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interview

Brian Morris, CEO d'Aspria: "Le secteur du bien-être pèse 6.000 milliards de dollars"

Pour le CEO Brian Morris, la moindre des choses serait que les bailleurs partagent à parité le poids de la pandémie avec les entreprises locataires. ©Aspria

La chaîne de clubs de bien-être Aspria se relance avec du cash en provenance du fonds Fortress, dont une partie servira à ouvrir un quatrième club en Belgique.

La chaîne de clubs de sport et bien-être Aspria vient de lever 53 millions d'euros auprès du fonds d'investissement américain Fortress Investment. De quoi financer la relance du groupe après l'année covid ainsi que des projets qui riment avec croissance. Une part des fonds alimentera la construction l'an prochain d'un quatrième club en Belgique, sur le site de l'ancien centre sportif de Solvay à Boitsfort. La pandémie n'est toutefois pas terminée, souligne le fondateur et CEO Brian Morris, qui déplore l'attitude de certains propriétaires immobiliers. Entretien.

Comment Aspria a-t-il digéré l'année de crise 2020?

Cela n'a pas été facile. Nous avons toutefois été heureux de découvrir combien nos clients membres sont loyaux et qu'ils savent que nous leur offrons quelque chose de spécial: beaucoup d'entre eux ont continué à nous payer leur abonnement. Mais l'année a été critique et je ne pense pas que la pandémie soit terminée. Nous avons perdu 35 millions d'euros en chiffre d'affaires (sur quelque 70 millions, NDLR) et nombre de nos employés se sont retrouvés en chômage temporaire. Dans l'ensemble, les gouvernements des quatre pays où nous sommes actifs (Belgique, Allemagne, Italie, Royaume-Uni) nous ont bien aidés à conserver nos emplois et à maintenir le business en vie. Sans cela, nombre d'acteurs du secteur auraient disparu. La crise a aussi montré ou rappelé à tous combien la vie est fragile et combien il importe de veiller à sa santé: nous sommes le partenaire pour les y aider. On a passé le pire, mais avec les variants et la poursuite de la pandémie, je crois que davantage d'aide sera nécessaire. Comme pour la grippe, il faudra sans doute développer un système de vaccination avec révision annuelle.

35 millions €
de perte de chiffre d'affaires en 2020
Aspria a vu son chiffre d'affaires se contracter de 35 millions d'euros l'an dernier en raison de l'impact de la pandémie.

Vos clubs ont-ils perdu des membres?

Oui, pas tant en raison du covid lui-même que des relocalisations des personnes suite au recours au télétravail. À Bruxelles, par exemple, nombre de fonctionnaires européens sont retournés dans leur pays pour télétravailler et ne sont pas encore revenus depuis.

Avez-vous terminé l'exercice dans le rouge?

Évidemment. Comme toutes les entreprises du secteur. Mais nous avons rouvert nos clubs et l'activité reprend bien. Nous venons d'enregistrer notre meilleur mois de juillet en termes de ventes alors que, traditionnellement, les mois d'été sont une période creuse pour nous.

Sous quelle forme Fortress vous a-t-il versé 53 millions d'euros?

Sous forme de prêt. Il y aura également une partie en capital, mais ce sera pour plus tard. Nous sommes ravis d'avoir Fortress pour partenaire.

"Credit Suisse estime que le secteur du bien-être et des produits et services liés vaut 6.000 milliards de dollars au plan mondial."

À quoi servira cette somme?

Une partie à la relance et au réinvestissement dans le business, une autre à la croissance. Et notamment au projet visant à ouvrir un quatrième club en Belgique, sur l'ancien site sportif de Solvay à Bruxelles. Nous avons obtenu le permis de construire et le permis d'environnement. Les travaux vont démarrer en 2022. C'est un gros chantier. Nous tablons sur une ouverture fin 2023 ou début 2024.

Ce projet est-il toujours évalué à 35 millions d'euros?

Plus ou moins, oui. Nous poursuivons aussi d'autres projets. Nous avançons par étapes, avec le soutien de Fortress.

Fortress pourrait-il réinjecter des fonds dans Aspria?

Fortress a la capacité de nous accompagner à différentes étapes, oui. Aspria est un de leurs premiers investissements dans le secteur. Cela montre que le bien-être devient dominant pour les investisseurs. Ce n'est plus un secteur marginal. Credit Suisse a mis sur pied une équipe spécifique à New York, et estime que le secteur du bien-être et des produits et services liés vaut 6.000 milliards de dollars au plan mondial.

Combien de personnes employez-vous dans le groupe et en Belgique?

Le groupe occupe 300 employés plus 200 à 300 freelances. En Belgique, il occupe 200 personnes, freelances compris. Certains sont encore en chômage temporaire.

Et combien d'emplois comptera le nouveau club belge?

60 à 100 employés et autant de freelances. Ce sera sans doute notre plus grand club.

"Je pense que c'est fair-play de diviser le loyer par deux. C'est selon nous la bonne façon de procéder, car ce n'est la faute de personne."

Durant la crise, avez-vous renégocié les loyers de vos clubs avec les propriétaires des bâtiments?

Oui, et c'était un fameux défi. Nous avons obtenu du soutien de la majorité des propriétaires ou des sociétés de leasing immobilier: réalistes, ils ont partagé la peine avec nous. Mais pas tous...

Partagé... à 50%?

Oui, et je pense que c'est fair-play de diviser le loyer par deux. C'est selon nous la bonne façon de procéder, car ce n'est la faute de personne. Partager la charge pour moitié est logique, raisonnable, honnête et figure parfois même dans la loi.

Et en Belgique?

Certains propriétaires ont suivi ces principes, d'autres non, ce qui n'aide pas à consolider la relation entre eux et nous.

Vous voulez dire que cela pourrait altérer, voire mettre fin à vos relations avec eux à l'avenir?

Absolument. En Allemagne, une loi a été adoptée au niveau fédéral en décembre dernier, qui prévoit que le partage de la charge locative à 50-50 est le bon point de départ pour ces négociations sur les loyers durant la pandémie. On peut examiner ensuite s'il faut prendre en compte des circonstances exceptionnelles, sachant que des secteurs ont souffert plus que d'autres du covid. Mais accepter qu'une des parties refuse de partager ce poids n'est pas correct. Et le gouvernement fédéral belge aurait pu aider à régler le problème en suivant l'exemple allemand.

Les phrases clés

  • "Nos clubs ont perdu des membres, pas tant en raison du covid lui-même que des relocalisations des personnes suite au recours au télétravail."
  • "Une partie des 53 millions apportés par Fortress ira à la relance, une autre à la croissance. Et notamment au projet visant à ouvrir un quatrième club en Belgique, sur l'ancien site sportif de Solvay à Bruxelles."
  • "Partager la charge des loyers pendant la crise pour moitié est logique, raisonnable, honnête et figure parfois même dans la loi."

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