Un nouveau sport de combat est né, inspiré par la saga Star Wars

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Lancée en Italie, la "Ludosport Academy" enseigne une étrange discipline: le combat sportif au sabre laser. Cette franchise est présente dans sept pays européens et bientôt à Bruxelles. La saga de science-fiction inspire une nouvelle "religion". Des fans de la saga "Star Wars" (dont l’épisode 7 sort ce mercredi) ont codifié, à partir des films, les règles du combat. Immersion dans un camp d’apprentis Jedi.

Angela a presque réussi à remonter l’Amazone en pédalo, sillonner l’Antarctique en cyclotandem, survoler la Chine en montgolfière, chuter du Niagara en élastique, parcourir les égouts de New York en Canoë, traverser le désert de Gobi en char à voile, enchaîné saltos avant et arrière, roulades et roues sur les toits, façades et mobiliers urbains de Sidney. Mais c’est en plein cœur d’une petite salle de danse, coincée au fond d’un passage, entre les quartiers du Père-Lachaise et de Ménilmontant, qu’Angela s’apprête à réaliser son plus bel exploit.

Depuis une semaine, Paris est le QG des vrais Jedi. Non, pas ceux qui zappent dans l’au-delà et attendent que la neige cendrée ait fini d’emplir l’urne télévisuelle. Ni ceux qui, du bout de leurs manettes, tricotent de grands espoirs aux commandes d’un Snowspeeder sur la planète Hoth, zigzaguent entre les arbres de la forêt d’Endor pour aller dézinguer les soldats de l’Empire dans les canyons de Tatooine. Non, ceux-là peuvent continuer à rêver dans leur canapé.

"Dès qu’on est touché, on meurt, c’est pourquoi nous devons être fair-play..."
Ugo Cesare Tonelli
Formateur de Jedis

Angela, elle, appartient à "l’ancienne garde". Celle de l’ancienne République, née avant l’Empire et sa panoplie de produits dérivés. "Quand j’étais gosse, le sabre laser était de loin l’arme de cinéma la plus cool, la plus emblématique et la plus demandée de tous les temps. J’ai longtemps cru que l’entraînement et la discipline Jedi ne tenaient, comme le sabre laser, que de la fiction. J’avais tort." Depuis un an et demi, cette jeune Australienne pratique le combat sportif au sabre laser. L’arme noble d’une époque civilisée.

Tout est en ordre dans le petit vaisseau parisien. Gaël ronchonne, Jérôme fait des blagues, Iga dévore du regard le torse bombé de l’instructeur. Un vrai échauffement de gym commence. On trotte, on slalome, puis on malaxe ses poignets, on roule les épaules et le cou, on travaille les genoux, les chevilles. "Indispensables, les chevilles", lance l’instructeur! La plupart portent un molleton, pantalon de sport très large. Quelques-uns ont osé le kimono. Mais, dans le gymnase, pas de masques de Dark Vador, ni de costumes de Stormtroopers. "On évite les références directes au film, qui pourraient attirer les foudres de Disney, Lucas et autres ‘ayants droit’, s’excuse Ugo Cesare Tonelli. D’ailleurs, on ne s’habille pas comme des Jedis, car nous ne voulons pas usurper nos propres identités."

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Ils sont une dizaine à vouloir se défier "dans le respect de la personne en face de soi". Depuis une semaine, ces passionnés sont formés à devenir de futurs maîtres "Shii-Cho" pour, à leur tour, propager l’art du combat au sabre laser et, pourquoi pas, créer de nouvelles académies.

Ancien escrimeur olympique, devenu formateur de Jedis, Ugo commence par montrer quelques figures à l’épée: passes avant, passes arrière, huit dans les airs, changement de main devant soi, puis dans le dos. Chaque mouvement est plus difficile que le précédent et semble répondre aux rouages d’un système, d’une méthode d’enseignement structurée.

Sept styles de combat

Né en Italie, sous l’égide de trois fans de Star Wars et d’arts martiaux, le Ludosport repose sur une véritable technique, codifiée à partir des films et de la littérature de la célèbre saga. Ugo Cesare Tonelli explique: "Tout est parti d’une simple question: comment pourrait-on se battre avec un sabre laser? On doit imaginer que, contrairement à n’importe quelle arme blanche, tous les bords du sabre sont coupants." Si la chorégraphie a des allures de kendo saupoudré de kung-fu et de taekwondo, elle ne s’en réclame pas. Le Ludosport suit sa propre logique, un système technique complet et un langage commun. "Ce sport se pratique dans le contrôle, à la touche. Nous mettons un point d’honneur à la sécurité..." Pas question de frapper comme une brute. "Il ne s’agit pas uniquement de manier un sabre laser, mais d’apprendre différents styles de combats, précise l’instructeur. Notre prouesse, c’est qu’au final, chacun des styles peut dialoguer avec l’autre. Tout s’emboîte. Et du coup, on peut exceller dans un style offensif, voire acrobatique, mais perdre un match contre un senior, qui pratique un style plus défensif."

