Le business model du cyclisme? Nul...

Greg Van Avermaet (BMC), 30 ans, a remporté le 71e Circuit Het Nieuwsblad, l'épreuve d'ouverture de la saison cycliste belge. L'occasion de faire le point sur le business model de ce sport. ©ANP

Wim Lagae et Daam Van Reeth sont économistes à la KU Leuven et mordus de la petite reine. Ils dressent un état de santé peu réjouissant de la discipline: scandales de dopage, public vieillissant (le téléspectateur moyen a 57 ans), management amateuriste, problèmes logistiques et de sécurité...

Ce samedi débute la saison cycliste en Belgique avec le Circuit Het Nieuwsblad (anciennement Circuit Het Volk). Le Belge Greg Van Avermaet (BMC) a remporté la course, en devançant au sprint le champion du monde, le Slovaque Peter Sagan.

→ Mais le cyclisme souffre de plusieurs handicaps: management amateuriste, audimat très inférieur aux chiffres officiels, public vieillissant.

Wim Lagae et Daam Van Reeth sont économistes à la KU Leuven et mordus de la petite reine. Or ils dressent un état de santé peu réjouissant de la discipline. Le business model sous-jacent au cyclisme professionnel souffre de plusieurs tares, selon eux: scandales de dopage, public vieillissant (le téléspectateur moyen a 57 ans), management amateuriste, problèmes logistiques et de sécurité en raison du congestionnement des routes, trop de courses au calendrier et obstruction d’ASO (qui organise le Tour de France) à toutes les récentes tentatives de réformes.

©Mediafin

Pourtant, lorsqu’on se penche sur les budgets des grosses équipes, on a peine à imaginer un sport en crise. Sauf que ces budgets, soulignent les deux économistes, ne sont "pas conformes au marché" car dopés par des mécènes et des oligarques et par des chiffres d’audimat artificiellement gonflés. Les classiques d’un jour attirent entre 2 et 5 millions de téléspectateurs de par le monde. Pour le Tour de France, on peut facilement compter sur le double. Mais cela reste peu pour un sport diffusé l’après-midi, pendant les heures creuses. On est en tout cas très loin des chiffres extravagants communiqués par les organisateurs et l’UCI (Union cycliste professionnelle). Au point que le sport cycliste est désormais menacé par une bulle.

Lagae et Van Reeth proposent plusieurs solutions.

→ Fédérer les équipes. Plutôt que d’agir en ordre dispersé, les équipes auraient intérêt à fédérer leurs forces pour renforcer leur pouvoir de négociation auprès de l’UCI, des télévisions et des annonceurs. Concrètement, il faudrait que les principaux sponsors des équipes, soit environ 25 marques, s’unissent au sein d’un "G25 Cycling ProLeague" qui s’occuperait des intérêts économiques du peloton. Le rôle de l’UCI se limiterait alors aux aspects purement sportifs et réglementaires. La démarche rappelle celle de Bernie Ecclestone qui a su fédérer les écuries de Formule 1 pour faire contrepoids à la FIA (fédération). Les grandes marques apporteraient ainsi leur expertise en matière de gestion à des équipes le plus souvent dirigées par des anciens coureurs, excellents tacticiens mais pas toujours bons managers.

13,8 millions €
En vingt ans, le budget moyen des dix plus grandes équipes a plus que triplé. Une évolution que d’aucuns jugent irréaliste.

Relever le niveau de suspense. Beaucoup de gens ont renoncé à se farcir plusieurs heures de retransmission pour assister à une arrivée au sprint. Solution: six coureurs par équipe au lieu de neuf, pour éviter que la course soit cadenassée par une équipe et augmenter le suspense. Au passage, cela dégagerait des moyens pour bâtir des équipes féminines.

Professionnaliser la sécurité et la santé. Courir Liège-Bastogne-Liège sous la neige, comme en 1980, ce n’est plus possible, estiment Lagae et Van Reeth. Un protocole "mauvais temps" existe certes depuis février 2015, mais il doit souvent plier devant les intérêts des organisateurs. Quant à la santé des coureurs, même si la lutte contre le dopage est plus efficace que dans tous les autres sports de haut niveau réunis, il manque une communication professionnelle pour améliorer la perception auprès du public et des sponsors.

Développer le cyclisme féminin. "Un sport de compétition mature se doit d’avoir son équivalent féminin", estiment les auteurs. Cela permettrait d’attirer de nouveaux supporters. Or là, tout reste à faire.

♦ L’étude est parue dans "Leuvense economische standpunten" n°156

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