À 40 ans, les 20 kilomètres de Bruxelles sont devenus le plus grand événement de team building du pays

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Sport, santé, solidarité, partage: les valeurs véhiculées par les 20 kilomètres de Bruxelles, qui fêtent leurs 40 ans cette année, rassemblent ONG et entreprises. Dans une semaine, deux tiers des participants courront en équipes.

Quarante mille dossards écoulés pour un quarantième anniversaire: c’était, à une dizaine de jours de l’événement, l’espoir de l’organisateur des 20 km de Bruxelles, le Syndicat d’Initiative de Bruxelles Promotion. Si tout va bien, donc, 40.000 paires de mollets auxquelles s’ajouteront 2.000 sportifs à mobilité réduite arpenteront à nouveau le dimanche 19 mai les artères de la capitale, sous les yeux du roi Philippe qui donnera le départ.

40.000
dossards
C'est le nombre de dossards écoulés cette année à l'occasion des 40 ans des 20 kilomètres de Bruxelles.

Parmi eux: 49 vaillants coureurs qui ont participé sans discontinuer à toutes les éditions. L’un de ces jubilaires s’appelle Dominique Foubert, 71 ans. Cet ancien employé de Pfizer est administrateur de l’ONG ATD Quart-Monde. Il pilote l’initiative "On ne laisse personne derrière". "Comme nous soutenons les personnes les plus fragilisées, nous avons symboliquement choisi cette année d’accompagner les derniers coureurs afin de franchir avec eux la ligne d’arrivée", explique-t-il. Le projet réunit 8 ONG (Médecins du Monde, CNCD 11.11.11, Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés, etc.) qui ont réuni leurs forces pour courir les 20 km (inscription, logistique, vestiaires…) et sensibiliser des entreprises à leur cause. "Chez ATD, nous avons l’appui d’entreprises comme Credendo, BFF et Technor, se réjouit-il. Elles invitent leur personnel à courir, paient le double du prix du dossard et nous versent la différence."

Aujourd’hui, environ deux participants sur trois courent en équipe. Il y en aura plus de 650 cette année. "Il y a toujours eu des équipes d’entreprises et d’ONG, mais l’association des deux est croissante", note Carine Verstraeten, cheville ouvrière depuis le début des 20 km de Bruxelles. Généralement, dans ce type d’association, l’entreprise paie le dossard de ses employés, y ajoute un certain montant qu’elle reverse à une ONG et demande à ses coureurs de se faire parrainer pour gonfler la cagnotte. "Depuis plus de dix ans, nous alignons une équipe d’une centaine de coureurs et nous versons la moitié du prix de l’inscription à l’Unicef; d’autres sociétés font de même", dit-on ainsi chez GSK.

"Il y a toujours eu des équipes d’entreprises et d’ONG, mais l’association des deux est croissante."
Carine Verstraeten
organisatrice des 20 km de Bruxelles

Des valeurs qui fédèrent

Les chiffres-clés

34.700 participants (au 10 mai), dont 49 auront disputé les 40 éditions. S’y ajoutent 2.000 handisports.

32% de femmes La participation féminine est en croissance constante.

131 nationalités présentes Soit 25% des participants. Les coureurs viendront de 80 pays.

250.000 bouteilles d’eau distribuées aux coureurs aux 6 points de ravitaillement.

650 équipes La plus grosse est Running for Europe (fonctionnaires européens), avec plus de 1.350 coureurs.

 

De son côté, la Croix Rouge qui, avec 500 inscrits, arrive dans le top 3 des équipes les plus nombreuses, fédère autour des 20 km une quinzaine d’entreprises et fédérations à sa cause (Infosys, Agoria, Lab-Box…) auxquelles s’ajoute le producteur de pansements Hartmann qui sponsorise l’ONG. "Nous coordonnons toute l’organisation inscriptions, t-shirt marqué du logo de la Croix Rouge et de l’entreprise, logistique sur place. En échange, les entreprises paient le dossard et versent en général une centaine d’euros par coureur inscrit et les invitent à se faire parrainer", décrit François Schmidt, coordinateur des projets marketing et communication à la Croix Rouge. Pour lui, les 20 km sont un outil de sensibilisation unique. "Le sport est un excellent outil de team building, mais quand on peut y ajouter un élément de responsabilité sociétale, c’est le mix parfait, sans compter les retombées en termes d’image." L’an dernier, la Croix Rouge a ainsi récolté quelque 80.000 euros lors des 20 km.

