Eleven obtient les droits du foot belge pour 103 millions par saison

Détenant déjà les droits des championnats espagnol, allemand et italien, Eleven renforce sa mainmise sur le ballon rond. ©BELGA

Les clubs de Pro League ont fini par s’accorder sur la clé de répartition des droits télévisés du championnat belge. Leur assemblée générale devrait confirmer l’octroi des droits à Eleven pour cinq ans.

On a frôlé le psychodrame à la Pro League, l’association des clubs de football professionnels belges. Vendredi en fin de journée, un consensus s’était dégagé à l’issue de l’assemblée générale des clubs pour attribuer pour les cinq prochaines saisons (2020-2025) l’exclusivité des droits télévisés à Eleven. Le groupe d’origine britannique avait présenté une offre de 103 millions d’euros par saison, supérieure aux 100 millions espérés par les clubs et à celle formulée par les détenteurs actuels, le trio Proximus-Voo-Telenet dont le contrat arrive à échéance à la fin de cette saison. 

23
millions d'euros
C'est le montant supplémentaire obtenu par saison par les clubs de la Pro League pour la période 2020-2025.

Par rapport au précédent contrat qui s'élevait à un peu plus de 80 millions d'euros, c’est près de 23 millions de plus. Mais grands et petits clubs se sont écharpés vendredi sur la répartition de ce pactole. Et tant qu’il n’y avait pas d’accord sur cette clé de répartition, il était impossible d’attribuer les droits. Si les clubs du "G5" (les cinq plus grands: FC Bruges, Anderlecht, Standard, La Gantoise et Racing Genk) s’étaient arrangés entre eux, le "K11", soit les onze autres clubs de D1A, rechignèrent, estimant qu'ils ne bénéficieraient pas suffisamment de cet apport d’argent frais. Les "grands" étaient donc trop gourmands et les "petits" n'entendaient pas se laisser faire. 

Visiblement courroucé, Pierre François, le CEO de la Pro League, avait dénoncé ce manque de solidarité et annoncé que l’AG serait mise en continuation jusqu’au 21 février. Les clubs avaient donc deux semaines pour s’entendre. Mais sentant le vent du boulet, les grands clubs ont fini par mettre de l’eau dans leur vin. Lundi après-midi, un accord a finalement pu être trouvé au sein du conseil d’administration de la Pro League sur cette fameuse clé de répartition. Plus rien ne s’oppose donc, en principe, à ce que son AG attribue les droits à Eleven. Ce devrait être fait ce mercredi.

Onze lots

Eleven avait remis une offre globale pour les onze lots mis en jeu – cinq de plus que lors du précédent contrat – y compris la Coupe de Belgique, le foot féminin, la Proximus League (D1B), etc. Cette offre globale a dû séduire la Pro League qui n’aura désormais plus qu’un seul interlocuteur. Outre le volet quantitatif, le volet qualitatif a aussi joué. Eleven s’est ainsi engagé à être plus proche des clubs et à produire du contenu spécifique avec chacun d’eux. Et promet plusieurs innovations.   

"Nous proposerons une chaîne de A à Z, permettant à tous les Belges de regarder le foot avec du contenu additionnel."
Guillaume Collard
CEO de Eleven

"Nous proposerons une chaîne de A à Z, permettant à tous les Belges de regarder le foot avec du contenu additionnel, comme la D1B, du foot féminin, amateur, des matchs de jeunes, des magazines, du digital, etc.", avait ainsi indiqué l’automne dernier à L’Echo, peu avant le lancement de l’appel d’offres, Guillaume Collard, le jeune CEO d’Eleven pour la Belgique. "Notre chaîne de valeur est très courte: on achète des droits, on fait des chaînes et on les distribue partout de manière non exclusive, car nous sommes totalement agnostiques en termes de plateforme", ajoutait-il.

Eleven est donc désormais seul à la manœuvre tant en termes éditoriaux que techniques. Il va donc lancer une ou des nouvelles chaînes pour la diffusion des matchs en direct. Le mercato des commentateurs et consultants s’annonce donc chaud. Afin de rentabiliser son investissement, il devra négocier au mieux avec les Proximus, Voo, Telenet et autre Orange pour distribuer ces contenus étant donné qu’il ne peut se contenter de la commercialisation de sa (ou ses) chaîne(s) via une seule offre OTT ("over the top"), uniquement sur internet.

Résumés et magazines

Il va aussi sans doute vendre certains lots comme les résumés, le magazine du lundi et la Coupe de Belgique à des chaînes traditionnelles comme la RTBF (pour les résumés et le magazine) ou RTL (la Coupe) et le D1B. Car Eleven ne pourra pas tout faire. Certes, il peut s’appuyer sur l’effet de groupe (il est présent dans onze pays et compte 17 millions d’abonnés à ses services), mais avec 20,4 millions d’euros de chiffre d’affaires et un million d’euros de bénéfices quatre ans après son arrivée sur le marché belge, il reste petit par rapport aux opérateurs télécoms. À cela s’ajoute la question de production des rencontres, historiquement aux mains du producteur Woestijnvis.

C’est donc la fin du règne des opérateurs télécoms qui avaient succédé à l’ex Canal+ en 2005 lorsque Proximus, à l’époque Belgacom, était entré sur ce marché. Depuis, à chaque appel d’offres, les droits ont augmenté. Une croissance rendue possible par la fin de l’exclusivité en 2011, chacun des opérateurs telcos (Proximus, Voo, Telenet – Orange n’était à nouveau pas candidat) s’étant répartis les droits. Détenant déjà les droits des championnats espagnol, allemand et italien, Eleven renforce donc sa mainmise sur le ballon rond. Une nouvelle ère s’ouvre dans le foot business belge.

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