Et si le sport était obligatoire au travail?

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Dans certaines entreprises suédoises, le sport est obligatoire. Une pratique qui a du succès dans ce pays nordique. Et si c’était le cas chez nous?

Chausser ses baskets et faire son jogging à l’heure du lunch, quelques courageux le font déjà chez nous. En Suède, certains employeurs poussent l’idée plus loin en rendant le sport obligatoire au travail. Et le succès est au rendez-vous.

"Si on ne veut pas faire de sport et être intégré à la culture de l'entreprise, on s'en va."
Henrik Bunge
directeur-général de Björn Borg

Les employés de l’entreprise Björn Borg, par exemple, se rendent chaque vendredi dans un centre sportif du quartier, et ce depuis deux ans déjà. Durant une heure, l’entraînement est obligatoire. C’est le directeur-général de Björn Borg, Henrik Bunge, qui a pris cette initiative. "Si on ne veut pas faire de sport et être intégré à la culture de l'entreprise, on s'en va", dit-il bien que personne n’ait claqué la porte en raison de cette heure de sport obligatoire. Selon le directeur, depuis que le projet a été lancé, tous les chiffres clés du groupe sont en hausse.

La formule a du succès: "La plupart d'entre nous trouve que c'est vraiment une bonne séquence dans la semaine de travail", se réjouit Cecilia Nissborg.

Qu’en disent les études?

Selon une étude de l’Université de Stockholm, transpirer durant la journée de travail a des avantages pour l’employé comme pour l’employeur. Le premier est plus en forme et plus concentré, ce qui implique un recul de 22% de l’absentéisme.

En Suède, l’effort physique reste très important, et ce par tous les temps. Le peuple du pays nordique est le plus sportif d’Europe. Selon l’Eurobaromètre de 2014, 70% des Suédois font du sport de manière régulière, et seuls 9% d’entre eux n’en font jamais. Le plus mauvais élève du Vieux Continent est la Bulgarie… où 78% de la population ne pratique jamais de sport. Chez nous, 31% des Belges n’en font jamais, ce qui est mieux que la moyenne européenne (42%).

"On pense qu'on est en forme, fort et heureux si on bouge beaucoup en plein-air dans la nature."
Carl Cederström
chercheur à l’Université de Stockholm

"On pense qu'on est en forme, fort et heureux si on bouge beaucoup en plein-air dans la nature", explique le chercheur en économie à l’Université de Stockholm Carl Cederström, chercheur en économie à l'Université de Stockholm. D'autant qu'"il y a cette idée que si on fait du sport et qu'on prend soin de son corps, on est une bonne personne", indique-t-il.

"La Suède est vraiment extrême (notamment) en ce qui concerne les entreprises qui rendent le sport obligatoire au travail", conteste le chercheur. "Quand on se met à penser qu'on est une meilleure mère ou un meilleur père, un meilleur ami si on fait du sport, on peut arriver à une situation où l'on conclut que les personnes qui ne vivent pas très sainement, qui sont en surpoids ou qui fument, sont de moins bonnes personnes", déplore-t-il.

Et en Belgique? 

Nos employeurs peuvent-ils nous forcer à faire du sport au travail? La Fédération des entreprises de Belgique (FEB) est claire sur le sujet: "A priori non". Mais tout dépend du contrat de travail. "Si vous êtes joueur de foot professionnel ou prof de sport, bien entendu, c'est indiqué dans votre contrat et cela fait partie de votre travail", explique Kris De Meester, conseiller à la FEB. "Il faut que cela soit indiqué dans le contrat de travail", insiste-t-il. 

La FEB tente de son côté de sensibiliser les employeurs belges: "On essaie de stimuler nos membres, de les inciter à contribuer aux abonnements sportifs de leur personnel, de bien informer le personnel concernant l'activité physique, de les inciter, mais jamais d'imposer le sport à leurs employés."

"Une obligation n'est pas envisageable, cela semblerait abusif à l'égard de notre droit"
Gaëlle Willems
avocate chez Claeys & Engels

Même son de cloche du côté des avocats spécialisés en droit social chez Claeys & Engels: "Une obligation n'est pas envisageable, cela semblerait abusif à l'égard de notre droit", explique Gaëlle Willems, qui précise toutefois qu'un "employeur peut vivement encourager son personnel à faire du sport si cela s'inscrit dans la prévention des risques psychosociaux, mais il ne peut pas l'obliger". Cependant, pour certains emplois, le sport est "une condition requise pour l'exercice de la fonction, tels que les pompiers, la police ou encore les sportifs", termine l'avocate.

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