Dépassement de soi, santé, partage, solidarité, esprit d’équipe: les valeurs véhiculées par les 20 km de Bruxelles sont très prisées par les entreprises. Même s’il a parfois un petit côté kermesse et que la foule rebute certains coureurs, l’événement est parvenu à éviter le côté très commercial de grands marathons et trails, avec leurs salons du running et dossards hors de prix. "Grâce au soutien de nos partenaires privés et publics, nous sommes parvenus à maintenir à 25 euros le prix du dossard", se félicite Carine Verstraeten.

"Le sport est un excellent outil de team building, mais quand on peut y ajouter un élément de responsabilité sociétale, c’est le mix parfait, sans compter les retombées en termes d’image."
François Schmidt
coordinateur des projets marketing et communication à la Croix Rouge

Des sponsors au taquet

D’où le choix de certaines sociétés de sponsoriser la grand-messe belge du running Spadel un des principaux partenaires (avec KBC, Delhaize, Total, Group S, Garmin et Vivacité, chacun contribuant à hauteur de 50.000 euros) est aussi le plus fidèle car il hydrate les coureurs depuis 38 ans. S’y ajoute un partenariat avec Bruxelles Propreté, Fost Plus et Bruxelles Environnement afin d’améliorer la récolte et le tri des nombreux déchets qui jonchent le parcours après le passage des coureurs. "Nous allons placer cent containers le long du parcours pour limiter le jet de déchets, commente Christine Vanormelingen, porte-parole de Spadel, les bouteilles seront recyclées au profit de projets comme Lemon Tree, Good Planet ou Tiny Forest et les bouchons au profit d’autres associations."

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Si le partenariat de Spadel avec les 20 km semble couler de source, d’autres sponsors y voient surtout un vecteur de communication interne et externe. "Comme société active dans les ressources humaines, cela sonne comme une évidence pour nous, le sport véhiculant des valeurs de santé et de bien-être; nous allons d’ailleurs aligner une équipe de 300 coureurs", indique Virginie Vellemans, directeur ventes et marketing chez Group S. "C’est un événement festif et fédérateur en interne, indique de son côté Maya Zouridakis, porte-parole de Total, sponsor depuis 16 ans. Cette année, nous aurons plus de 430 coureurs de 17 nationalités différentes pour représenter le groupe, des employés et des membres de leur famille."

"Nous allons placer cent containers le long du parcours pour limiter le jet de déchets. Les bouteilles seront recyclées au profit de projets comme Lemon Tree, Good Planet ou Tiny Forest et les bouchons au profit d’autres associations."
Christine Vanormelingen
porte-parole de Spadel


"Les 20 km sont sans doute le plus grand événement de team building du pays, analyse Christophe Thomas, patron de la chaîne de magasins de running Trakks. Il y a bien les Ekidens (des courses-relais inter-entreprises, NDLR), mais aucun n’atteint la taille des 20 km de Bruxelles. C’est aussi bien moins cher et souvent plus efficace qu’un incentive à l’étranger." Cet ultra trailer, qui courra cette année avec une personne à mobilité réduite, constate ainsi un pic des demandes de coaching peu avant l’événement: "Sans faire aucune démarche, nous avons eu une demi-douzaine de sollicitations d’entreprises qui nous ont demandé de préparer leurs coureurs."

Même constat pour Catherine Lallemand, quadruple vainqueur de l’épreuve, aujourd’hui coach en entreprises. Elle a préparé elle aussi plusieurs équipes de sociétés (Degroof Petercam, Puilaetco-Dewaay, Dexia, Touring, Ogilvy SocialLabs…): "J’ai plus de demandes de sociétés qu’avant, même si elles ne sont pas toujours liées aux 20 km. Par contre, il y a une vraie prise de conscience au sein des entreprises de la nécessité de se bouger afin de se maintenir en bonne santé. En général, les demandes de coaching viennent du personnel lui-même, sauf si le patron ou le DRH est lui-même coureur."

Anti-burn-out

Gilles Goetghebuer, directeur du magazine Zatopek et à la base du programme d’initiation à la course à pied "Je cours pour ma forme", ne dit pas autre chose. "C’est dans l’air du temps au sein des entreprises qui comprennent que faire du sport et notamment une course comme les 20 km permet à la fois de garder les personnes en bonne santé, de limiter l’absentéisme et de souder les équipes en interne, beaucoup organisent des entraînements collectifs", relève celui qui organise aussi plusieurs courses, dont les 15 km de Woluwé qui ont lieu ce dimanche en guise d’ultime préparation aux 20 km de Bruxelles. Et comme le confie Johannes Jordens, qui coordonne l’équipe de KBC (200 coureurs), sponsor depuis 25 ans, "c’est aussi un bon moyen de prévenir les burn-out…"

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