équipes ont ainsi sélectionné soigneusement tous les joueurs et les entraîneurs en leur faisant passer de véritables entretiens d’embauche. Une première pour beaucoup des interviewés plus habitués à évoquer l’argent. Salvatore Curaba ne fera pas dans le paiement au noir, une habitude dans de nombreux clubs amateurs. Dans la nouvelle RAAL, tout le monde sera sous contrat, l’ONSS sera payée, etc. Salvatore Curaba en fait un point d’honneur. Il le promet, son club sera "le plus clean du foot amateur".

Il espère de cette manière mobiliser les supporters. "Dans le football amateur, le seul moyen de survivre ce sont les supporters et les sponsors", pointe-t-il. Il n’y a en effet pas de TV. Le budget annuel sera de 750.000 à 800.000 euros. Si ça ne marche pas, Salvatore Curaba ne compte pas refinancer le club. Certains investissements importants ont déjà été réalisés comme le rachat du matricule de Couillet pour 200.000 euros, soit cinq fois moins que le million que demandait l’URLC. "Pour que ça marche, c’est simple: il faut bien communiquer, être transparents, avoir des joueurs qui ont une éthique, qui vont se battre et être respectueux. Comme pour les entraîneurs, on a été très sélectifs. On n’a pris aucun mercenaire. Tous les deux mois, je vais publier les résultats. Je ne veux rien cacher. C’est une bonne manière d’attirer des supporters et des sponsors", détaille le patron.

Dans le même temps, il parie sur la formation et pense pouvoir sortir à terme 2 à 3 bons joueurs par an. "Chez Easi, nous avons l’habitude de former les vendeurs nous-mêmes et nous avons certainement les meilleurs vendeurs de Belgique", rappelle-t-il. Il estime que le modèle est transposable au sport. Il pointe les 4 grandes qualités d’un joueur de foot: technique, tactique, morale et physique. "Le physique, ça s’entraîne. La morale et la tactique, ça se travaille, la seule chose qui est plus compliquée c’est la technique, et encore. On peut apprendre à tirer ou à dribbler même si on ne sera jamais un Messi."

Chez Easi, le patron fait confiance à ses managers et les laisse prendre des décisions stratégiques. "Mon rôle, c’est d’augmenter la notoriété d’Easi et d’aider mes managers quand ils en ont besoin. Ça ne justifie pas un temps plein." La RAAL constitue donc un défi personnel. "Suis-je encore capable de réaliser un projet, un défi d’envergure ? se questionne Salvatore Curaba. En tant qu’ancien joueur pro et homme d’affaires qui a réussi, je pense que c’est mon rôle de fonder un club. Mais c’est un projet pour des bonnes raisons, pour les habitants de la Louvière."

Son ambition: la D1A. "Je ne sais pas si ce sera dans 6 ou 10 ans, mais on y arrivera." Pour cette saison 2017-2018, la RAAL évoluera en D3 amateurs, soit l’ancienne promotion.

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