Fifa: Cameron et Platini demandent la démission de Joseph Blatter

Joseph Sepp Blatter, président de la Fifa ©Photo News

Suite à la déflagration judiciaire qui a ébranlé la Fifa mercredi, le Premier ministre britannique a demandé la démission du président de la Fifa, Joseph Blatter. Il a officiellement soutenu la candidature du Prince Ali. Il a été rejoint par le président de l'UEFA, Michel Platini.

"D'autres mauvaises nouvelles sont à venir". C'est ainsi le président de la Fifa Joseph Blatter a ouvert le 65e congrès de la Fifa au cours duquel il briguera son cinquième mandat à la présidence. La planète football est en crise, après le nouveau scandale déclenché par l'arrestation de sept responsables soupçonnés de corruption.

Le Premier ministre britannique David Cameron a demandé au président de la Fifa, Joseph Blatter, de quitter son poste, selon la chaîne de télévision Sky.

Prime Minister David Cameron has backed calls for Sepp Blatter to quit as #FIFA president pic.twitter.com/4EPKV2iBNL— Sky News (@SkyNews) 28 Mai 2015

"Un changement de président est extrêmement nécessaire", a déclaré John Wittingdale, le ministre britannique en charge des sports. L'association de football britannique, soutenue par le Premier ministre, s'est d'ailleurs positionnée en faveur de la candidature du prince Ali Bin Hussein de Jordanie à la tête de la Fédération. Joseph Blatter est toutefois favori à sa propre réélection pour un cinquième mandat.

Michel Platini, président de l'UEFA ©Photo News

Michel Platini, le président de l'UEFA, a également demandé à Joseph Blatter de démissionner. "Changer de président est la seule façon de changer la Fifa." Il a lancé un appel à toutes les associations nationales de football pour qu'elles élisent le prince Ali à la tête de la Fifa.

De son côté, le président de la Fifa a rencontré jeudi matin les présidents des six confédérations continentales membres de la Fifa à l'occasion d'une réunion de crise. Le Ministère public suisse ne prévoit pas à ce jour d'auditionner Joseph Blatter. D'après la BBC, le président de la Fifa ne compte pas démissionner. 

→ Sepp Blatter et sa réélection

Suite à tous ces problèmes judiciaires, le report de cette élection est envisagée. La confédération africaine de football s'oppose fermement à tout report de l'élection à la présidence de la Fifa prévue vendredi à Zurich. Elle a par ailleurs "réitéré son soutien à la candidature de Sepp Blatter à cette élection".

Mais le président de la Fifa n'a pas le soutien de tous.

• Michel Platini, président de l'UEFA, répète depuis un an que la Fifa a besoin "d'air frais", reprochant à Blatter de s'accrocher au pouvoir par "peur du vide". Les deux actions judiciaires distinctes qui visent la Fifa, ont conduit la Confédération européenne, écoeurée par l'image de l'instance suprême, à sortir la grosse artillerie. La majorité des associations nationales du football européen devraient voter contre Joseph Blatter à la présidence de la Fifa, selon Michel Platini.

• Le président de la fédération anglaise de football, Greg Dyke a même appelé le président de la Fifa à quitter son poste.

• La fédération autrichienne ÖFB a fait savoir qu'elle ne voterait pas pour Blatter, mais elle n'a pas encore précisé à ce jour si elle voterait pour le challenger, le Prince Ali, 39 ans, soutenu ouvertement par Platini, ou s'abstiendrait.

Le président de l'ÖFB, Leo Windtner, a jugé "très probable" que le scrutin se tienne vendredi comme prévu et que Blatter soit réélu. L'Europe "n'a pas de majorité, peut-être n'arriverons-nous même pas à empêcher une majorité qualifiée des deux-tiers", a-t-il déclaré, rappelant que hors de la sphère UEFA beaucoup de fédérations étaient "très liées à Blatter". 

La base de l'élection est simple: 1 voix pour chacune des 209 fédérations. L'UEFA compte 54 membres mais ne dispose que de 53 voix, Gibraltar n'étant pas reconnu par la Fifa. 

L'Afrique possède 54 voix, l'Asie, qui a déjà annoncé son soutien à Blatter en possède 46, la Concafaf (Amérique du nord, centrale et Caraïbes) 35, l'Océanie, 11 et l'Amérique du sud, 10.

L'UEFA ne boycottera pas le congrès électif de la Fifa vendredi, a annoncé le président de la Fédération néerlandaise Michael van Praag à l'issue d'une réunion des fédérations européennes, jeudi à Zurich, "parce qu'il y a aussi (outre l'élection présidentielle, ndlr) des questions importantes à régler, comme la question Israël/Palestine", a dit le dirigeant.

David Gill, un des vice-présidents de la Fifa, envisage de son côté un tel boycott. a menacé jeudi de boycotter le comité exécutif de samedi si Joseph Blatter était réélu vendredi. "Si Blatter est élu vendredi, je laisserai mon siège vide samedi" à l'occasion du comité exécutif.

