Champions du foot business, les Anglais trônent sur l'Europe

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Après une décennie marquée par la domination des clubs espagnols, les clubs anglais occupent enfin le devant de la scène en coupe d’Europe. Voici pourquoi.

Arsenal-Chelsea ce mercredi soir en finale de l’Europa League à Bakou, Tottenham-Liverpool samedi à Madrid en Ligue des Champions. Quatre clubs issus d’un même pays squattant les finales. C’est inédit dans l’histoire de la coupe d’Europe, vieille de 63 ans. Après une décennie marquée par la domination des Espagnols (12 victoires en Ligue des Champions et en Europa League), les Anglais prennent le relais.

"Dans le top 5 des droits TV en Europe, il y a le championnat anglais et puis, les autres, loin derrière."
pierre maes
consultant en droits sportifs

Rien d’étonnant à ça. Le championnat anglais est, de loin, le plus riche. La dernière étude Football Money League de Deloitte (portant sur la saison 2017-2018) place six Anglais dans le top dix des clubs les plus riches de la planète foot. Les clubs concernés par les finales de cette semaine y sont même devancés par les deux clubs de Manchester, éliminés en quart (United, 3e) et en demi-finale (City, 5e). Ils figurent "seulement" en queue de ce top 10, dominé par le Real Madrid et le FC Barcelone. Liverpool est 7e, Chelsea 8e, Arsenal 9e et Tottenham 10e.

Cette richesse, ces clubs la doivent aux droits télé domestiques qui représentent entre 46 et 53% de leurs revenus (hors transferts). "Dans le top 5 des droits TV des grands championnats européens, il y a l’Anglais, qui est nettement au-dessus, et puis les autres", résume Pierre Maes, consultant, auteur de l’ouvrage de référence "Le business des droits TV du foot". À elle seule, la Premier League anglaise capte 1,9 milliard d’euros par saison quand les quatre autres tournent autour du milliard. "Le championnat anglais a été le premier à créer une ligue professionnelle au début des années 90 qui s’est structurée pour vendre au mieux ces droits, expliquait Pierre Maes à L’Echo en février. Avant le contrat signé l’été dernier, les deux précédents appels d’offres lui ont permis de voir ses droits augmenter chaque fois de 70%! Cela a renforcé les clubs qui ont pu attirer les meilleurs joueurs, ce qui a rendu le championnat très attractif, lui permettant de rayonner partout dans le monde, particulièrement en Asie."

L’été dernier, la Premier League a ainsi vendu ses droits TV à l’étranger pour la période 2019-2022 contre 4,8 milliards d’euros, soit une hausse de 30%! De quoi compenser le léger recul des droits domestiques pour la même période.

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Investissements raisonnés

La manne des droits TV n’est pas tout. Les clubs anglais ont su utiliser cet argent de manière plutôt "raisonnée", sans faire de folie sur le marché des transferts. Dans le top 10 des transactions les plus onéreuses de l’histoire selon Transfermarkt, une seule concerne le championnat anglais et encore, il s’agit d’un autre club que ces quatre finalistes. Par contre, on trouve quatre joueurs issus de ces quatre clubs dans le top des 10 des joueurs les plus "bankables" du moment (et 8 dans le top 20) dont un certain Eden Hazard.

Et puis des clubs comme Liverpool et Tottenham peuvent s’appuyer sur des joueurs un peu plus jeunes que d’autres ténors, dont les stars sont vieillissantes comme à Barcelone, au Real ou à la Juventus qui se sont fort reposés sur les Messi, Ronaldo et autre Modric.

Enfin, cette réussite doit aussi à l’enthousiasme des fans qui, malgré des tickets hors de prix, remplissent les stades chaque semaine. Au cours de la saison 2017-2018, 14,6 millions d’Anglais ont assisté à un match: record d’Europe. L’Angleterre est-elle dès lors partie pour dominer outrageusement les prochaines finales européennes? Pas sûr. "Le lien entre droits TV et résultats sportifs n’est pas automatique, pas plus qu’en terme de puissance financière absolue, sinon le Real et Barcelone seraient chaque année devant", relève Pierre Maes.

Et puis, la menace du Brexit pèse sur ces clubs: la baisse de la livre les affaiblit déjà et ils auront davantage de difficultés à recruter des joueurs étrangers. Les clubs anglais sont-ils en train de manger leur pain blanc?

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