Lagardère mise sur le sport

Le patron français étoffe son département lié au sport. Objectif: devenir le n° 1 mondial en 5 ans.

Glissée en guise d’amuse-bouche à quelques jours de l’assemblée générale du groupe Lagardère, le 26 avril dernier, la déclaration du businessman franco-américain Guy Wyser-Pratte, spécialiste des raids hostiles sur les entreprises et détenteur de 0,53% du capital de la société verrouillée par son statut de commandite, avait fait sourire la place de Paris. Arnaud Lagardère, un "petit garçon" préférant "jouer au tennis que s’occuper de son entreprise"?

L’accusation n’est pas nouvelle pour le dauphin de Jean-Luc Lagardère, patron à poigne décédé brutalement en 2003. Aurait-il décidé de la faire mentir?

Lundi, il a annoncé qu’il prenait lui-même la direction de Lagardère Unlimited, le département de son groupe consacré au sport. Le groupe sera désormais présent dans six métiers du sport business: marketing, événements, académies, représentation d’athlètes, conseil et gestion de droits. Olivier Guiguet, jusque-là directeur de la filiale Lagardère Sport qui se voit donc rebaptisée, sort de l’organigramme. Et comme en réponse aux attaques de Guy Wyser-Pratte, Arnaud Lagardère a bien insisté sur le fait que ses nouvelles fonctions ne constituaient en riene "un passion ou un hobby".

Pour la société, déjà présente sur le secteur de l’édition, de la presse et de la distribution, il s’agit plutôt de gagner de l’argent. Car l’ambition du patron est clairement affichée: "nous visons désormais le leadership mondial d’ici cinq ans".

Croissance de 5% par an

Le jeu en vaut la chandelle. Une dernière étude de PricewaterhouseCoopers, citée par Arnaud Lagardère au cours de sa conférence de presse, affirme que le marché mondial du sport, en pleine consolidation, dépasse déjà les 114 milliards de dollars en 2009 et devrait flirter avec les 132 milliards de dollars dès 2012. Le secteur devrait même enregistrer une croissance de 5&flexSpace;% par an pour la période 2009-2012.

Et jusque-là, les investissements de l’entreprise en la matière n’ont pas toujours été florissants. Ainsi, Lagardère Team, créée en 2005 dans l’objectif de construire une équipe de champions, reversait chaque année entre 600&flexSpace;000 et 800&flexSpace;000 euros par an au tennisman Richard Gasquet et sa famille. Sur un résultat opérationnel de 56 millions d’euros. Un chiffre qu’Arnaud Lagardère a voulu rectifier lui-même ce lundi, évoquant plutôt 300.000 euros.

Les ambitions pour Lagardère Unlimited sont, cette fois-ci décuplées. Cela passe par l’acquisition, après d’âpres négociations, de Best, Blue Entertainment Sports Television, le spécialiste américain de la représentation de sportifs.

En sus, le groupe s’est également offert 30&flexSpace;% du capital de l’académie de formation sportive américaine Saddlebrook. Sans préciser le montant de ces investissements, Arnaud Lagardère a simplement indiqué que Best représentait un investissement de "plusieurs dizaines de millions d’euros" pour un chiffre d’affaires annuel de 30 millions de dollars (contre 507 millions d’euros de chiffre d’affaires pour Lagardère Sports en 2009). Quant à Saddlebrook, "cette académie est l’une des rares à être profitable, contrairement à celles que détient notre concurrent IMG", l’actuel numéro un mondial du secteur, s’est-il félicité. En revanche, les négociations avec Amaury, dont la filiale d’organisations d’événements sportifs tels que le Tour de France ou le rallye Paris-Dakar intéresse grandement Lagardère, est désormais au point mort.

Tous azimuts, l’héritier cherche bel et bien à faire mentir les critiques. Et, pour se justifier en appelle même à la mémoire de son père, en déclarant: "Le sport est dans nos gènes comme l’a montré l’investissement du groupe dans le sport automobile avec Matra Sport dès les années 60. Il est étonnant d’ailleurs que ce ne soit pas Jean-Luc Lagardère qui ait lancé ce business." L

Sylvie Fagnart, à Paris.

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