portrait

Gianni Infantino, Le plan B devenu plan A

Un Valaisan succède à un autre Valaisan à la tête de la Fifa. Candidat de dernière minute, Gianni Infantino a été élu hier président de la Fédération internationale de foot. Il aura la lourde tâche de faire oublier la calamiteuse fin de règne de Sepp Blatter et de redorer le blason de l’institution.

Il y a eu du suspense hier à Zurich, lors de l’élection du nouveau président de la Fifa. L’Italo-Suisse Gianni Infantino ne s’est imposé qu’au second tour de scrutin avec 115 voix pour 88 à son challenger, le Cheikh Salman, originaire du Bahrein, qui bénéficiait pourtant du soutien des pays asiatiques et africains. Secrétaire général de l’UEFA, Infantino a pu, lui, compter entre autres sur le soutien unanime des fédérations européennes.

Invité surprise

Pourtant, Gianni Infantino n’aurait jamais dû être là. Fils d’un émigré calabrais qui tenait un kiosque à journaux à Brigue dans le Valais, Infantino n’a jamais rechigné au travail. Pour payer ses études de droit, il était couchettiste dans les Wagonlits, rapporte le journal suisse "Le Temps". Il n’a jamais non plus hésité à s’expatrier au gré de ses différentes affectations au service du ballon rond. C’est comme ça qu’il a cultivé son multilinguisme. Un bosseur, donc, mais aussi un ambitieux que peu ont vu arriver. Ce juriste technocrate a en effet su habilement surfer sur la chute de son patron, Michel Platini, pour se lancer dans la course à la succession de son "voisin" (lire ci-contre) Sepp Blatter. Pour rappel, le président de l’UEFA était donné archi-favori à la présidence de la Fifa avant qu’une affaire de versement douteux ne l’écarte de la course à la présidence. Dans l’entourage de Michel Platini, on n’a guère apprécié cet opportunisme. De son côté, diplomate, Infantino n’a jamais eu un mot plus haut que l’autre envers Michel Platini.

  • Naissance en 1970 à Brigue (Suisse).
  • Marié, quatre enfants.
  • Diplômé en droit de l’Université de Fribourg.
  • Conseiller d’organisations dans le football (Ligues italienne, espagnole et suisse) puis juriste au Centre international pour les études sur le sport à l’Université de Neuchâtel.
  • Entre à l’UEFA en 2000 au département juridique et commercial. Après y avoir occupé différentes fonctions il est nommé secrétaire général en 2009.
  • Elu président de la Fifa le 26 février 2016.

Maniant aisément six langues – sans compter la langue de bois, disent ses détracteurs – Infantino a su mener une campagne habile et efficace parcourant le monde entier en quête de soutiens auprès des 209 fédérations qui composent la Fifa. "J’ai fait un voyage exceptionnel, qui m’a fait rencontrer beaucoup de gens fantastiques, beaucoup de gens qui aiment le foot, respirent le foot chaque jour, et beaucoup de gens qui méritent que la FIFA soit hautement respectée", a-t-il lancé, lyrique, dans son discours d’après élection.

©REUTERS

Fils prodigue?

Un piètre footballeur

Alors que son ex-président à l’UEFA, Michel Platini, fut un des meilleurs joueurs du monde dans les années 80, Gianni Infantino n’a jamais passé le stade de la quatrième ligue suisse. "J’avais deux pieds gauches", confia-t-il un jour au journal suisse "Walliser Bote".

Un "proche" de Sepp Blatter

On ignore les liens qui unissent Gianni Infantino à Sepp Blatter. En tout cas, les deux hommes sont proches géographiquement. Infantino est né à Brigue à dix kilomètres de Viège, le village de naissance de… Blatter. Il arrive en outre à la Fifa quasi au même âge que son aîné. Espérons qu’il ne connaisse pas le même parcours…

L’homme des tirages au sort

Pour le grand public, Gianni Infantino, c’est l’homme au crâne chauve des tirages au sort des compétitions organisées par l’UEFA. Parlant couramment six langues, il fait merveille comme maître de cérémonie de ces grand-messes télévisées.

 

Ces dernières semaines, il menait encore campagne en Afrique, terreau de son principal rival, promettant monts et merveilles comme la redistribution de 25% des revenus de la Fifa aux fédérations. "La Fifa génère cinq milliards de dollars de chiffre d’affaires. Est-il normal qu’elle ne puisse pas reverser 1,2 milliard aux fédérations?" Ses adversaires ont vite fait de dénoncer le caractère électoraliste de cette prodigalité, affirmant que le moment n’est pas à la générosité alors que la Fifa aura vraisemblablement terminé 2015 dans le rouge (les comptes ne sont pas encore publiés) et que les sponsors se posent des questions sur l’opportunité de leur soutien à la Fifa.

Question de confiance

Car Gianni Infantino devra avant tout restaurer la confiance dans une institution polluée par la corruption, les scandales et les petits arrangements entre amis, au point d’être carrément assimilée à la mafia. "Nous allons restaurer l’image de la FIFA et tout le monde respectera la FIFA, et tout le monde nous applaudira. Tout le monde doit être fier de la FIFA", a-t-il déclaré. Le problème, selon des observateurs, c’est qu’il est issu du sérail, du microcosme footballistique. Un atout, car il en connaît les moindres rouages. Un handicap, car il lui faudra démontrer qu’il est réellement indépendant et qu’il n’est pas gangrené par le système. Un indice plaide toutefois en sa faveur: le programme de réformes adoptées le matin de son élection par le congrès de la Fifa visant à la rendre plus transparente – création d’un conseil élargi, limitation du nombre de mandats du président, etc. – porte en grande partie sa marque.

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