interview

Denis Van Weynbergh rêve d'être le premier Belge à s'offrir le Vendée Globe, "l'Everest des mers"

©Dieter Telemans

A cinquante ans, Denis Van Weynbergh a revendu sa PME de courrier express pour accomplir son rêve: boucler le prochain Vendée Globe, le Graal pour tout skipper. Pour boucler un budget de 2,5 millions d’euros, il a développé un projet entrepreneurial, sportif… et artistique.

Alors que, gamins, certains se voient devenir pompier ou conducteur de train à l’âge adulte, lui c’est du grand large dont il rêvait. Denis Van Weynbergh, néo quinquagénaire souriant et bronzé originaire d’Ottignies, s’est mis en tête d’être au départ, le 8 novembre 2020, de la prochaine édition du Vendée Globe, le tour du monde à la voile en solitaire sans escale et sans assistance. Le Vendée Globe c’est "l’Everest des mers", le Graal pour tout skipper, un peu comme le Tour de France pour les cyclistes, ou l’UltraTrail du Mont Blanc pour les coureurs à pied.

Le Brabançon wallon ambitionne d’être le deuxième Belge à participer à cette épreuve de fou et le premier à la terminer, après l’ancien champion motocycliste Patrick de Radiguès, non classé en 1996-1997 pour cause d’escale en Australie, puis contraint à l’abandon lors de l’édition suivante en 2000-2001. "Je navigue depuis que je suis tout petit, confiait-il l’autre soir devant les membres du Cercle B19 à Uccle. Dès l’âge de 4 ans, mes parents m’emmenaient à bord pour des sorties en mer du Nord ou des vacances en Méditerranée l’été. Gamin, je dévorais les bouquins de Moitessier, Tabarly, Colas, etc."

"Mon ambition est de terminer la course et de prendre du plaisir"
Denis van weynbergh
Skipper

Devenu adulte, Denis Van Weynbergh participe à quelques courses célèbres, comme la Mini Transat, la Transat Jacques Vabre, la Route du Rhum… Un jour, il amarre son bateau de 6,5 mètres à côté de celui, trois fois plus long, de Michel Desjoyeaux, double vainqueur du Vendée Globe. "C’est resté dans un coin de ma tête, raconte-t-il. Cela a germé, et je me suis dit: pourquoi pas moi? Et, en 2015, j’ai décidé de me jeter à l’eau."

De MSF au courrier express

Jusque-là son parcours était plutôt varié. Licencié en sciences politiques et en journalisme, il débute sa carrière comme logisticien pour Médecins sans Frontières. Il se rend dans des zones de conflit comme le Rwanda (juste après le génocide), le Burundi et la Tchétchénie. Deux ans après, changement de cap radical: il travaille dans l’événementiel sportif et les incentives pour la société Verhulst. Quatre ans plus tard, il quitte son employeur pour se lancer dans la Mini Transat. Son premier contact avec la compétition de haut niveau.

Comme il faut bien vivre pour assouvir ses rêves de haute mer, il rachète en 2002 à l’ancien pilote belge de Formule Un, Patrick Nève (décédé il y a un an), une petite société de courrier express: PN Express. Il la développe pendant quinze ans. La boîte tourne. Elle lui permet de se libérer pour naviguer. Mais pas suffisamment pour se lancer dans un projet comme le Vendée Globe. Or, l’appel du large est trop fort. En octobre dernier, Denis Van Weynbergh décide de revendre sa société pour se consacrer à son rêve.

Un budget de 2,5 millions d’euros

Cette expérience comme patron de PME va cependant beaucoup l’aider dans l’accomplissement de son projet: "Dans une PME, le patron doit savoir tout faire: créer un business plan, gérer les budgets, la logistique, les fournisseurs, les ressources humaines, le marketing, la communication, etc. C’est exactement les compétences dont j’ai besoin pour me lancer dans cette aventure", souligne-t-il. Car, on s’en doute, l’amateur qu’il est ne dispose pas des moyens financiers et humains des grosses écuries. "Pour le Vendée Globe, les grosses structures travaillent avec des budgets pouvant aller jusqu’à 12 millions d’euros et une équipe d’une dizaine de personnes, détaille-t-il. Moi, j’ai prévu un budget de 2,5 millions, le plus petit de la course sans doute, et, au mieux 2 à 3 personnes pour m’entourer." Rien à voir par contre avec les 60.000 euros investis pour la Transat Jacques Vabre!