Prix du coupe-choux? 450 euros. Il en va de même pour l’adhésion annuelle à la "Ludosport Academy".

Les gestes s’acquièrent au fil des entraînements et à force de pratique. "La base, c’est le Shii-Cho: le premier style, celui duquel découlent tous les autres", précise Ugo Cesare Tonelli. "Il repose surtout sur des techniques de parades et d’attaques." Car l’objectif du sport est de toucher au maximum l’adversaire, en évitant de son côté d’être touché.

Le cursus est organisé par paliers, suivant un "programme académique" qui reproduit les règles strictes de la tradition Jedi. Comme avec les ceintures du judo, le "padawan" (l’apprenti) franchit les niveaux jusqu’à devenir maître Jedi, puis chevalier. "Contrairement aux arts martiaux, on n’évolue pas en gagnant une ceinture mais en finissant un style. Il faut plus de dix ans pour maîtriser les sept styles de combat répertoriés." Pour évoluer, on peut apprendre chaque style en tant qu’élève, suivre des formations pour donner cours ou maîtriser l’un des sept styles. "Mais maîtriser veut dire qu’on a une connaissance encyclopédique des mouvements", précise Ugo.

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Les combats se déroulent en duels et suivent un jargon très technique. Il existe un nom pour chaque coup et chaque parade, qui doit être annoncé au moment où ils sont effectués. "Le Ludosport ne fonctionne pas en tant que chorégraphie, mais en tant que véritable discipline sportive. C’est parfois très codifié, mais on laisse la place à l’improvisation, à l’intelligence du corps et au jeu. Dès qu’on est touché, on meurt, c’est pourquoi nous devons être fair-play." En réalité, le Ludosport n’est pas une discipline violente. Puisque chaque coup est éliminatoire, il n’y a quasiment pas d’impact. "C’est cet aspect qui plaît aux femmes, assure Ugo Cesare Tonelli. Tout se joue sur l’agilité et l’esquive."

Détecteur de mouvements

Les plus bricoleurs fabriquent eux-mêmes leur sabre composé d’une poignée métallique. Mais la franchise a son arme officielle, dessinée et fabriquée en Italie. "Mon premier sabre laser se résumait à une lampe torche fixée au bout d’un boudin gonflable, explique Daniele Maggi. Sur les modèles plus chers, la lampe était accrochée au bout d’un tube de plastique rigide, parfois percé de trous pour faire “vvv-vvv” quand le sabre fendait l’air. Bref, tout ça laissait vraiment à désirer."

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Mais au bout d’un an de recherches, cet ancien ingénieur devenu salarié de Ludosport, a mis au point un sabre bourré d’électronique, qui reproduit le même bruissement électrique que dans le film. "Regardez: il n’y a aucun bouton. L’arme s’allume dès qu’elle détecte un mouvement. La lame, le poignet, les gravures, l’électronique… Tout a été conçu comme si c’était une vraie arme de combat." Soupesant l’objet mythique, Daniele poursuit: "Cela fait près d’un kilo. Cette lame d’1m10 est en polychrome ultra solide. Elle est à la fois souple et capable de résister aux chocs." Le reste de l’objet se compose d’une carte son, d’une pile et d’une poignée dans laquelle est intégrée une LED haute densité. "Grâce à un câble USB, vous pouvez connecter le sabre à un laptop et choisir le spectre lumineux qui vous convient." Seule règle: le bleu est réservé aux débutants. "Mais du rouge au turquoise, toutes les nuances sont possibles." Prix du coupe-choux? 450 euros. Il en va de même pour l’adhésion annuelle à la "Ludosport Academy".

Malgré les frais, plus de 400 jeunes côtoient la structure en Italie. Et ils sont désormais un millier à s’entraîner régulièrement en Suède, en Grande-Bretagne, en Russie, en Espagne et à Paris. "Le succès est tellement grand qu’on organise un championnat du monde, chaque année à Milan, explique Ugo Tonelli. Et, avec la sortie du nouveau film, on s’attend à un nombre record d’inscriptions."

La journée arrive à sa fin. Un cercle se forme. La lumière s’éteint. Puis, une dizaine de bras croisent le fer. Ou plutôt leur spectre lumineux. Un couple s’avance. Gros plan sur les sourcils d’Angela. Le combat peut commencer. Ça va bien se passer: il y aura de la neige sur Tatooine et des Stormtroopers tout de blanc vêtus. Ça va passer, Luke finira par digérer les huîtres, le foie et la famille. Ça passe, de justesse, mais ça passe. Sans élan, un gars vient de bondir à 1,20 m de haut, tourner sur lui-même et asséner un petit coup à Angela. Moulée dans un kimono-sweat bleu nuit, la voilà qui baisse le spectre lumineux de son arme postiche, les yeux aussi. Puis murmure à son endroit un petit son enfantin "o..." – cette voyelle ridicule, détestée de tous les apprentis Jedi. "O", explique Daniele, "c’est ce que déclare un Jedi lorsqu’il vient d’être blessé mortellement; ‘i’, c’est moins grave, on peut continuer le combat."

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