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Avec le FC Bruges, Verhaeghe a acheté une Golf pour le prix d’une Lada

En introduisant son club bourse, Bart Verhaeghe, président du FC Bruges, veut faire du football un divertissement hollywoodien. ©BELGA

Avec Bart Verhaeghe, c’est "my way or the highway". L’entrée en bourse du Club de Bruges est l’idée d’un entrepreneur qui ne fait pas dans la nuance.

La bonne affaire du siècle. En faisant entrer en bourse le Club de Bruges qu’il avait racheté en 2012 pour la somme dérisoire de 15 millions d’euros, Bart Verhaeghe va multiplier sa mise par un facteur digne d’un score de forfait. Un 5-0 bien tassé. Le résultat de 10 ans de travail acharné, mêlant grand nettoyage et modernisation accélérée, notamment avec un nouveau complexe pour les jeunes de 16 millions d’euros. Mais, sur le terrain comme en dehors, le Club joue aussi aux avant-postes sur le plan des data, de l’encadrement médical et scientifique et de la numérisation. L’objectif est d’y ajouter dans un an ou deux un stade d’une valeur de 100 millions d’euros. Le Club de Bruges joue gros sur le tapis vert.

L’histoire de la conquête du club des "bleu et noir" est le parfait condensé de la méthode Verhaeghe, un bulldozer issu du monde de l’immobilier (voir ci-contre). En 2010, les dirigeants du Club de l’époque l’invitent à scanner l’ASBL sportive en pleine déconfiture (un peu comme Anderlecht aujourd’hui). Il ne fait pas dans la demi-mesure: il demande à la cellule sportive un paquet de rapports, se plonge dans la comptabilité des années antérieures et, durant un mois, reçoit tous les collaborateurs du Club. Sa conclusion: une révolution est nécessaire.

Impitoyable

Son action est impitoyable. Du Verhaeghe tout craché. Il écarte tous ceux qui ne partagent pas sa vision, y compris le président Pol Jonckheere qui avait fait appel à lui et le remplace par ses hommes. "Bart n’épargne personne. Mais il s’entoure toujours de personnalités fortes et brillantes. Il écoute et tolère la contradiction", souligne un insider. De grosses pointures comme David De Peuter (à présent à la GIMV), Lorin Parys (N-VA) et Jan Van Lancker (CEO d’Uplace) ont travaillé ou travaillent pour lui.

"Chez Bart, sa vision bien charpentée est tellement bien ancrée dans son esprit qu’il peut donner l’impression de tout bousculer sur son passage pour réaliser son point de vue."
Peter Croonen
Président du Racing Genk

Sur le plan opérationnel, Verhaeghe est aux commandes avec le CEO Vincent Mannaert. Les deux sont faits du même béton armé. Sous leurs ordres, le très apprécié responsable commercial Bob Madou et la tête sportive Roel Vaeyens. "Chez Bart, sa vision bien charpentée est tellement bien ancrée dans son esprit qu’il peut donner l’impression de tout bousculer sur son passage pour réaliser son point de vue", fait observer le président du Racing Genk, Peter Croonen. Les deux ont dialogué au sein de l'association des clubs professionnels, la Pro League, avant que le Club ne quitte sa direction pour exprimer sa désapprobation de la politique menée.

D'une ASBL aux abois à la bourse

Passer d’une ASBL aux abois à une société cotée en bourse en dix ans à peine. Quelle est la potion magique de Verhaeghe? "Son parcours est impressionnant, mais il a bénéficié aussi de la faillite de la concurrence", dit-on. "Verhaeghe a transformé le Club, après avoir étudié la question auprès de grands clubs étrangers comme l’Ajax Amsterdam - alors qu’Anderlecht, le Standard et la Gantoise ont été mous du genou."

C’est à mettre à son crédit. Verhaeghe agit comme un interprète de l’espace, à l’instar du footballeur allemand Thomas Müller - dit "der Raumdeuter" - passé maître dans l’art d’estimer l’espace laissé par ses adversaires pour s’y engouffrer. Ainsi, Verhaeghe n’a pas d’égal pour bien évaluer les tendances dans le secteur où il opère.

Il a vite compris à quel rythme le football se développerait pour devenir un secteur économique à part entière et comment les clubs deviendraient un maillon essentiel dans un écosystème en plein boom: la guerre du contenu à l’ère des divertissements planétaires. Le football est, au niveau mondial, un spectacle aussi valorisable qu’un film de Hollywood, une série de la BBC ou un film d’animation de Disney. D’où la création du Club Media House: une maison de production physique et en ligne destinée à alimenter les sponsors, les médias ainsi que ses propres plateformes.

Les fans du Club le hissent à présent au rang de demi-dieu, après l’avoir hué à ses débuts.

Alors, en 2021, il continue à miser sur le big bang de l’univers du football qu’il voyait venir il y a plusieurs années déjà, quitte à ne pas faire partie des heureux élus, entendez les clubs appelés à jouer dans une éventuelle future ligue mondiale.

Nouvel écosystème

L’entrée en bourse est à replacer dans ce contexte: le club est au mieux de sa forme à tous points de vue et le climat boursier est idéal. "Chaque étape que Bart franchit s’inscrit dans un plan plus vaste. Il doit toujours aller de l’avant", dit de lui son ancien partenaire d’affaires, Luc Verelst.

Les fans du Club le hissent à présent au rang de demi-dieu, après l’avoir hué à ses débuts. "Bart, on l’aime ou on le déteste", souligne un insider. S’il ne respire pas la bonhommie des présidents de "club de papa", ses résultats parlent pour lui. "Il pense toujours en termes de croissance, de levier et de return."

Son style "my way or the highway" lui vaut bien entendu quelques inimitiés. Surtout après avoir racheté le Club pour une somme ridicule. "C’était bien joué, il a profité d’une période d’errance du Club aux mains d’une direction faible. Il a reçu une Golf pour le prix d’une Lada. Il va encore multiplier sa mise lors de l’entrée en bourse."

En rachetant le Club pour l’assainir et le transformer, Verhaeghe retrouvait en réalité ses premières amours professionnelles: la reprise de sociétés en difficultés pour les revendre avec profit après un grand nettoyage. Sa spécialité: les boulangeries industrielles. Personne ne pense que ce guerrier indomptable ait mangé tout son pain. À 56 ans, Bart Verhaeghe n’est pas près de lever le pied. "Je suis convaincu que Bart restera le chef de la boîte", entend-on. "Chez lui, c’est tout ou rien."

Bart Verhaeghe a bâti la grande partie de sa fortune en revendant, avec Luc Verelst, l’entreprise immobilière Eurinpro pour 400 millions d’euros. L’entrée en bourse du Club compensera la perte subie sur le projet de complexe commercial Uplace. Pas moins de 85 millions d’euros sont déjà partis en fumée dans ce dossier en forme de procession d’Echternach, alors que la première pierre n’a jamais été posée. Le projet est appelé cependant à renaître sous une autre forme.

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