→ Que reproche-t-on aux dirigeants de la Fifa?

Sept dirigeants de la Fifa ont été interpellés mercredi matin dans un hôtel de Zurich. La justice américaine a dressé un état des lieux accablant d'une corruption selon elle "endémique" au sein de la Fifa, en annonçant 14 inculpations à New York et réclamant plusieurs extraditions.  

©REUTERS

 Les 47 chefs d'inculpation sont retenus contre neuf responsables de la Fifa. Ils sont accusés de complot de "racket, fraude et blanchiment", sur une période de 25 ans. Ils auraient "sollicité et reçu plus de 150 millions de dollars en pots-de-vin et rétrocommissions" en échange notamment des droits médiatiques et marketing pour les tournois internationaux de football.

• Des enveloppes de cash aux CaraïbesCertains responsables de la Fifa ont reçu des enveloppes contenant 40.000 dollars de pots-de-vin en cash dans un hôtel cossu des Caraïbes; et ce quelques semaines avant d'élire le président de l'instance dirigeante du football en 2011. Ces paiements avaient été arrangés par un haut responsable de la Fifa et de la Confédération asiatique de football, candidat à cette élection.

• Le Mondial-2010 en Afrique du Sud. "Des dirigeants de la Fifa et d'autres ont corrompu le processus en utilisant des pots-de-vin pour influencer la décision d'attribuer" le tournoi pour la première fois à un pays africain, a dit la ministre américaine de la Justice Loretta Lynch. Selon l'acte d'accusation, l'Afrique du Sud aurait versé plus de 10 millions de dollars pour l'obtenir.

• Le centenaire de la Copa America. L'édition 2016 du centenaire de la Copa America avait "servi à remplir les poches des responsables, pour un total de 110 millions de dollars. Presque un tiers du coût légitime des droits des tournois concernés", a précisé Mme Lynch. Cinq des sept responsables arrêtés en Suisse sont latino-américains. "Tous ces accusés ont abusé du système financier américain et violé la loi américaine", a ajouté la ministre.

• Et le reste. L'acte d'accusation raconte des entreprises écrans, des paradis fiscaux, des comptes cachés à l'étranger, l'achat d'appartement à Miami, d'oeuvres d'art et l'utilisation de services de consultants "pour créer une apparence de légitimité pour des paiements illicites". Des dizaines de millions de dollars ont été retrouvés dans des comptes à Hong Kong, aux îles Caïman ou en Suisse, a précisé M. Weber.

"C'est la coupe du monde de la fraude. Aujourd'hui, nous avons sorti le carton rouge."
Richard Weber
Un responsable du fisc américain

Les sept membres de la Fifa arrêtés mercredi vont toutes faire appel de la procédure d'extradition envisagée par les Etats-Unis, a annoncé un porte-parole de l'Office fédéral de la Justice (OFJ). La procédure d'extradition pourrait prendre plusieurs années, estime un responsable de la justice suisse.

→ Les inculpés

Les responsables inculpés à New York sont Jeffrey Webb, vice-président de la Fifa et président de la Concacaf (Iles Caïman); Eduardo Li, membre des comités exécutifs de la Fifa et de la Concacaf (Costa Rica); Julio Rocha, chargé du développement à la Fifa (Nicaragua); Costas Takkas, attaché au cabinet du président de la Concacaf (Iles Caiman); Eugenio Figueredo, actuel vice-président de la Fifa (Uruguay) ; Rafael Esquivel, membre du comité exécutif de la Conmebol (Vénézuela); José Maria Marin, membre du comité d'organisation de la Fifa pour les jeux Olympiques (Brésil); Nicolas Leoz, ancien membre du comité exécutif de la Fifa (Paraguay), ainsi que Jack Warner (Trinité-et-Tobago). Ce dernier, déjà impliqué dans de nombreuses affaires de corruption, s'est dit "innocent". Il a été arrêté en fin de journée à Port-d'Espagne, capitale de Trinité-et-Tobago, selon des médias.

→ Les sponsors impliqués

©REUTERS

Nike a déclaré mercredi coopérer avec les autorités américaines. L'acte d'accusation de la justice américaine affirme notamment qu'en 1996, une entreprise de dimension internationale active dans le monde du sport, dont le nom n'est pas précisé, a accepté de payer 160 millions de dollars sur 10 ans pour devenir l'équipementier exclusif de la sélection nationale du Brésil. Cette formulation semble désigner Nike.

Son concurrent allemand Adidas ainsi que Coca-Cola, tous deux partenaires de la Fifa, ont invité l'institution dirigée par Sepp Blatter à plus de transparence et à régler cette crise. Le brasseur AB InBev et le géant de la restauration rapide McDonald's, tous deux sponsors de la Coupe du monde, ont dit être en contact avec la Fifa et surveiller l'évolution de la situation.

Pour les experts, ces partenaires ou sponsors sont dans une situation inconfortable car, s'ils craignent les retombées d'un tel scandale sur leur image de marque, s'associer avec un événement planétaire tel que la Coupe du monde est lucratif sur le long terme.

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