La Coupe Davis de tennis "privatisée" pour 3 milliards de dollars

©AFP

Le sport business a eu la peau de la vénérable Coupe Davis de tennis. La société d’investissement Kosmos a racheté l’événement et quadruplé sa dotation pour attirer les plus grandes stars.

"ça a été décidé pour du financier, du marketing, c’est un peu triste." Voilà ce que confiait le week-end dernier à l’AFP, Steve Darcis, le n°2 belge à propos de la nouvelle formule de la vénérable Coupe Davis de tennis (elle a 119 ans). Celle-ci est loin de faire l’unanimité. Finis en effet ces week-ends endiablés où les 16 meilleures nations du monde s’affrontaient par élimination directe dans des atmosphères souvent torrides permettant aux joueurs moins réputés, comme Darcis, de se sublimer dans des matchs en cinq sets.

Place à un format ramassé sur une semaine en un seul lieu, en l’occurrence la Casa Magica de Madrid. Cette Coupe Davis 2.0, qui a débuté lundi et s’achèvera dimanche, réunit 18 équipes qui s’affrontent via six poules de trois. Chaque pays dispute deux rencontres (la Belgique, 4e tête de série, affrontait la Colombie lundi avant de défier l’Australie mercredi) de trois matchs (deux simples, un double) en deux et non plus en trois sets gagnants. Sont qualifiés pour les quarts de finale les vainqueurs de chaque poule et les deux meilleurs deuxième. Vous suivez?

Officiellement, le changement de formule est censé attirer à nouveau les stars. Car celles-ci avaient tendance à délaisser l’événement, prétextant un calendrier trop chargé. Officieusement, on sait bien que la dotation financière était insuffisante pour attirer les meilleurs.

Signé Piqué

Voilà pourquoi, l’ITF, la Fédération internationale de tennis, qui vouait revoir la formule, a accueilli le projet du groupe espagnol Kosmos comme un cadeau du ciel. Derrière cette société d’investissement se cache le footballeur vedette du FC Barcelone Gérard Piqué. À 32 ans, le défenseur central du Barça, issu d’une famille aisée, prépare déjà sa reconversion dans les affaires. Homme de réseau, il a embarqué dans l’aventure le géant japonais du commerce électronique Rakuten… sponsor principal du FC Barcelone.

25 millions $
La dotation de la Coupe Davis a été portée à 25 millions de dollars. Deux tiers reviendront aux joueurs, un tiers à leur Fédération.

La Coupe Davis new-look est leur premier gros projet. Un méga projet en réalité, puisque Kosmos a racheté les droits d’exploitation de l’événement pour une durée de 25 ans moyennant 3 milliards de dollars! Rakuten devient au passage le "main sponsor" en lieu et place de BNP Paribas qui, après 17 années de sponsoring et 10 millions de dollars injectés par an, a jeté l’éponge. La banque dit ne plus se retrouver dans cette nouvelle formule alors que dans la précédente elle bénéficiait d’une visibilité géographique plus large et plus récurrente. Les autres principaux sponsors sont Adecco Head et BeIn Sports, détenteur des droits médias (ils ont été achetés par la VRT, mais pas par la RTBF; toutefois si les Belges devaient aller en 1/2 finale puis en finale, cette dernière devrait diffuser leurs matchs). Rolex, Louis Vuitton et la banque J. Safra Sarasin sont les autres partenaires.

Cette privatisation, qui ne dit pas son nom, du "Saladier d’argent" a permis de porter sa dotation totale à 25 millions de dollars. Dans l’ancienne formule, le vainqueur en empochait moins de 600.000. Avec la nouvelle mouture, chaque équipe est assurée de toucher l’équivalent de cette somme, quels que soient ses résultats (somme à laquelle il faut ajouter 300.000 dollars pour leur fédération). Le vainqueur touchera quatre fois plus, soit 2,4 millions.

Pas étonnant si plusieurs grands noms se sont laissés séduire comme les n°1 et 2 mondiaux Rafael Nadal et Novak Djokovic, mais aussi l’ex- n°1, l’écossais Andy Murray, le français Gaël Monfils ou encore le n°1 belge David Goffin (n°11 mondial).

Cela ne fait pourtant pas de cette nouvelle formule une réussite totale en termes de participation. Finalistes du Masters dimanche, le Grec Tsitsipas et l’Autrichien Thiem n’en seront pas, leur équipe ne s’étant pas qualifiée lors du tour préliminaire en février. Pas plus que Federer, pour les mêmes motifs. Le Russe Medvedev et l’Allemand Zverev ont eux aussi renoncé, invoquant la fatigue de fin de saison tout comme l’Américain Isner et le Japonais Nishikori.

Bref, à peine plus de la moitié du top 20 sera présente. Ce qui explique pourquoi, hormis les matchs des Espagnols, l’événement ne fera pas salle comble. Aux joueurs présents de justifier sur le terrain cette révolution.

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