Mais aujourd’hui, Denis Van Weynbergh n’est encore certain de rien: ni de son budget, ni de sa participation à l’épreuve. Pour faire partie des trente participants à la course mythique, dont la moitié d’amateurs, il doit accumuler des miles, participer à des courses. Il a ainsi prévu de faire 5 à 6 transats d’ici le départ pour "sentir" le bateau.

D’ici la fin juin, il en saura plus sur le financement de l’acquisition de son voilier. Il a une option sur un bateau de 18,3 mètres (une taille dictée par le cahier des charges de l’épreuve), un Imoca Ocean Master qui a terminé 8e lors de la dernière édition. Un bateau d’occasion donc, et non équipé des fameux foils, ces étranges appendices situés de part et d’autre de l’avant du voilier qui permettent de le "porter" sur l’eau et d’améliorer la vitesse. "Les foils coûtent une fortune et sont souvent source de problèmes, techniques. Mon ambition est simplement de terminer la course en prenant du plaisir", explique humblement le skipper ottintois.

Un projet entrepreneurial, sportif et artistique

Denis Van Weynbergh est à un moment charnière. "Je négocie avec une banque pour obtenir un crédit pont. Ce n’est pas facile: les banques prêtent plus facilement pour acheter une maison qu’un bateau de course", philosophe-t-il. A côté du projet sportif, il y a donc aussi un projet d’entreprise élaboré avec l’aide dun consultant et… d’un artiste. Denis Van Weynbergh l’a en effet positionné autour d’un concept mêlant à la fois l’art et le marketing. C’est là qu’intervient son complice Edouard Janssen, rencontré l’automne dernier par l’intermédiaire d’un ami commun. Cet ancien entrepreneur, cofondateur de la société de graphisme Microscript, a viré de bord en 2008 pour devenir photographe d’art professionnel. Parmi ses différents projets: Windows to the soul, des photos d’iris saisis en très gros plan à 33 centimètres du visage "pour mieux saisir la magie de l’œil", dit-il.

C’est ce qui a donné naissance au concept EyeSea. Ce projet participatif consiste pour les particuliers à acheter, moyennant 9.995 euros, une photo de leur propre iris. Ces photos, au nombre de 250 au total, seront ensuite assemblés pour former à leur tour un iris géant, une oeuvre d’art qui sera apposé sur la grand-voile. Les sociétés pourront également acquérir plusieurs photos d’iris. Les noms des acquéreurs seront appliqués sur la coque. C’est donc aussi un concept de communication permettant des jeux de mots autour des termes œil, mer, voir… "L’idéal serait d’avoir un main sponsor qui donnerait son nom au bateau en jouant sur le nom du concept ‘EyeSea… X ou Y’ et augmenter ainsi sa visibilité", résume Denis Van Weynbergh. Dans ce cas, celui-ci devrait s’engager à hauteur de 900.000 à 950.000 euros par an sur deux ans.

Optimiste, il croit fermement dans la pertinence du concept: "Pour les sponsors, c’est très mobilisateur non seulement en externe via les réseaux sociaux, mais également en interne car cela permet de véhiculer des valeurs comme le dépassement de soi, la volonté, le courage, etc.", assure-t-il, en avançant des études indiquant qu’un euro investi dans le Vendée Globe en génère cinq de retombées médiatiques.

Pour l’heure il a mis le cap vers les différentes sources de financement, intervenant dans des conférences, des cercles d’affaires, des banques d’affaires, multipliant les rendez-vous avec de potentiels partenaires. Une course au long cours qu’il fait avec le sourire. Mais quand on lui demande ce qui le fait le plus peur dans ce projet, il répond que ce n’est pas le passage du redoutable Cap Horn, ni la solitude ou le manque de sommeil, c’est… de ne pas boucler son budget pour être au départ. "D’ici un an, en avril 2019, j’aurai une meilleure idée d’où j’en suis, conclut-il. Si j’ai réuni 70% du financement, je crois que je serai dans le bon." Allez, bon vent…

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