La "vuvuzela", trompette de la discorde

Le vacarme épouvantable de cette trompette fait davantage parler de lui que le spectacle sur le terrain.

Lionel Messi, Wayne Rooney Frank Ribery et les autres cadors du ballon rond ne sont pas les vedettes de la Coupe du Monde de foot. La star, c’est la "vuvuzela". Cette trompette sud-africaine d’un mètre de long, au bruit assourdissant, alimente toutes les conversations depuis le début de la compétition. Normal, diront les mauvaises langues, le spectacle sur le terrain est tellement quelconque… Mais, précisément, peut-être est-ce dû à cet étrange instrument dont l’origine viendrait des cornes d’antilopes utilisées pour rassembler les villageois en cas de danger.

Toujours est-il que, des joueurs aux supporters étrangers en passant par les commentateurs et les téléspectateurs, la vuvuzela a le don d’exaspérer quasi-tout le monde. Elle émet en effet un volume de près de 130 décibels, soit autant qu’une tronçonneuse, un barrissement d’éléphants un avion au décollage ou… un coup de sifflet d’arbitre.

La VRT dit ainsi avoir ressorti des vieux micros labiaux des années 70 qui, placés à proximité de la bouche, permettent de réduire fortement la transmission des décibels.

Censée mettre de l’ambiance c’est tout le contraire qu’elle produit: les chants et les cris des supporters sont étouffés par son bruit aussi irritant que celui d’un essaim de guêpes déchaînées. Au point que c’est à peine si on entend les clameurs de la foule lorsqu’un but est marqué.

Dans ce vacarme, des voix se font entendre pour l’interdire. Le président du comité organisateur de la Coupe du Monde, Danny Jordaan, a laissé entendre dimanche qu’il n’excluait pas de la bannir des stades: "Si un pays en lice se plaint, nous agirons. Nous avons aussi entendu les télévisions et les spectateurs et c’est quelque chose à quoi nous réfléchissons" a-t-il dit à la BBC… avant d’être rapidement démenti par son porte-parole: "Il n’a jamais été question d’interdire les vuvuzelas et nous demandons au monde entier de respecter notre culture", a déclaré Rich Mkhondo; il y a dix ans qu’elles sont utilisées dans les stades en Afrique du Sud. Les spectateurs en achètent beaucoup: ils sont une majorité à en acquérir pour les rapporter comme souvenirs et pour faire la fête dans les stades."

De fait, tout le monde ne se plaint de l’infernale trompette. Surfant sur le "buzz", des petits malins se sont lancés dans le "vuvuzela business". La société sud-africaine Masincedane Sport dit ainsi en avoir vendu 1,5 million en Europe depuis le mois d’octobre dernier. Elle table sur deux millions d’euros de chiffre d’affaires durant la seule Coupe du Monde, précisant qu’elle commercialisait également un modèle moins bruyant: "Nous avons modifié l’embout. Il y a maintenant une nouvelle vuvuzela qui fait 20 décibels de moins que les anciennes", a déclaré son patron. En France, une anonyme société toulousaine a lancé le site bien nommé vuvu-zela.fr sur lequel on peut se procurer le précieux engin, "mais nous ne pourrons pas livrer avant le 18 juin", précisait la société en fin de semaine dernière, apparemment dépassée par la demande.

Jamais en retard d’une guerre, Apple a, de son côté, lancé une application pour iPhone. Elle aurait déjà été téléchargée plus de 700.000 fois. Chez nous, le télédistributeur Voo joue sur l’association entre son nom et l’instrument dans la campagne de pub pour son "Voocorder (décodeur numérique interactif): chaque nouvel abonné reçoit une "voovoozela". "À présent ce sont nos anciens abonnés qui nous les réclament", affirme-t-on chez Voo.

De là à voir la vuvuzela pénétrer les stades belges, c’est moins probable. Si l’on en croit un sondage réalisé sur le site du Sporting d’Anderlecht, plus de 80&flexSpace;% des supporters mauves jugent son bruit "insupportable".

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